Carnet de voyage

Tour 2018

90 étapes
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Dernière étape postée il y a 121 jours
L'objectif : 20.000 km à vélo / 17 pays / 2 continents / 8 mois / En solitaire
Février 2018
240 jours
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Publié le 18 juin 2018

Vendredi 15 juin :

Petit rappel de la veille au soir. J'ai débarqué à cette frontière pour entrer au Kirghizistan mais j'ai été refoulé par les militaires sous prétexte que cette frontière est réservée aux locaux. Ça n'est pas une frontière internationale et ma seule option était de faire demi tour, remonter toute la route jusqu'à Douchanbé en refaisant 4 jours de vélo. Après une bonne nuit de sommeil et de réflexion, je décide de retenter ma chance tôt le matin à la frontière. Évidemment le discours est le même. Je leur explique que je vais rester un peu à la frontière dans l'espoir de trouver un véhicule qui irait jusqu'à Douchanbé pour m'éviter de perdre 4 jours. Petit problème, aujourd'hui est le jour de la fête de l'aïd, c'est à dire que les musulmans fêtent aujourd'hui la fin du ramadan, les gens n'ont donc pas de raisons de franchir la frontière ce jour là. On reste chez soi ou chez les amis et on festoie.

Mon nouveau plan était donc le suivant : aller au village à 20 km de la frontière où j'avais été généreusement invité à déjeuner par une famille, retourner chez ces gens et leur demander de m'aider à trouver un taxi ou une voiture qui va à Douchanbé.

Ce qui va se passer dans ce village dépassera de loin ce que j'aurais pu imaginer.

Je roule ces 20 km sous un difficile vent contraire, reçoit en cadeau un sac rempli de bonne choses de la part d'un vieil homme, mange le morceau de mouton sur la route, arrive au village et retrouve sans trop de problème la maison sous les yeux intrigués des enfants dans la ruelle qui se demandent ce que fait cet étranger sur ce sentier couvert de terre et de bouze de vache séchée menant nulle part.

En arrivant je ne trouve que la femme de la maison qui ne parlait même pas le russe mais m'a reconnu et me propose de m'installer dans la pièce où était déjà installée une tablée abondamment remplie de sucreries et de bonnes choses. Elle me sert à manger une délicieuse soupe, j'attends un peu dans le doute, dans savoir si je dois sortir ou pas, si elle a compris mon problème et si elle a prévenu son mari que j'étais là... Finalement son mari arrive, visiblement au courant de ma présence, semble heureux de me revoir et me demande de rester ici pour manger, je lui expose mon problème et je réalise vite que la journée est spéciale et que j'ai tout intérêt à y rester un peu pour apprécier la manière dont ils fêtent la fin du ramadan. Je rappelle encore une fois que cette route n'étant à juste titre pas du tout empruntée par les touristes, ces villageois étaient absolument préservés de la présence des occidentaux et semblaient réellement en voir pour la première fois de leur vie. L'occasion était rêvées pour se plonger en absolue immersion chez des villageois perchés à 2000 m dans la montagne Tadjik.

Le monsieur de droite est celui qui m'a offert un sac rempli de nourriture sur la route du village 

Il me propose donc de rester pour la journée et même pour la nuit, et de repartir le lendemain. J'accepte, me détends et profite de l'instant en laissant aller à moi ce voyage culturel à mille lieux de mes standards européens.

La tablée qui m'attendait quand je suis arrivé par surprise 

Ce qui va suivre sera d'une rare intensité. Je reste dans cette pièce et voit soudain arriver 7 ou 8 hommes d'une cinquantaine ou soixantaine d'année, me serrant la main chaleureusement, s'installant autour de la table, dégustant quelques mets et repartant après une vingtaine de minutes. Puis ce fut au tour des amis d'enfance de mon hôte Ismail. 7 hommes, tous de 40 ans, la génération 78 du village, sont entrés avec leur bonne humeur, se sont installés, on a prié ensemble puis nous avons commencé à manger. Mais je n'étais que le début de mes surprises, nous sortons tous dans la rue, dérobons des bonbons aux enfants et faisons la tournée des maisons. Nous avons été dans 4 autres demeures différentes dans lesquelles nous nous sommes installés autour d'une superbe "table" au sol tapissée de sucreries, de douceurs, de fruits et de toutes sortes de bonnes choses dont je ne connais pas le nom, nous recevions des plats que nous partagions tous à deux ou à trois, autant dire que j'ai mangé toute la journée. D'autant plus qu'à chaque repas je pensais naïvement que ce serait le dernier.

Sur la route des festins avec mes bros  
Succession de festins sans fin 

Il est temps maintenant de faire une petite analyse et une description de ce que j'ai vu dans ce village très traditionnel :

Tout d'abord, les enfants. Il y en a énormément, je dirais même plus que les adultes. Tous habillés de manière traditionnelle à demander des bonbons en faisant du porte à porte. Même quand je marchais avec un groupe de locaux ils me regardaient comme une bête bizarre, bien conscients que ma tête ne correspondait pas aux standards locaux.

Astuce intéressante dans leur pays, ils ont intelligemment dévié le cours des ruisseaux pour que chaque maison ait accès à cette eau de source. Bien sûr on ne la buvait pas car il y avait des vaches en amont qui l'avaient possiblement souillée mais c'est bien pratique pour se laver les mains. Ah oui... Il n'y a pas d'eau courante chez eux. On boit l'eau qui sort de la fontaine directement puisée dans les sous sols, on remplit des grands récipients et on les amène à la maison, et on utilise l'eau du ruisseau pour se laver ou faire la vaisselle. Pas de douches, ici on se lave rarement le corps, on ne se lave que les pieds, le visage et les mains régulièrement. En parlant d'hygiène, les toilettes sont simplement ce qu'on appelle aux scouts des feuillets. Une petite cabane aux murs en terre séchée avec un trou au sol entre deux planches de bois, profond de plusieurs mètres pour se soulager, c'est basique mais ça fonctionne. Dans le village ça grouille d'enfants et d'animaux, la route qui traverse le village est tellement peu empruntée qu'elle est en permanence occupée par des enfants qui jouent, des vaches qui dorment, de poulets qui traversent la route, des ânes, des chiens, des chevaux, des chèvres... Les animaux font partie de la vie du village et on n'hésite pas à les frapper violemment quand ils gênent le passage ou quand on a envie de se soulager les nerfs, c'est comme ça. C'est toujours mieux que de frapper sa femme... Le rôle de la femme, parlons-en ! On ne les voit tout simplement presque pas. Elles sont reclues dans la cuisine et n'en sortent que pour servir leurs bons plats aux hommes assis en tailleur dans la salle à manger... Quand ce ne sont pas les enfants qui font le service. Les femmes se cachent par pudeur, se font les plus discrètes possible, se contentent de faire un considérable travail de l'ombre pour satisfaire le bien être de leurs hommes. En entrant dans chaque maison, on les voit à peine, on ne peut même pas les remercier pour leur abnégation, et on n'a pas à le faire. C'est leur rôle, elles l'ont accepté et sont heureuses comme ça... Information à vérifier, mais je n'ai jamais pu parler à une femme dans le village. On en vient à se demander si la grande majorité des habitants n'est pas constituée d'hommes !

Les habitants de cette enclave dans la montagne semble très préservée du reste du pays. J'en veux pour preuve, leur langue. Contrairement au reste du Tadjikistan ils parlent le Kirghize, langue turco-mongole, ce qui m'a beaucoup perturbé car j'étais persuadé que ce pays parlait une langue Perse. J'entendais des mots turcs et des mots perses, et j'ai fini par comprendre qu'ils parlaient les deux langues mais en famille principalement le Kirghize. Ces populations semblent ethniquement aussi plus proche des Kirghizes que des tadjiks, avec des traits plus mongoloïdes. Ils ont clairement les yeux plus bridés que les tadjiks du reste du pays, avec la peau très bronzée, des vrais hommes de la montagne. Il ne faut pas oublier non plus qu'on n'est qu'à 150 km de la Chine. Le fait qu'ils soient aussi préservés de l'extérieur est une richesse pour eux, ils gardent leurs traditions et leurs modes de vie, mais ils ont tout de même la télévision ! Ils connaissent bien le foot, les joueurs et les clubs européens et suivent avec intérêt la coupe du monde. Ils connaissent aussi bien les acteurs français et m'ont cité sans forcer Jean-Paul Belmondo, Alain Delon ou encore Pierre Richard. Je leur ai montré sur internet des photos de Pierre Richard aujourd'hui, ils ont eu un choc ! Il est loin de temps du grand Blond.

Ces gens sont extrêmement curieux quand il s'agit du monde extérieur et ont tous été pris d'une passion dévorante pour les photos de mon voyage sur mon appareil photo. Ils les faisaient défiler inlassablement en voulant savoir où était pris chaque cliché, souhaitant aussi particulièrement voir des photos de Paris dont ils ne connaissaient rien de plus que la tour Eiffel. Ce petit écran sur mon appareil photo était pour eux comme une étroite fenêtre sur le monde, un monde qui leur est si étranger.

Au détour d'une conversation, j'ai appris avec eux que la montagne était tout de même occupée par beaucoup d'ours et de loups, et que je n'aurais pas du dormir seul dans ma tente. Trop tard, le mal est fait.

Si j'étais désespéré ce matin, je suis très heureux maintenant de ne pas avoir passé cette frontière et d'avoir eu cette chance de m'immerger parmi ces braves paysans qui m'ont tout offert et m'ont accueilli comme si je faisais partie de leur communauté. A la fin de la journée tout le monde m'appelait par mon prénom, même des personnes que je ne connaissais pas.

Un morceau de la maison qui m'a accueilli 

Nous nous sommes couchés, Ismail et moi vers 22h dans la même pièce sur des couches à même le sol extrêmement confortables, je ne m'y attendait pas !


Samedi 16 juin :

Couché tôt = levé tôt

Si Ismail s'est levé à 5h pour travailler un peu dans son champs, j'ai osé une grasse matinée jusqu'à 6h. Le temps de faire un brun de toilette, les lits étaient rangés et remplacés par la tablée du petit déjeuner comme par magie sans que je n'ai pu croiser le regard de la fée du logis qui était la cause de ce miracle étonnant.

Pendant le petit déjeuner, une préoccupation me brûlait les lèvres. La France allait jouer ce jour son premier match de coupe du monde contre l'Australie et je n'avais pas le droit de le rater. Je lui ai donc expliqué clairement que soit je partais maintenant dans l'espoir d'arriver à Douchanbé avant 15h00, soit je restais une nuit de puis chez lui et regardais le match ici. J'avoue que j'ai orienté le choix vers la deuxième solution, qui me séduisait plus. Cette chance de rester dans un village traditionnel Tadjik ne se présente pas tous les jours. Il a compris et c'était décidé, je resterai une nuit de plus.

Nous sommes donc partis vers 11h vers un autre village plus en altitude (2500m) pour rendre visite à d'autres amis. Pour y accéder nous étions à 10 dans un minibus fait pour 7, ça passe. Dans cette maison haut perchée, nous attendait une autre tablée toujours plus abondante et variée, autour de laquelle de nombreux hommes sont venus de joindre à nous. Nous étions 25 autour de la table au moment du pic, moi au centre, coiffé d'un chapeau plus ridicule que traditionnel, dans le rôle du pacha, avec ces hommes tous plus âgés que moi qui me traitaient comme un hôte de marque. Le repas était comme toujours précédé d'une première durant laquelle tout le monde mettait ses mains ouverte (comme pour le Notre Père catholique) pendant qu'un homme récitait des versets en arabe, puis on se caressait le visage avec les mains comme pour symboliser le lavement et la purification du visage. Cette courte cérémonie était prise avec sérieux mais ne les empêchaient pas de faire des blagues en plein pendant la prière, l'homme qui la récitait, lui même faisait des bons mots en plein pendant sa récitation.

Encore un festin, plus haut dans les montagnes 

Le ventre bien plein, je dirais plutôt, bien trop plein, nous sommes tous partis sur le terrain de foot du village pour faire une partie à 25 personnes. C'était la première fois pour moi que je jouais à 2500 m d'altitude. Ça plus le ventre plein, ça n'était pas facile de se déplacer. Mais après quelques temps j'ai retrouvé un second souffle et j'ai fait honneur au drapeau français !

Direction la pelouse, on se prépare pour le foot 

Mes chaussures étaient d'ailleurs tellement glissantes que j'ai fini par jouer pieds nus, devant l'étonnement et même la désapprobation de mes amis, qui me faisaient comprendre qu'ils n'étaient pas d'accord du tout, que j'allais m'écorcher les pieds, voulaient me donner leurs chaussures... J'ai insisté et j'ai joué pieds nus. J'ai du passer pour un sauvage à leurs yeux, une ironie qui m'a rempli d'une grande satisfaction que j'ai encore du mal à comprendre...

Pendant la pause, on prend les photos avec la star. On se montre avec lui, ça fait bon genre.  

Je suis parti ensuite pour voir le match sur une petite télévision qui captait aléatoirement la chaîne de foot russe, assisté à une heure et demi d'ennui et m'a rempli de doute sur la capacité de cette équipe de France à aller loin dans cette coupe du monde.

Ma télé pour le match France Australie  
Deuxième partie de foot  

Après une deuxième partie de foot avec mes copains du village, nous sommes rentrés dans la maison pour un long c'était copieux dîner dont je me suis éclipsé pour admirer les étoiles, plus nombreuses que jamais.

On m'a donné des morceaux de moutons pour la route, dont un pied, que j'ai laissé discrètement à ma "famille d'accueil".

Un âne  


Dimanche 17 juin :

Je suis parti tôt le matin, moins tôt que prévu car j'ai du réparer 3 fois ma chambre à air sous les yeux curieux des enfants de la maison. A mon départ, l'idée était de se rendre à 10 km de là à un marché local dans lequel j'aurais des chances de trouver un taxi pour m'emmener à la capitale. J'y arrive et rencontre immédiatement une tête connue qui m'aide à trouver un taxi. Arrive alors une scène qui m'a beaucoup amusé. Je suis devant la voiture du taxi en train de démonter mon vélo pour le faire entrer dans le coffre pendant qu'un attroupement s'est installé autour de moi sans même que j'ai eue le temps de le voir arriver. J'ai levé les yeux au bout de 2 minutes et me suis retrouvé au centre d'un cercle de respect d'une trentaine d'hommes qui m'observaient comme une bête curieuse m'activer sur mon vélo. J'en ai même joué et ai commencé à faire le clown, mimant une sorte de cours ou tutoriel de réparation de vélo, j'ai obtenu quelques sourires mais pas beaucoup de rires francs... Aucun sens de l'humour ces gens là. Dans un contexte différent, ce genre de scène aurait pu être vécue comme une agression, créant une atmosphère assez anxiogène pour la personne qui est au milieu, mais à force de comprendre ces gens j'ai bien compris que personne n'avait la moindre idée malveillante à mon égard, les gens me regardaient par curiosité mais l'idée de me voler quelque chose ne leur a certainement même pas traversé l'esprit. J'étais tout à fait à l'aise avec cette situation finalement. On s'habitue à tout.

Sur la route du marché, ce sont déjà des pics à plus de 6000 m

N'ayant pas trouvé d'autre personne pour partager le taxi, j'ai payé le prix fort mais je n'avais pas le choix. Ce trajet jusqu'à Douchanbé était intéressant, faire toute cette route à l'envers c'était comme rembobiber sa mémoire en accéléré. Je revoyais tous ces villages ces côtes et ces descentes, ces montagnes, ces routes. Ces 4 derniers jours me revenaient à la mémoire étape par étape. En revanche j'étais loin d'accrocher avec mon chauffeur qui était un russe peu engageant, crachant sa chique par la fenêtre à longueur de temps, me tapant l'épaule dès qu'il avait un truc à me dire, en russe bien évidemment, et n'hésitant pas à couper le contact de son moteur en descente pour économiser un peu de gaz (il roule au GPL).

Une fois arrivé à l'hostel épuisé, j'ai sympathisé assez vite avec un français sur place, un baroudeur Français de 64 ans (à pied) qui s'est pris de passion pour l'Asie centrale et fut de très bon conseil pour la suite de mon parcours. Il a voyagé en Iran, en Afghanistan et autres en 1975, en connaît donc un rayon sur les voyages à l'aventure. Je me suis couché épuisé.

Mon camarade à l'auberge. On a eu beaucoup de conversations intéressantes sur tous les sujets possibles.  

Lundi 18 juin :

Le petit déjeuner était l'occasion de rencontrer un autre français de 41 ans (de Toulouse) qui voyage à vélo et revient de la route du Pamir. Nous sommes partis ensemble au marché aux puces locales pour y trouver des pièces dont nous avions chacun besoin, et nous sommes retournés à l'hostel après un déjeuner sur place. Une journée surtout consacrée au repos psychologique et à la préparation du départ de demain dans la direction de Osh au Kirghizistan. L'idée est de prendre un taxi partagé demain matin pour traverser les montagnes et me rapprocher le plus possible de Och. Si je passe la frontière Kirghize, ce serait déjà une belle performance. Une fois que j'aurai atteint Och, je retourne sur mon vélo pour traverser les montagnes jusqu'à Bishkek, sur une route qui est, selon les témoignages, magnifique et très en altitude. Ça me consolera un peu d'être passé à côté de la route du Pamir.

La cour de l'auberge de jeunesse 
14
juin
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Frontière Tadjikistan - Kirghizistan

Montagnes tadjiks (jour 4)

Publié le 14 juin 2018

Nombre de km : 90

Altitude en fin de journée : 2127 m

La nuit s'est passée sans encombres et je suis parti tôt sur la route pour me rapprocher le plus possible de la frontière.

La route était plus difficile que la veille, et mes jambes moins généreuses. Les sommets enneigés s'imposaient de plus en plus à mes yeux et je pouvais commencer à voir des pics de presque 6000 m de haut. La route était continuellement rythmée de côtes et de descentes, me donnant l'impression de monter toute la journée.

Le début de la route  

Le comportement des habitants était toujours aussi étonnant, comme si ils n'avaient jamais vu un étranger de leur vie... Je ne suis pas si loin de la vérité, vous allez comprendre un peu plus loin. Sur la route, alors que je me posais sur un banc, un homme qui habitait là s'est arrêté et m'a chaleureusement offert le thé avec plein de biscuits et du yaourt excellent. Il m'a dit qu'ensuite je pourrai trouver un restaurant dans un village à 36 km d'ici.

 L'homme qui m'a offert à manger sur la route 
La suite de la route 

Le ventre assez rempli je prends mon courage à deux mains et vise cette ville pour ma véritable pause déjeuner. J'y ai arrivé épuisé par les successions de côtes, et ne trouvant pas de restaurant je finis par demander à un passant qui immédiatement me fait signe de venir manger chez lui. Il était déjà plus de 15h, sa femme a refait la cuisine spécialement pour moi. C'était une petite maison traditionnelle dans un coin perdu du village, ils avaient des poules, cultivaient des pommes de terre et n'avaient pas l'eau courante. Ici on va chercher l'eau à la fontaine. Pendant que je déjeunais en compagnie d'un autre homme de la maison, les enfants m'observaient furtivement comme on regarde le repas d'un fauve.

Mon déjeuner improvisé chez l'habitant  

Au moment de partir je leur ai proposé de leur donner de l'argent pour compenser leur générosité mais ils étaient catégoriques, montraient le ciel du doigt, comme pour dire "ce que je te donne aujourd'hui, je le recevrai au paradis". J'ai rangé mon argent, les ai remercié chaleureusement et suis reparti vers la frontière.

La route vers la frontière  

Maintenant démarre une autre histoire bien moins réjouissante. Mon idée était de camper avant le poste de frontière, toujours au Tadjikistan, mais je voulais tout de même m'assurer que tout allait bien se passer pour mon passage en douane, je me suis donc présenté aux douaniers. Ce qu'ils m'ont expliqué dans un anglais très basique c'est que cette frontière n'est pas ouverte aux étrangers, uniquement aux riverains (Tadjiks et Kirghizes). Ne voulant pas me résigner j'ai tout tenté. Je leur ai demandé de faire une exception juste pour moi, je leur ai proposé de leur donner de l'argent sous la table, je leur ai dit que je ne partirai pas d'ici sans avoir passé cette frontière, je leur ai menacé de passer par les montagnes s'il le faut... Leur réponse était assez éloquente, simplement le geste du fusil qui vise vers les montagnes. En gros si je tente ça je vais me faire abattre sans sommation. De toute façon je ne comptais pas le faire ! Maintenant la situation est complexe. Je suis bloqué au Tadjikistan car les autres frontières vont vers la Chine (pas ma route), l'Afghanistan (merci, mais non merci), l'Ouzbékistan (pas de visa à multi-entrées, ce qui m'obligerait à refaire un visa de 70 €), la dernière solution reste l'autre poste frontière vers le Kirghizistan, mais cela m'oblige à retourner en arrière reprendre pour de bon la route du Pamir, perdre 1 mois et passer cette frontière. Ça semble la seule solution viable. Voici mon plan, je me lève tôt, retente une dernière fois de forcer le passage à la douane, si ça ne fonctionne pas, je simulerai le désespoir et la détresse pour qu'ils commencent à éprouver de la pitié. C'est là où je vais leur demander de m'aider à trouver un véhicule pour m'emmener à Dushanbe (car je n'ai pas l'intention de tout refaire en arrière à vélo, 4 jours de souffrance !). Normalement, avec leur mauvaise conscience et leur envie de m'aider tout de même ils vont faire un geste. J'ai déjà pu voir que ce ne sont pas de mauvaises personnes, ils suivaient juste les règles ce que je peux comprendre. Mais j'ai aussi pu voir que dans ces pays, les règles sont très malléables. Une fois à Dushanbe ou à la jonction pour retourner sur la route du Pamir, je vais soit faire de l'auto-stop pour arriver plus vite à la frontière et ne pas perdre 1 mois, soit arriver à être syncro avec mes amis français en camion qui arrivent juste et quittent Dushanbe demain.

L'endroit d'où j'écris ces lignes 

Pendant que je vous parle, je suis sous ma tente dans la montagne tandis que l'orage gronde, et je n'ai aucune idée de quoi sera fait demain. Je sais juste que la journée sera très stressante. J'ai connu des situations plus confortables !

13
juin
13
juin
Publié le 13 juin 2018

Nombre de km : 84

Altitude en fin de journée : 1578 m

Le réveil en direct de la tente 
Réveillés par les troupeaux de vaches  

Après ce changement de direction décidé hier, je me suis plongé dans cette route le cœur plus léger, l'œil plus alerte, et les jambes plus solides. Tout est dans la tête. La route était très belle avec des sources d'eau régulièrement présentes, que je passe par mon filtre à eau dans le doute.

Le début de la route 
Une fontaine  

Chose très intéressante, j'ai remarqué que les enfants sur cette route ne disaient plus "hello", mais plutôt "salam" ... Quand ils me saluaient. La plupart des gens que je croisais aujourd'hui me regardaient d'un air ahuri, me suivant des yeux comme si ils avaient vu la reine d'Angleterre, enfin je pense plutôt qu'ils se disaient "mais c'est qui ce guignol en short ?!". C'est assez impressionnant car pour rappel, lorsque j'étais encore sur la route du Pamir, tous les enfants disaient hello. La différence est vraiment frappante. C'est comme si j'étais dans un autre pays. Ici les gens ne voient jamais de cyclistes étrangers, quand ils me voient ils semblent complètement pris au dépourvu, et c'est ça que j'aime dans le voyage, les rencontres sont plus authentiques.

Les montagnes sont ici à plus de 4500 m d'altitude. Et ce n'est que le début.  

Autre chose amusante, la route est envahie d'affiches de propagande à la gloire du président Tadjik, jusque dans les plus petits villages, véritablement partout l'on peu voir une gigantesques affiche représentant le bien aimé président saluant les braves paysans dans les champs, des colombes s'envolant à ses côtés, et des fleurs artificielles tapissant son passage. photos ci-dessous:

Le dicta... Pardon, le président  
Pause déjeuner à l'ombre d'une maison abandonnée  
L'urbanisme en montagne 
Le cheval a pris la pause 

J'ai cherché pendant quelques kilomètres un lieu adéquat pour camper, et me suis trouvé un lieu un peu en hauteur avec de l'herbe et un ruisseau. Mais j'ai vite été embêté par de jeunes paysans qui promenaient leurs ânes, ils restaient avec moi, contemplaient mes faits et gestes, et surtout ils me posaient beaucoup de questions... Trop de questions du style "elles coûtent combien tes lunettes ?" "il coûte combien ton vélo ? "," montre moi ton téléphone ", je veux voir ton appareil photo"... Et, chose étrange, me sentant de moins en moins à l'aise avec eux, je leur demande si je peux les prendre en photo (ça me rassure dans certaines situations), et bien le plus vieux à refusé. Là je me suis dit : " OK, alors soit je change de lieu de camps, soit je trouve un moyen pour bloquer mon vélo et mes affaires car ces garçons sont louches". Après leur départ je suis parti 50 m plus loin dans un coin beaucoup plus à l'abri des regards. Je garde quand même mon couteau accessible, d'autant qu'ils m'ont dit qu'il y avait des bêtes sauvages dans ces montagnes et que je devais faire attention. Un homme averti en vaut deux.

Photo prise par cet inquiétant paysan  
12
juin
12
juin
Publié le 13 juin 2018

Nombre de km : 90

Altitude en fin de journée : 1150 m

Bon... Il va y avoir beaucoup de choses à dire car cette journée a été riche en émotions et en événements. Au passage, une des journées de vélo les plus difficiles depuis longtemps.

En partant sur la route le matin, mon idée était de faire beaucoup de km, même si j'avais encore un vent défavorable. C'était d'ailleurs plutôt bien parti car le début de la route était une délicieuse succession de descentes, ponctuée parfois de quelques côtes pour ne pas s'endormir.

Durant la route, les enfants continuent à dire systématiquement "hello" et même tendre la main pour qu'on la tape en roulant. C'est sympathique mais je me suis demandé où ces enfants avaient appris à dire Hello, et pourquoi ils le disent tous. C'est bien la première fois de ma route que les enfants sont aussi forts en anglais. Et bien j'ai une théorie. Il s'agit du début de la route du Pamir, cette route étant empruntée par beaucoup de voyageurs à vélo, en moto ou même peut être à pied, nous pouvons supposer que les occidentaux qui passent et veulent dire bonjour aux enfants, disent simplement Hello. Les enfants, à force de l'entendre, le répètent aux touristes qui passent, sans doute plus comme un jeu que par politesse.

La route du début de journée  

Mais revenons sur la Pamir. Si le début de ma route était une délectation, les choses on commencé à se dégrader très sérieusement après une trentaine de km. Je vois d'un coup la belle route goudronnée se transformer par magie en piste tapissée de sables, de poussière, de grosses pierres et de cailloux. Une route plutôt hostile quand le vélo n'est pas un VTT et qu'il porte 25 kg de bagages. J'ai caressé l'espoir de voir cette route rapidement retrouver forme humaine, mais que j'ai été naïf ! La côte qui suivit fut l'une des plus désagréables et pénibles de mon voyage..."l'une des plus", car il y a eu d'autres côtes similaires le même jour. Sous une chaleur accablante et face à ces conditions de route, je ne pouvais pas dépasser les 4 km/h (plus lent que la vitesse d'un marcheur). Je montais cette côte en permanence en perte d'équilibre causé par les grosses pierres, le vélo patinait à cause du sable, et mon dos commençait déjà à envoyer des signaux d'alerte. En haut de la montée je me suis autorisée une pause bien méritée pour boire le litre d'eau que j'ai perdu dans cette côte impossible. En reprenant mes esprits, je vois s'approcher de moi une moto qui ressemble à s'y méprendre à celle de mon vieux camarade de route Aldo. Il s'arrête et enlevé son casque, c'est lui ! Incroyable ! Pour rappel, on s'est rencontré à notre hostel à Bakou, on a pris ensemble le ferry pour le Kazakhstan, puis on a roulé ensemble un moment jusqu'en Ouzbékistan après s'être recroisés par hasard, et maintenant le revoilà au milieu des montagnes du Tadjikistan. J'avoue que la surprise m'a fait un bien fou et extrêmement plaisir, tout particulièrement après ce calvaire que je venais de subir. Nous décidons de nous retrouver pour déjeuner, 20 km plus loin. Je savais qu'il allait m'attendre un peu, mais pas à ce point. Hélas, la route s'est à nouveau transformée en piste impraticable, et en bonus, une succession de côtes terribles et de descentes se sont offertes à moi. Il ne fallait pas, vraiment ! J'ai eu les pires côtes de ma vie, et bien en même temps j'ai connu les pires descentes de ma vie. Descendre cette route n'offre même pas la satisfaction de la récompense après avoir terminé la côte. On freine tout le temps pour ne pas dépasser les 15 km/h. Si on va trop vite on risque la crevaison ou de casser les accroches des sacoches. En fait on a mal aux mains à force de freiner, on a mal aux jambes car elles sont tendues, on a très mal au dos à cause des vibrations, et le vélo risques de la casse à tout moment. C'étaient les 20 km les plus longs de ma vie.

La route de l'enfer 

J'ai fini par le retrouver et nous faisons encore quelques km ensemble pour trouver un semblant de restaurant.

Pendant le déjeuner, je commence à me questionner et douter de l'intérêt de faire cette route. On nous confirme que la route est principalement en pistes, je comprends alors que je vais mettre beaucoup plus de temps que prévu. Petit à petit l'idée de couper par la route plus au nord, route qui est asphaltée et 4 fois plus rapide, germe dans mon esprit et porte ses fruits. C'est décidé je bifurque à gauche au lieu de prendre la route du Pamir à droite. Les montagnes seront aussi très belles, la route monte aussi tout de même à 3600 m, et je ne vois vraiment pas l'intérêt de souffrir à ce point sur ces routes de cailloux pour voir de belles montagnes. Si j'avais un mois à tuer je le ferais, mais là je ne peux pas me permettre ce luxe.

 A la recherche d'un lieu pour camper 
On a trouvé !  

Nous avons décidé avec Aldo de camper ensemble pour ce soir et nous avons trouvé un lieu superbe avec un ruisseau à 20 m et un panorama incroyable. Nous étions entourés de montagnes à 360°. La douche froide dans le ruisseau avec vue sur les montagnes était un grand moment.

Notre lieu de camping 

Tandis que nous préparions nos affaires, un paysan est venu nous rendre visite. Il n'arrêtait pas de parler en russe et ne voulait pas comprendre que 1% de ce qu'il disait avaient du sens pour nous. Il était sympathique mais très collant. Il ne voulait plus partir, voulait regarder nos photos, voir ce qu'on allait manger... Un homme bien curieux, comme c'est souvent le cas dans cette région du Globe. Après une accolade plus que virile, nous avons pu nous mettre à préparer notre dîner sous un tapis d'étoiles qui apparaissait petit à petit. J'ai rarement vu aussi distinctement la voie lactée... Je crois que la dernière fois c'était en 1994 en Afrique du Sud dans le Park Kruger.

Notre visiteur du soir  
La nuit tombe, préparation du dîner.  
11
juin
11
juin

Nombre de km : 75

Altitude actuelle : 1780 m

Ouf ! Il fait moins chaud dans ce pays qu'en Ouzbékistan, premier bon point.

Ce matin était le grand départ pour la route du Pamir ou Pamir highway. Le début de la route est tout simplement la sortie de l'agglomération de Douchanbé, puis de nombreux villages, et d'autres villages de plus en plus épars, puis on se retrouve sans même s'en apercevoir entouré de montagne et on commence à voir de la neige sur certains sommets après 40 km. La circulation est dense, les zones traversées aujourd'hui sont assez peuplées et chaque enfant que je croisais me criait "hello !", comme un jeu. Si la circulation locale était intense, j'étais étonné de ne pas croiser un seul autre cyclo-voyageur sur la route. Je croyais que c'était un axe très fréquenté des aventuriers à vélo, j'ai peut être surestimé son attrait... Ou bien sous-estimé sa difficulté !

Dans les premières dizaines de km on voit les montagnes s'approcher peu à peu 

Concernant la difficulté, aujourd'hui elle était bien réelle. Je suis monté de presque 1000 m par rapport au point de départ, le tout rythmé de beaucoup de successions de côtes et de descentes. Mais le pire c'était le vent ! Aujourd'hui il était mon pire ennemi. Pile en face de moi pendant toute la journée, du matin au soir sans s'accorder le moindre repos. Et il soufflait fort ! En bref, en descente je dépassais difficilement les 20 km/h et dans les côtes, je bloquais à 6 km/h. Et pour accompagner le tout, j'ai du faire avec une douleur au genou droit qui était apparue le fameux jour de ma route de nuit avec mes camarades anglais. Je la croyais finie, mais visiblement il restait un petit quelque chose... J'ai vraiment beaucoup trop forcé cette nuit là au Kazakhstan. Parfois quand on ne veut pas perdre la face et apparaître faible on ne s'encombre pas de la rationalité et on pousse au delà de ses limites. C'est de la bêtise purement masculine.

Pour mieux se rendre compte du vent qui me faisait face, voir les arbres en arrière plan  
Les femmes sont habillées beaucoup plus traditionnellement qu'en Ouzbékistan  
Je n'étais pas tout seul pour cette pause  

Ma pause déjeuner à été l'objet d'une belle rencontre silencieuse et sincère. Je me suis posé à l'ombre d'un vieil abri bus, et me suis allongé sur le banc pour dormir un peu après mon déjeuner. Je suis alors réveillé par des pas s'approchant de moi, je me lève et vois un jeune homme tenir à la main une grande théière. Avec mon sens aigu de la déduction, je me dis tout de suite qu'il veut me donner du thé. N'ayant pour seul récipient disponible qu'une bouteille d'eau vide, je la prend et lui dis que je vais boire dedans. Il semble apprécier l'idée. Je commence alors à verser le contenu et me rends vite compte qu'il s'agit en fait tout simplement d'eau fraîche. J'ai alors compris et rempli tous mes récipients qui effectivement commençaient à être dans la réserve. Ce jeune homme d'à peine 18 ans qui vivait dans une cabane à quelques dizaines de mètres de là et qui cultivait le champs d'en face est venu spontanément m'apporter de l'eau. Ça m'a touché. Le garçon est resté peut être 40 minutes avec moi, et chose rare, il était assez naturellement intelligent pour comprendre que je ne comprenais pas sa langue. Il ne s'encombrait donc pas de paroles inutiles, essayait de mimer parfois, en laissant échapper ça et là quelques mots en tadjik avec une voix d'une rare douceur. Mais la majorité du temps on ne parlait pas. On appréciait juste la présence de l'autre sans rien en attendre. C'était beau et pur.

Mon ami de l'abri bus 
Les paysages de l'après midi... Ça comment à être beau 

Dans l'après midi, après 6h de vélo dans la journée, je commençais à chercher sérieusement un lieu où dormir car le vent ne semblait pas vouloir se calmer. Je suis passé devant une sorte de vieille station service qui semblait désaffectée mais occupée par un homme. J'y aperçois des salles vides. Je m'arrête et demande à l'homme qui comprend vite, me propose la pièce, me lave le sol, me donne un matelas une couverture, et tandis que je venais de finir mon dîner, il est venu m'apporter de quoi manger. Concombres, tomates, oignons, fois et gras de mouton avec pommes de terres et melon en dessert. Dans sa station il y avait même un billard, j'en ai profité pour faire une petite partie avec un homme, je n'ai jamais si il était un routier de passage ou un employé de la station.

Mon hôtel à gauche et ma suite sur la photo de droite 
Les toilettes, pas facile de bien viser.  
Partie de billard sans règles.  

Demain, j'espère de tout cœur que le vent sera plus clément. Vous en saurez un peu plus demain soir si j'ai de la connexion.

Bonne nuit  
10
juin

Vendredi 8 juin :

Le petit déjeuner avec Florent  

Nous avons profité de la journée pour nous reposer, rester une journée entière à Boukhara et bien se préparer pour la suite du voyage.

Boukhara 

Chose amusante et inattendue, j'ai rencontré à notre Hostel le couple d'amis suisses avec qui j'ai fait un bout de chemin en Iran. C'était il y a quelques semaines dans un pays pourtant assez éloigné, et nous nous retrouvons dans cette petite auberge, dans cette petite ville. Si nous avions voulu nous rencontrer sur la route, nous n'aurions pas réussi à le faire, il aurait fallu s'organiser longtemps à l'avance, se tenir au courant au jour le jour, s'adapter à l'autre, fixer un rendez-vous... Ces heureux hasards de la route sont fascinants.

Mes amis suisses que je retrouve après l'Iran !  
Boukhara le soir 

Samedi 9 juin :

Le programme de la journée était de franchir la frontière, entrer au Tadjikistan et réfléchir après. Pour moi il a encore fallu réfléchir très vite !

Nous avons donc commencé à prendre la route tôt le matin pour éviter cette chaleur écrasante. Nous sommes passés à côté de Samarcande sans s'y arrêter, le nez dans le guidon, avec comme unique objectif : la frontière. Il paraît que c'est criminel d'aller en Ouzbékistan sans voir Samarcande, mais je ne suis plus à un crime près.

Voilà à quoi ressemblait la route à l'approche de la frontière. Fini le désert.  

Puisque nous roulons... Que la route est toute droite et le désert monotone, ça me fait penser à autre chose... et si je faisais un petit bilan de ce qui m'a marqué en Ouzbékistan, de ce que j'en ai retenu avec mon regard affûté d'occidental. Tout d'abord, les gens. Soit dit en passant, sujet qui m'intéresse hautement plus que les monuments historiques. Les gens ne trichent pas tandis que les monuments, si beaux soient-ils, ne représentent plus une réalité actuelle. Ne sont à mes yeux qu'une photo du passé préservée des outrages du temps à coups de restaurations successives, financées au passage par les chinois. Les ouzbeks, sans pour autant se détacher du peloton des autres pays de la région, m'ont apparu très ouverts, souriants et doués d'un sens aigu de l'entraide et de la solidarité. Bien sûr il ne faut pas se laisser faire et toujours négocier les prix, mais une fois cette barrière passée, ils sont honnêtes et droits.

Si les Kazakhs étaient soit très asiatiques soit très russes et se mélangeant peu, les origines ethniques des Ouzbeks sont plus difficiles à identifier, également très cosmopolite, il semblerait que les perses, les Kazakhs, les russes, Ouzbeks et Afghans vivent en harmonie depuis un bon moment. Il n'est pas rare de voir dans un village perdu des enfants aux origines très éparses. A noter que les visages sont moins asiatiques et plus bronzés que les Kazakhs. Les femmes sont étonnement élégantes, rarement voilées, elles portent très bien les robes colorées, et protègent leur "capital peau" en marchant à l'abri d'un parapluie, souvent assorti à leur tenue. Elles n'hésitent pas à offrir leur plus beau sourire à la personne qui croise leur route.

Sans transition, il faut parler de la circulation. J'ai déjà évoqué l'état des routes, il faut maintenant aborder la manière dont les gens roulent dessus. Et bien l'autoroute à contre-sens n'est pas une aberration par ici. Que ça soit sur une charrette tirée par un âne ou sur une voiture soviétique à vive allure, on fonce et on compte sur la vigilance des gens qui sont dans le bon sens. Ça me fait penser à un sketch de Coluche qui incarnait un alcoolique qui venait de percuter une voiture et tuer ses passagers en roulant à contre sens et se plaignait du manque de vigilance des autres automobilistes par ces mots : "Mais merde, les gens le savent qu'on roule bourré !". Je voyais Coluche dans ces voitures. Chose intéressante liée aux voitures, ici tout le monde roule au gaz, le pays ayant bien plus de gaz que de pétrole dans leur sous sol, le gouvernement a poussé fortement dans ce sens. À ce propos, il me vient une anecdote assez singulière. Nous venions d'acheter de l'essence dans une station, et retournions sur l'autoroute. Après 15 minutes de route, une voiture nous double en clacsonnant frénétiquement, et nous fait signe de nous ranger sur le côté. Il s'agissait de l'employé de la station qui s'était rendu compte qu'il nous avait fait payer 60 litres au lieu de 50. Il a fait toute la route pour nous rattraper et pour nous donner ce qu'il nous devait ! Là c'est plus que de l'honnêteté, j'essaye de trouver le mot mais il n'existe pas... C'était vraiment touchant, d'autant qu'il a du rentrer en prenant l'autoroute à contre sens sachant qu'il n'y avait pas moyen de faire demi tour avant un bon moment.

Après ces journées que j'ai passé en voiture, ça a été intéressant pour moi de faire un constat de cet autre moyen de transport au cours d'un voyage. Si il est incontestable qu'il offre plus de sécurité et permet de transporter plus de matériel et avancer beaucoup plus vite qu'à vélo, l'expérience du voyage est bien moins forte. On est fatalement moins au contact des populations lorsqu'on est en voiture, et ça devient plus difficile de les comprendre, de ressentir leur culture. On a tout ce dont on a besoin donc on a moins besoin de l'aide des gens, on est plus indépendant des populations locales et les contacts sont beaucoup plus rares. La voiture crée de la distance avec les gens, lorsque l'on roule, on a à peine le temps d'échanger des regards, on ne peut pas parler avec les locaux... Au mieux un sourire et un coucou. On est comme enfermé dans cage de métal qui nous protège de l'extérieur. Une protection contre les dangers extérieurs mais aussi malheureusement contre l'aventure. Bien sûr je ne juge pas cette manière de voyager, chacun a sa propre manière d'aborder le voyage, mais si l'aide de mes amis a été inespérée et est formidable pour la suite de mon voyage (clairement sans eux je n'aurai pas fait la route du Pamir), personnellement je préfère avancer plus lentement, me confronter aux populations, les comprendre et m'enrichir. Il est à noter que j'ai aussi beaucoup changé ma manière d'aborder ce voyage, je le voyais au début en grande partie comme un challenge, un défi physique, mais je ne suis plus dans la performance. C'est devenu secondaire dans mon parcours. Je n'ai pas de problème à prendre le bus sur 200 km pour franchir une montagne ou à monter dans un camion pour me faire avancer plus vite vers l'est et avoir la chance inouïe de faire la route mythique du Pamir. La performance physique n'a pas de sens, le véritable sens est dans l'expérience et l'enrichissement personnel, parfois même la découverte de soi à travers la découverte de l'autre. Avant de partir je voyais ces belles phrases comme des phrases toutes faites qui font joli dans les livres de développement personnel mais qui ne trouvent pas réellement d'écho dans la réalité, maintenant de comprends que si. Et ce n'est pas fini.

Pour revenir à la journée, nous avons passé la frontière sans encombres, les douaniers étaient même sympathiques et je me suis même autorisé quelques libertés en mentant un peu : ils ont trouvé dans mes affaires une feuille avec une prière musulmane écrite en arabe que je gardais depuis Istanbul. En la voyant ils m'ont demandé si j'étais musulman et je leur ai dit que oui, que je m'étais récemment converti à Istanbul. Ils ont semblé apprécier, et ne m'ont heureusement pas demandé plus de détails. Une fois la frontière passée, nous nous sommes arrêtés à la première ville pour acheter une carte Sim locale, prendre de l'argent local, déjeuner (enfin !), et organiser la suite de la journée car mes compères n'étaient pas encore fixés sur l'endroit où ils voulaient se poser pour la soirée, et mon sort dépendait de leur décision. Ils ont finalement choisi de rester plusieurs jours dans la montagne avant Dushanbe, ce qui était trop pour moi, l'idéal pour moi étant même d'y arriver dans la soirée. J'ai donc décidé très vite de prendre ma propre route et de viser Dushanbe dans la journée. Pas de trains, pas de bus, pas de minibus... Que des taxis partagés. J'ai trouvé un taxi et ai réussi à avoir le prix local, soit 10€ pour m'emmener avec mon vélo à Dushanbe, à presque 250 km de là. J'exulte intérieurement. En revanche la voiture a été chargée à fond, nous étions à 5 dedans et il a fallu faire entrer mon vélo et tous les sacs dans le coffre. Qu'à cela ne tienne, tout le monde s'y est mis pour démonter mon vélo et le faire tenir dans le coffre. Les clients étaient là pour aider, tenir le vélo, dévisser les pièces, ils ont perdu 30 minutes à cause de moi mais personne ne se plaignait, ici le temps n'est pas une valeur si rare que chez nous. Ici on le prend comme il vient, on ne le compte pas et on ne l'anticipe pas. Tout se passe au présent, il est déjà bien trop intense pour que l'on se préoccupe du futur.

Sur la route. Les photos ne sont pas très nettes car le chauffeur roulait trop vite... Voir paragraphe ci-dessous.  

En parlant d'intensité, j'ai vu ma vie défiler de nombreuses fois sur la route ! Le chauffard... Pardon, le chauffeur du taxi prenait des risques inconsidérés sur des routes sinueuses de montagnes avec un vide vertigineux en guise de compagnon de voyage. La moitié du temps sur la voie de gauche, il doublait sans la moindre visibilité en priant qu'aucune voiture d'arriver à de l'autre côté. Finalement j'ai préféré essayer de dormir, que je regarde ou non le résultat sera le même en cas d'accident. Au milieu de la route nous sommes tombés sur deux cadavres de voitures qui ont du se percuter de plein fouet dans la journée d'une manière assez violente. Nous sommes tous sortis pour voir ça de plus près (curiosité morbide). Il y avait encore les fruits écrasés à l'intérieur de l'habitacle et les airbags maculés de sang. Les corps n'étaient plus là mais personne n'avait pris soin de retirer les voitures. En repartant, j'étais curieux de voir si cette vision macabre allait calmer un peu le chauffeur, et bien oui, il roulait toujours dangereusement, mais un peu moins.

Accident tout frais.  

En arrivant, à Dushanbe, ils ont tous tenu à me déposer devant mon Hostel. C'était très amusant de voir ces 4 hommes (taxi et clients) s'affairer autour de mon vélo, chacun avait son rôle, tenir la lampe, soulever le vélo, fixer les pièces à l'avant, fixer à l'arrière. Je n'ai pas pris de photos pour ne pas trop abuser de la situation mais c'était touchant. Ils sont tous remontés dans le taxi en me saluant chaleureusement, et j'ai donné de bon cœur 150 Somoni au chauffeur au lieu de 100. (15€). L'auberge était très sympathique avec une bonne ambiance et d'autres cyclo-voyageurs qui s'apprêtent à prendre la même route que moi mais pas le même jour.

Dimanche 10 juin :

Une journée dédiée non pas à la visite de la capitale Tadjiques, qui n'est pas d'un grand intérêt, mais plutôt à la préparation pour démarrer demain la grande aventure sur la Pamir highway. Plus en détails l'idée est d'essayer de réparer un peu mon dérailleur qui continue à être un peu capricieux, acheter des patins de freins de rechange et un nouveau compteur de vitesse. Il me faut aussi reprendre le l'argent, acheter de quoi me nourrir sur la route et alléger mes sacs au maximum. J'ai fait le tri, j'ai même donné des vêtements aux bonnes œuvres de l'auberge.

Quelques photos des rues du quartier de mon auberge 

Voilà, au moment où j'écris ces lignes, je suis couché dans mon lit. Autour de moi, deux pakistanais regardent des vidéos sur leur téléphone et deux néerlandais viennent d'entrer pour se coucher. J'attends que viennent les trois japonais avec qui j'ai bien sympathisé aujourd'hui. Je me prépare surtout psychologiquement à affronter le début de cette route qui m'attire autant qu'elle me fait peur. La route du Pamir, la M41 est la deuxième plus haute route au monde et le point le plus haut au monde franchi par une autoroute internationale : 4655 m (à 150 m du mont Blanc !). Le massif du Pamir, en lui même culmine à 7500 m, ce qui promet de belles photos en perspective. Je ne suis pas certain d'avoir de la connexion tous les jours mais je ferai de mon mieux pour vous tenir informés le plus régulièrement possible et partager mes photos qui devraient dépasser de loin ce que j'ai montré précédemment. A très vite.

7
juin
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Publié le 7 juin 2018
A Khiva, les chinois investissent dans les rénovations du patrimoine. Résultat, on se croirait en Chine sur le chantier ! 

Nous avons visité la ville de Khiva de bon matin pour profiter de la fraîcheur et du calme avant l'arrivée en masse des touristes. Une bonne heure pour faire le tour nous a suffit, nous avons ensuite pris le petit déjeuner à l'hôtel, puis nous sommes partis sur la route, affronter le désert et la chaleur.

Une route désertique très hostile 

Et quelle chaleur ! Je n'avais pas de thermomètre sur moi mais elle dépassait forcément les 40 degrés à l'ombre... Sauf qu'il n'y avait pas d'ombre. Dans ce désert, les seuls zones épargnées par ce soleil assommant sont les ombrages des petites plantes à moitié déséchées qui verdissent ça et là une mer de sable infinie dont on n'en distingue les aspérités qu'à travers le flou des mirages qui dansent au gré des brûlures du sol. Ces mirages d'horizon donnent l'impression que la terre souffre et qu'elle nous le dit.

Le plus impressionnant c'est que lorsque l'on passe la main par la fenêtre pour se rafraîchir, c'est un vent chaud qui nous répond, un vent très chaud. Si on pouvait comparer à une sensation déjà vécue, ce serait la même chose que mette sa main à 20 cm d'un sèche cheveux !

Après une longue et pénible route, durant laquelle j'ai conduit une bonne partie du temps, nous sommes arrivés tous les 3 à Boukhara. A première vue c'est une ville pas trop touristique, bien préservée, avec un centre ville plutôt local, vivant et riche. Une ville agréable en somme dans laquelle nous allons peut être rester deux nuits. La décision se fera demain.

Découverte de Boukhara  
La "nightlife" de Boukhara 
6
juin
6
juin
Publié le 7 juin 2018

Cette journée fut avant tout une longue traversée avec beaucoup de route et de désert. Autant vous dire que l'Ouzbékistan est un pays très long à traverser d'ouest en est, d'autant plus que les routes sont presque tout le temps de bien piètre qualité.

Il fallait faire le plein d'eau avant d'affronter le désert  
Tempête de sable 

Nous avons roulé jusqu'à l'heure du déjeuner, Aldo nous a retrouvé et nous avons déjeuné dans un petit restaurant crasseux qui a mon avis s'est transformé en restaurant par magie au moment où ils nous ont vu débarquer.

Des compagnons de route 
Très mauvaise route 

En sortant de table nous avons décidé de nous séparer en deux groupes. Florent et Aldo allant faire le détour par la mer d'Aral pour y voir les vestiges des bateaux échoués suite à la sécheresse de la mer, et Valérien et moi, qui préférions aller directement à Khiva pour avoir assez de temps pour visiter la ville le soir et trouve un hôtel avec la Wi-Fi. Ce dernier point était capital pour moi car j'avais quasiment une semaine de retard sur mon blog, et beaucoup de choses à dire et de photos à publier, et je ne veux pas que vous vous inquiétiez !

Magnifique ciel à l'approche de Khiva 

Maintenant il faut que je vous annonce quelque chose d'important qui va conditionner toute la suite de mon voyage. J'ai décidé ce jour de traverser la Pamir Highway. C'est une route mythique entre le Tadjikistan et le Kirghizistan qui passe entre les montagnes, avec des cols à plus de 4500 m et une vue sur des montagnes de plus de 7000 m. Tellement de gens me parlaient de cette fameuse route que je me suis dis qu'il serait dommage de ne pas la faire, puisque je suis si proche... Et ma soif d'aventure n'est pas encore rassasiée. L'idée est donc de faire cette route entre Douchanbé (Tadjikistan) et Och (Kirghizistan) puis de continuer à vélo jusqu'à Almaty (Kazakhstan) et traverser le Kazakhstan vers le nord et s'arrêter à Novossibirsk en Russie. Faire une petite pause sur place car j'y connais quelques personnes, puis prendre le transsibérien jusqu'à Moscou en mettant mon vélo dans le train. Rester quelques jours à Moscou, et remonter sur mon vélo vers Paris, mais au lieu de passer par la Scandinavie mon idée est plutôt de passer par le sud des Balcans (moins froid, moins vide). Voilà où j'en suis de mon itinéraire, ça n'a plus grand chose à voir avec mon plan de base mais je pense qu'il est beaucoup plus optimisé. Je devrais être rentré pour la mi-octobre.

Khiva le soir. Le meilleur moment.  

Pour revenir à notre soirée à Khiva, nous avons eu la chance d'arriver pendant que le soleil se couchait, ce qui nous a offert une magnifique lumière pour photographier cette superbe ville. Il y avait aussi peu de touristes, ce qui contribuait au charme des lieux.

Il y a encore un travail à faire sur la mise en valeur nocturne de leurs monuments 
5
juin
5
juin

Mardi 5 juin:

Un réveil bien agité, causé par un fort vent d'est annonciateur de la journée qui va nous attendre. N'ayant pas mis le double toit de ma tente pour mieux admirer les étoiles, le vent a fait pénétrer dans ma tente une grande quantité de poussière de sable, pas très agréable.

Le réveil, et la poussière de sable qui s'invite à la fête  
On s'adapte comme on peut aux conditions 

Après avoir mangé un morceau, notre copain allemand est parti sur son chemin, tandis que nous sommes repartis ensemble pour affronter une route assez hostile pour les amortisseurs. Du sable, du vent, de la poussière, la chaleur, parfois des zones de bitume remplies de gigantesques nids de poules obligeant à faire des écarts brusques qui nous font atterrir dans un autre trou encore plus gros. Des conditions de route vraiment épuisantes pour les conducteurs et pour la mécanique, à tel point qu'Aldo (en moto) a fini par s'arrêter en reniflant une odeur de frein à main qui n'a pas été déserré. Il ne croyait pas si bien dire, sa roue arrière fumait dangereusement. Il l'a démontée pour voir ce qui n'allait pas, et on s'est vite rendu compte du problème : le roulement à bille a explosé au milieu de la roue, ce qui a causé le blocage de son frein à tambour. Par chance nous n'étions pas arrêtés au milieu du désert, c'était une sorte de portique sous lequel passaient les véhicules et où les gens attendaient pour trouver une bonne âme pour les emmener à la prochaine ville. Ici l'entraide et l'auto-stop sont institutionnalisés, quand il y a une ville tous les 150 km dans un milieu désertique et poussiéreux, on apprend vite à user de la solidarité des gens, et les gens vous aident avec bon cœur. D'ailleurs voici comment nous avons réglé le problème de la moto d'Aldo. Il nous fallait trouver en urgence un nouveau roulement à bille, mais comment trouver ça dans un désert ? Par chance un jeune homme qui attendait une voiture nous a guidé vers le village le plus proche pour y trouver une petit bazar avec un marchand qui vendait pile la pièce de rechange nécessaire. Une chance inouïe pour Aldo, qui aurait pu se retrouver dans une situation plus qu'inconfortable si ça lui était arrivé au milieu de nulle part. Il a réparé sa roue avec le nouveau roulement et le tour était joué, on pouvait repartir. A noter que pendant que j'attendais le retour de la première voiture partie chercher la pièce, je me suis allongé à l'ombre sur le haut d'un mur pied nus et devait tellement inspirer la pitié que 4 voitures m'ont proposé de m'emmener. Ici on ne laisse personne sur le bord de la route, même l'étranger.

Réparations de la roue d'Aldo 

J'ai oublié de préciser qu'entre temps nous avons passé la frontière entre le Kazakhstan l'Ouzbékistan. Tout s'est très bien passé, les douaniers étaient même sympathiques, posaient plus des questions par curiosité personnelle que par professionnalisme. A part la boîte à médicament, sur laquelle ils étaient assez tatillons, en quête de produits stupéfiants.

Après la douane, quelques femmes se sont jetées sur nous pour changer de l'argent local, il était amusant de noter que certaines d'entre elles portaient des masques blancs couvrant presque tout leur visage. On a vite compris que c'était une habile protection contre la poussière de sable qui s'incruste partout, dans les vêtements, les yeux, le nez la bouche et surtout les poumons.

Les changeurs de devise au noir.  

Nous avons déjeuné dans un restaurant proche de la douane, et au moment de payer, Valérien a eu la désagréable surprise de se rendre compte qu'il a été débité de 1200 dollars sur son compte. Il a fallu se battre pendant 20 minutes avec la caissière pour lui faire comprendre qu'elle a fait payer la note en dollars et non dans la monnaie locale... Évidement elle a perdu entre temps toutes ses notions d'anglais !

Elle a fini par comprendre qu'on ne partirait pas sans avoir été remboursés, elle a passé un coup de fil et après, une autre vingtaine de minutes le problème était résolu. Mais j'en connais qui seraient partis sans se rendre compte de la supercherie.

Sur la route avant la dernière pause 

Après le restaurant et l'épisode de la panne d'Aldo, nous nous arrêtons faire une pause à une petite épicerie et nous apercevons qu'elle fait aussi auberge, on y reste pour la nuit, fatigué par ces conditions de route et ces émotions.

La pittoresque arrière boutique de notre hôtel  
4
juin
4
juin
Publié le 6 juin 2018

Lundi 4 juin :

Nombre de km : 40 à vélo

Le début de ma route à velo 

Nous nous sommes donc levés de bonne heure après une nuit très courte et épuisante, et je me suis vite rendu compte qu'il allait être difficile de soutenir le rythme de Thomas. Sa moyenne était de 25 à 30 km/h avec un vélo deux fois plus léger que le mien. Lui faisant comprendre le décalage, il me laisse une bonne avance pour aller à mon rythme pendant qu'il va faire un petit détour dans un village pour aller aux toilettes. J'avance et finit par prendre une petite pause, c'est à ce moment que je vois passer 2 camions Renault Traffic blancs identiques. Ça ne pouvait être que mes 2 copains français que j'ai rencontré et avec qui j'ai sympathisé au port d'Alat et sur le ferry. Ils me reconnaissent également et s'arrêtent sur le bas côté, nous discutons, je leur raconte ma route de nuit, mon épuisement, et soudain le coup de grâce : "tu veux qu'on te prenne dans le camion ? On va à Beyneu aujourd'hui". J'ai hésité un moment, j'ai pensé à cette douleur aux jambes qui est apparue cette nuit, j'ai pensé au temps que je pouvais rattraper, mais aussi à la honte qui allait s'abattre sur ma famille et ma descendance... Je me suis arrangé avec la honte et j'ai saisi cette opportunité unique.

Je suis donc monté dans la voiture de Florent, tandis que celle de Valérien transportait mon vélo et mes sacoches. Cap sur Beyneu ! Nous traversons des routes désertiques superbes que j'ai tout de même regretté de ne pas avoir traversé à vélo, mais tout choix est un sacrifice.

Une route vite changeante 

C'est là que commence le ballet des rencontres. Cette route étant la seule possible empruntée par nos camarades voyageurs du ferry, nous avons passé la journée à croiser des têtes connues ou à voir des retardataires du bateau précédent. Tout à commencé avec Harry, que l'on a croisé en pleine côte, à 260 km du port. Pour rappel nous avons quitté le port la veille au soir. On s'arrête, il nous rejoins, nous salue, s'amuse de me voir dans leur camion, et nous explique qu'il n'a pas dormi de la nuit. En gros il a fait la route sans pause du port à ici avec ses sacs. Une véritable machine de guerre ! Il nous a avoué commencer à être un peu fatigué, je lui ai donné de l'eau et de la nourriture, puis on a partagé un café avec lui. Et il est reparti après 15 minutes d'une pause bien méritée... Salut l'artiste !

En haut à droite, Florent, Valérien et Harry 

La route continue, et nous décidons de nous arrêter pour déjeuner sur un joli point de vue sur un désert sans fin. Nous voyons alors s'approcher 2 cyclistes, on les invite à s'arrêter. Il s'agit d'un néerlandais et un gallois qui étaient sur le ferry avant le notre, ils ont bien pris leur temps pour arriver. L'un d'eux avait un problème de câble de dérailleur, mes amis ayant à peu près tout dans leur camion, ils ont remplacé son câble et ont sauvé son voyage. C'est alors qu'un bruit de moteur attire notre attention, une moto s'est arrêtée à nos côtés... Il s'agissait ni plus ni moins d'Aldo, mon copain depuis l'auberge de Bakou, qui a reconnu les deux camions blancs et était aussi heureux de me voir dans la bande car il était inquiet de ne pas m'avoir croisé avant sur la route. Il se joint à nous et nous terminons la route tous ensemble jusqu'à Beyneu.

Pause déjeuner et retrouvailles avec Aldo, on ne se quitte plus !  
Les cyclo-voyageurs que nous avons aidé  

Mon plan initial était de loger chez un hôte dans cette ville pour une nuit, y laisser mon vélo et partir en train pour visiter l'Ouzbékistan car j'ai quand même payé mon visa ! Mais les aléas de la route et la providence vont changer bien des choses sur mon itinéraire. J'ai envoyé des messages toute la journée à mon hôte pour lui dire que j'arriverai plus tôt que prévu, mais je n'ai jamais eu la moindre réponse. Tout ce que je voulais c'est "oui tu es toujours le bienvenu" ou "désolé ça ne va pas être possible", mais c'était le silence radio. Il fallait décider vite de ce que j'allais faire car nous étions à Beyneu et mes amis n'allaient pas tarder à repartir vers l'Ouzbékistan. J'avais le choix entre les accompagner avec mon vélo là bas et me dire "advienne que pourra !" ou bien rester là, dormir à l'hôtel, y laisser mon vélo et prendre un train ou aussi repartir directement vers l'ouest en direction de la Russie. La première solution me faisait peur mais m'excitait, la deuxième était intéressante mais après vérification, le train était plus rare et plus cher que prévu, la troisième solution me rassurait car je rattrapait beaucoup de retard et je serai à temps en Russie pour la coupe du monde. Mais voilà, ce voyage est peut être le seul de cette dimension que je ferai de ma vie, on peut dire que c'est le voyage de ma vie, la coupe du monde c'est tous les 4 ans... Et puis en fait on s'en fiche, ça n'est que du football après tout ! J'ai donc opté pour la solution qui me faisait le plus peur car, comme écrivait André Gide : "les bonnes routes sont certes les chemins les plus sûrs, mais n'espère pas y lever beaucoup de gibier."

L'endroit où j'ai pris la décision de les suivre en Ouzbékistan  

Et voilà, on fait quelques courses, je recharge mes affaires dans les camions, puis on rencontre un autre voyageur à moto que nous avons rencontré sur dans le ferry, un jeune allemand de 21 ans qui voulait absolument voir la station de Baikonour au Kazakhstan. Notre joyeuse bande s'agrandit donc, nous quittons la ville dans l'optique de camper dans le désert.

 Sur la route du campement pour la nuit
Aldo fait le malin sur sa moto 

Nous trouvons un endroit adapté proche de la route mais plutôt à l'abri des regards, on installe nos tentes, trouvons nos marques, on déguste les bières devant le coucher de soleil, et on dîne sous un nombre incalculable d'étoiles.

Notre campement de fortune 
3
juin
3
juin
Publié le 6 juin 2018

Dimanche 3 juin:

Nombre de km : 100

On reste entre français !  

La traversée de la mer Caspienne se passe bien et on a bien avancé pendant la nuit. Nos journées sont rythmées par les repas (soupe, purée, poulet, Coca-Cola et pain dur) et les tasses de thé. Normalement, le bateau devrait arriver à Aktau dans l'après-midi. Effectivement nous voyons les côtes s'approcher, et découvrons un inquiétant ciel bleu immaculé au dessus du Kazakhstan tandis que derrière nous l'Azerbaïdjan était couvert d'un grand nuage blanc. Rien de très rassurant quand on sait que l'on a 500 km de désert à traverser. En approchant de la côte, je commence à élaborer des alliances avec d'autres cyclistes, l'idée étant de rouler ensemble dans le désert et de rassembler nos forces, mutualiser la nourriture, s'entraider avec le vent. Ça donnera une alliance franco-anglaise. Je me prépare à rouler avec Harry l'anglais et Thomas le gallois. Sur le papier, les deux plus solides. D'autant que Harry projette de partir affronter le désert des l'arrivée à Aktau, quitte à faire la route de nuit, sachant que j'ai perdu pas mal de temps cette idée me séduit.

L'arrivée au port d'Aktaou 

Une fois arrivés au port on a assisté à une scène assez amusante. Des militaires sont entrés dans le bateau, nous ont demandé de nous mettre en ligne avec nos bagages devant nous et de ne pas bouger. Un berger allemand est alors arrivé et a fait le tour de tout le monde à la recherche de produits stupéfiants. Après le passage à la douane, nous avons salué une dernière fois ceux que nous ne pensions pas recroiser sur la route, et je suis parti avec Harry et Thomas vers le centre ville avec 5 missions avant de partir pour de bon dans le désert : - remplir les stocks d'eau - acheter des réserves de nourriture - acheter une carte SIM - tirer ou changer de l'argent local - diner

"Quand on arrive en ville..." 

2 bonnes heures pour accomplir toutes ces missions et nous étions sur la route, au moment où le soleil se couchait. Eu égard au poids de ma monture qui était bien plus lourd que celle de mes amis d'outre-manche en grande partie à cause des 15 litres d'eau que j'ai emporté, ils ont eu l'élégance de rouler devant moi en se relayant régulièrement. Ma mission principale était donc de coller au maximum à la roue d'en face. Mais malgré ce privilège, il fallait pousser fort sur les pédales pour arriver à suivre ces sujets de la reine. Ils avaient tout les deux un sacré entraînement derrière eux, l'un ayant déjà plusieurs compétitions d'Iron Man à son actif et l'autre a commencé sa route en Afrique du Sud sur un rythme quotidien de 160 km de moyenne. Deux machines infernales que rien n'arrête ! Ni le vent, ni le froid, ni la fatigue, ni la nuit... Tiens la nuit, parlons en. Une grande première pour moi, la route de nuit. A mesure que nous nous éloignions de la ville, les étoiles dévoilaient leur beauté infinie et laissaient apparaître la voie lactée. C'était difficile de regarder le ciel et de se concentrer en même temps sur la route, chaque tentative me faisait perdre le cap, me punissant d'un large écart sur le bas côté de la route ou sur la file des voitures.

On a rencontré Aldo sur la route 
La route de nuit de nuit, une expérience nouvelle 

À noter que les légendes des nuits fraîches dans le désert sont bel et bien fondées. La température est très vite descendue sous les 10 degrés, nous obligeant tous à mettre une veste malgré l'effort intense. La route a traversé une sorte de grand fossé large de plusieurs km au fond duquel on était à 160 m sous le niveau de la mer, ce qui est assez rare ! Petit problème, si la descente était assez agréable, il a fallu tout remonter. J'ai tout donné pour suivre la cadence infernale de mes compères, mais j'oubliais que mon vélo était bien plus lourd que le leur. J'ai trop donné. Au bout de 80 km, je commençais très sérieusement à ressentir la fatigue et des douleurs inconnues dans les jambes. J'ai préféré être clair et leur expliquer que je ne pourrai pas aller beaucoup plus loin et que mon but était désormais de trouver un endroit où poser ma tente, dormir quelques heures et repartir un peu reposé. Harry comprenais tout à fait la situation mais il ne pouvait pas s'autoriser une pause, son objectif était d'avoir fait 160 km au petit matin. Résignés et tristes nous avons regardé nos deux routes se séparer. J'étais d'autant plus triste que cet homme fait partie de ces rares personnes que l'on peut croiser sur la route et qui vous marquent, laissent une trace, une emprunte indélébile qui devient une source d'inspiration pour le reste de votre vie. Pour certaines personnes, le respect que l'on peut leur porter se transforme rapidement en un honneur d'avoir croisé leur route, une chance. Mais je ne restais pas seul, Thomas a fait le choix de rester avec moi pour un temps indéterminé. Nous avons donc encore roulé 15 km jusqu'à trouver un petit coin de parc dans une petite ville. Il était déjà 4h du matin. Thomas a pu poser son hamac entre deux arbres et j'ai juste dormi sur un banc avec mon sac de couchage, nous nous sommes réveillés vers 7h ou 8h du matin maximum et sommes repartis au combat.

2
juin

Pour commencer, je voudrais excuser cette trop longue absence, mais ça risque fort d'être la règle dans les prochaines semaines. J'ai eu très peu de connexion internet, et le peu que j'ai pu obtenir était trop faible pour publier des articles. Il s'est passé beaucoup de choses ces derniers jours. Des choses inattendues, des décisions à prendre en urgence, et beaucoup de mer et de désert. Voici ce qui s'est passé depuis le premier jour d'attente au port d'Alat.

Jeudi 31 mai :

Ce jour fut la répétition de la deuxième partie de la journée précédente. De l'attente, de l'attente, parfois de furtifs espoirs venaient éclairer cette sombre monotonie. Des informations aléatoires sans fondement nous tombaient dessus toutes les 4 heures, nous donnant des pourcentages de chances de départ du ferry. Par exemple, nos chances d'embarquer avant la nuit, qui étaient de 80 % pendant la matinée sont passées à 20% dans l'après midi et se sont transformées ensuite en 100% de chances de partir le lendemain matin. La perspective de réinstaller notre tente pour la nuit prenait forme petit à petit et nous ne pouvions que nous résigner.

Une journée normale sur le port 

En bref, ma journée c'était ça : Dormir à l'ombre, jouer avec les chiens errants, utiliser mes dernières miettes de connexion internet pour vérifier les scores de Roland Garros, observer les ouvriers réparer l'eau des "toilettes", prendre du thé, se préparer à manger, manger, digérer, saluer les nouveaux arrivant, se faire des nouveaux copains, inventer des jeux stupides pour passer le temps, se mettre à fumer, errer pied nu sur le bitume brûlant à la recherche d'une occupation, bloqué derrière les barbelés.

Ambiance, ambiance !  

Chose amusante, notre petite communauté s'agrandissait d'heure en heure, des voyageurs à pied, à vélo ou à moto arrivaient au compte goutte et apportaient un peu de fraîcheur et d'espoir dans une atmosphère pesante et parfois inanimée.

Une nouvelle nuit commence sur le port. Une nuit qui sera animée par un orage et une pluie qui fera se réveiller la moitié des gens pour installer en urgence le double toit étanche de leur tente. La pluie n'aura finalement pas été si violente.

Une nouvelle nuit sur le tarmak 


Vendredi 1er juin :

Comme les journées se suivent et se ressemblent ! Réveillés par la chaleur de ce soleil qui caressait nos tentes de ses rayons brulants, nous étions tous debouts à 7h30. J'ai profité avec enthousiasme du café d'Aldo pour affronter une nouvelle journée d'errance. Aux premières informations du matin, nous avions de fortes chances d'embarquer en début d'après midi, il va encore falloir s'occuper avec rien pendant une demi journée. Mes les voyageurs continuaient d'affluer, pour arriver à son point culminant à une petite vingtaine de personnes au moment du départ. Je vais essayer de les énumérer un par un :

Aldo, le français de 25 ans que j'ai rencontré à Bakou. On prépare et prend nos repas ensemble. C'est mon meilleur copain ici. Il voyage à moto jusqu'à une destination indéterminée, le plus à l'est possible.

Harry, un anglais de Bath de 31 ans. Ancien de la Navy, il voyage à vélo depuis Le Cap en Afrique du Sud et va finir en Australie. Un vrai aventurier, il a la barbe et le charisme de Mike Horn.

Chris & Pete Lloyd, un couple du nord de l'Angleterre d'une bonne soixantaine d'année. Ils voyagent ensemble à vélo à l'aventure depuis chez eux et vont jusqu'en Chine et ne sont pas encore fixés sur la suite de leur voyage, c'est ça la liberté du voyageur. Ils sont pleins d'humour et de bienveillance, un plaisir de chaque instant.

Thomas, un gallois de 43 ans, ingénieur agronome. Il voyage à vélo beaucoup plus léger que la moyenne, dormant à l'hôtel le plus souvent. Il vise la pamyre highway comme beaucoup des voyageurs du groupe. Je l'ai aussi rencontré à Bakou avant le port.

Mark, un suisse allemand de 26 ans qui voyage avec sa petite amie mais qui ont été séparés par l'ambassade du Turkménistan. Elle a obtenu son visa, et lui, comme moi n'y a pas eu droit. Il doit donc faire le tour et retrouver son amie en Ouzbékistan. Il est suréquipé avec tout le matériel dernier cri pour survivre en toute saison.

Taylor et Titty, un américain et une Hongroise qui se sont rencontrés sur la route, et qui voyagent vers l'est. L'américain parle bien le russe, ce qui est pratique dans certaines situations.

Un allemand de Munich de 25 ans qui voyage en moto en faisant un peu la même boucle que moi. Mais évidement un peu plus vite.

Deux autrichiens de 25 / 30 ans qui voyagent à pied, sac au dos en tentant d'aller le plus loin possible vers l'est. L'un des deux troque des massages aux cuisinières contre de la nourriture. Ils ont tous les deux le mal de mer, et aiment les jeux de carte compliqués.

Deux français d'une trentaine d'année partis avec un camion chacun vers l'Asie, puis l'Australie. Ils lisent beaucoup.

Moi, un français de 35 ans. Superbe athlète et grand penseur. Il aime observer l'horizon quand on le prend en photo.

Une partie de la bande 

Nous avons fini par embarquer sur le ferry mais il est resté à quai au moins 24h. Nous avons passé la nuit là bas. Mais ça n'était pas si gênant. A part des moment d'ennui extrême, nous étions entre gens agréables, les repas n'étaient pas trop mauvais et le thé coulait à flots. J'ai partagé ma cabine avec Aldo et Harry. Je pense que je vais essayer d'accompagner l'anglais sur le début de la route dans le désert.

L'embarquement tant attendu 
La vie sur le bateau avant le départ  

Samedi 2 juin :

La matinée était d'un terrible ennui. On errait sans but dans les couloirs du bateau, on regardait les russes tituber comme si une houle terrible faisait danser le bateau... Alors que le bateau était toujours à quai, on jouait aux cartes, s'étonnait d'avoir un rire gras de marin, les dents noircies par le thé, et les cheveux coiffés au grès du vent. On hurle "larguez les amarres !" pour faire rire les 3 autres français du bateaux. On parle à qui veut bien nous écouter, on raconte nos projets, nos victoires et nos échecs, le sens de ce voyage et celui de la vie, on s'improvise philosophe et on regrette de ne pas avoir pensé à prendre la moindre bouteille de vodka pour aiguiser nos pensées et faire accélérer cette maudite horloge interminable.

On n'y croyait même plus, et sans prévenir, tandis que certains regardaient les mouches et d'autres observaient ce magnifique mur blanc de la salle commune, le bateaux s'est mis à avancer. La vie a repris son cours, le lumière est réapparue dans les yeux de mes amis.

La joie se lit sur les visages au moment du départ (à gauche Harry, à droite Aldo) 
La mer Caspienne est infestée de plate formes pétrolieres

Nous pouvions terminer la journée et dormir tranquille, normalement on sera au Kazakhstan demain.

30
mai
30
mai
Publié le 31 mai 2018

Nombre de km : 70

Au réveil je n'étais pas encore fixé sur la tournure qu'allait prendre ma journée. Tout devait dépendre des informations que j'allais pouvoir obtenir au sujet de ce fameux ferry. J'ai donc demandé à la réceptionniste de l'hostel d'appeler le port pour moi, mais la réponse ne fut pas celle que j'attendais : "le port n'a pas l'information, je dois rappeler à 13h". Je réfléchis, vérifie le vent, qui est souvent d'une aide précieuse pour prendre certaines décisions... Le verdict est sans appel : les prévisions me donnent un vent favorable vers le sud jusqu'au début de l'après midi, où le vent va commencer à se retourner contre moi. Je n'hésite pas une seconde, me change en 4e vitesse, range mes affaires, prépare mon vélo, règle l'hostel et pars sur la route le ventre vide mais le cœur plein d'énergie.

J'en étais le premier étonné mais j'ai avalé ces 70 km quasiment d'une traite, sans pause, en 3h. Je ne pensais pas avoir autant d'énergie sans avoir mangé depuis la veille et après une nuit si courte.

Sur la route, que des raffineries et foreuses de pétrole et une terre semi-aride. 

Avant d'arriver au port, je m'attendais à une industrie, une cohue désorganisée dans un brouhaha infernal dans lequel les passagers se battent au couteau pour obtenir le graal, le billet tant espéré. Mais la réalité fut bien différente de cette projection fantaisiste ! Je me suis approché du "border and custom check point 2", et mis à part des centaines de voitures et camions en attente d'embarquement, je ne voyais pas beaucoup d'âmes, jusqu'à ce que je voie cachés derrière des centenaires 3 autres cyclo-voyageurs, un jeune suisse allemand et un couple d'anglais d'une soixantaine d'année avec lesquels je me suis tout de suite senti à l'aise. C'est drôle mais le fait de croiser d'autres cyclistes donne l'impression de croiser des membres de notre famille, de notre petite communauté. C'est un cercle fermé d'aventuriers avec lesquels on partage les même rêves, les mêmes passions. Tellement d'expériences à échanger à chaque rencontre. Chaque personne est une nouvelle inspiration, une autre demarche et d'autres attentes. Chacun a sa propre manière de voyager et ses propres raisons, le pourquoi du voyage est si propre à chacun. Il n'y a pas d'universalité dans le désir d'aventure, que ce soit un besoin de fuir, de découverte de l'autre, de quête de soi même, une simple soif d'aventure irrépressible ou la recherche de la liberté absolue. Chaque projet est singulièrement beau et sincère, jamais dans la superficialité de notre époque, il est dans la recherche de la vérité de ce monde si vaste et inaccessible, si différent et complexe. Quelle richesse !

Le camp de transit des cyclistes 

Cette longue attente était le temps rêvé pour faire les vérifications techniques sur les vélos, faire sa lessive, préparer des stocks de nourriture partager ses expériences.

Étendre son linge au chevet d'un mur de barbelés  
Une sieste bien méritée dans le seul endroit frais du terminal. 

Mon copain français de Bakou nous a rejoint ensuite plus tard dans l'après midi pour compléter notre joyeuse bande. C'est un motard mais on l'a quand même accepté dans la communauté, enfin si je ne l'avais pas pistonné...

Aldo en pleines réparations 
Notre petit squatt, la nuit tombée  

Petite anecdote nocturne, un chien errant a dématé ma tente en se prenant les pattes dans une ficelle. Après avoir entendu un petit jappement, j'ai senti la tente bouger brutalement et s'affaisser sur moi. Réveil peu commun.

29
mai
29
mai
Publié le 30 mai 2018

Dimanche 27 mai :

Journée de doutes, de frustrations, de stress et de souffrances qui aura eu le mérite de bien finir. En voici les détails:

Après une pluie et un vent violent toute la nuit, la pluie s'est arrêtée... Pas le vent. Un vent parfaitement orienté pour être en face de moi qu'elle que soit la portion de route que je vais prendre dans mon itinéraire. J'ai beaucoup réfléchis dans la matinée et j'ai décidé de ne pas partir sur la route et d'essayer de me trouver un camion qui va à Bakou. La perspective de lutter contre les éléments pour faire du 10 km/h de moyenne en pleurant pendant 7 ou 8h ne m'enchantait pas particulièrement. Les gérants du restaurant de route près duquel j'ai posé ma tente m'ont soutenu dans ce choix, expliquant qu'à l'heure du déjeuner il y a beaucoup de routiers qui s'arrêtent pour déjeuner, et que je trouverais forcément un véhicule. J'ai fait l'erreur de leur faire confiance. J'ai attendu dans un stress infini que des camions veuillent bien s'arrêter jusqu'à 13h30 ou 14h. N'ayant vu s'arrêter que 2 voitures en 5 heures d'attente interminables, je décide de partir. Tant pis, j'ai perdu toute la matinée mais si j'attends plus je ne partirai jamais. Je pars donc sur cette route impossible, et croise au bout de 500 m un autre restaurant plus gros avec un pick-up et un camion garés devant. Je tente le coup, demande au patron de m'aider à trouver un véhicule, il accepte mais me propose en attendant de me poser à sa table, m'offre à manger et me donne de la Vodka pour accompagner tout ça. C'était très gentil mais dans cet instant, le verre de vodka était loin d'être ma première préoccupation ! J'attends ici 30 minutes, 30 minutes perdues en plus. Je repars sur la route à nouveau bredouille et affronte ce vent infernal.

Je ne sais pas si on voit le mouvement des arbres, ils sont déformés par le vent 

Cette route a été l'un des pire moments depuis cet hiver de l'enfer que j'ai connu lors de mes premières semaines en Europe. Pour résumer, le vent soufflait très fort pile face à moi à tel point que j'avais du mal à garder des trajectoires droites. J'étais tout le temps déporté à gauche ou à droite. La route était d'une qualité plus que médiocre, et les camions me dépassaient sans prendre la peine de faire un écart pour m'éviter, la solution la plus efficace pour eux étaient de claironner très fort dans mes oreilles 5 secondes avant un éventuel impact. En entendant cela, je me décalais par réflexe sur le bord de la route, donc sur les cailloux, la boue et la terre, pour éviter ce montre arrivant sur moi à pleine vitesse. Ajoutez à cela les passants qui me parlent, me demandent de m'arrêter pour prendre des photos, ou me font des grands signes incompréhensible, cette route était un vrai chemin de croix. Et j'ai porté ma croix longtemps.

Mon chemin de croix... En photo ça n'a pas l'air si hostile, il faut le vivre pour comprendre  

Mon état psychologique oscillait en permanence entre la frustrations du temps perdu, la tension ultime due aux conditions de route et l'espoir de trouver tout de même une bonne âme pour m'emmener à bon port et m'éviter une journée entière de souffrances. L'espoir renaît quand j'aperçois une station-service, mais après 25 minutes d'attente stérile je retourne en enfer conscient d'avoir encore perdu inutilement du temps. Je continue ma route en commençant à accepter que je ne dépasserait pas 30 km dans la journée et croise un café dans lequel le patron me fait signe de m'arrêter pour un thé. Après tout pourquoi pas, j'avais besoin d'un petit peu de réconfort psychologique. Je leur demande au passage quand est la prochaine station service, me disant que je pourrai camper par là. 4 km, c'est plus qu'accessible ! J'arrive à la station, leur dis tout de même que je suis à la recherche d'une camion pour me rapprocher de Bakou et me faire éviter ces conditions impossibles, je commence au passage à réfléchir à mon lieu de camps. Où mettre la tente... Soudain un habitué s'arrête et après de longues discussions je finis par comprendre que c'est un taxi non officiel, et qu'il me propose de m'emmener avec le vélo à Bakou pour 80 Manats (40€). Après de dures négociations avec le taxi et les employés de la station, j'arrive à descendre le prix à 40 manats, soit deux fois moins. Résigné et séduit par l'idée de passer la soirée à Bakou, j'accepte.

C'est parti pour une virée en Lada !  

Le chauffeur semblait connaître chaque âme qui vive dans un rayon de 20 km. Il s'arrêtait et clacsonnait à tous les commerces que l'on croisait.

Mon chauffeur m'a offert un thé ici 
Il s'est arrêté pour montrer mon vélo à ses copains  
La route pour Bakou 

Il me laisse à quelque 5 km de l'auberge de jeunesse que j'ai réservé sur internet pendant le trajet après de dures négociations. Sa première idée était de me laisser à 20 km du centre, non merci.

Arrivée à vélo à Bakou 

En arrivant à Bakou, j'ai tout de suite été choqué par le fossé qui le sépare des capitales voisines. Tout est propre, tout a l'air riche, les immeubles sont en pierre de taille, les femmes ne sont pas voilées du tout, cette ville a l'air plus européenne qu'Istanbul !

La ville à la tombée de la nuit  

Pour ma première soirée je suis sorti dans un bar avec des copains tous frais de l'auberge de jeunesse, une première soirée très sympathique et qui donnait la bizarre impression de retourner en Occident après 3 mois en Orient. La bière coûtant 1.5 manats (75 centimes), elle a coulé à flots ce soir.

C'est pourtant pas très loin de l'Iran !  

Lundi 28 mai :

Le plan de la journée pour moi était de visiter la ville et appeler la compagnie des ferries pour savoir si il y aurait un bateau qui part prochainement. Oui, concernant le ferry pour le Kazakhstan c'est un peu compliqué. On ne sait que je jour du départ si il y a un ferry, et il part quand il est plein. Donc on peut être amené à attendre plusieurs jours sur le port. Sympathique.

J'ai donc pris le temps de me promener dans les principales attractions de la ville dont voici le résultat en images.

Bakou 

Ensuite j'ai retrouvé les copains pour manger un bon kebab dans un parc et je suis reparti pour aller chez un réparateur de vélo pour y faire changer mon pneu arrière, ma chaîne, retendre mes rayons et réparer mon problème de dérailleur.

Nous sommes ensuite sortis faire une petite balade, puis j'ai dîné au restaurant avec un anglais, un écossais, un gallois, un autre Français et un tchèque. C'est aussi très agréable et enrichissant de rencontrer d'autres voyageurs sur la route. Chacun vient avec sa propre histoire, ses propres rêves, on échange, on s'inspire et on en ressort plus grand. Échanger des bien physiques est un marché qui a ses limites car on perd ce qu'on donne à l'autre. En revanche, échanger des idées et des rêves est inépuisables et on ne peut rien perdre dans ce partage, tout le monde est gagnant. Et si la prochaine monnaie était le savoir et les idées...

Promenade à la tombée de la nuit  

Après le dîner nous avons couru pour arriver à voir un bout du feu d'artifice pour la fête nationale (chance).

C'était beau 

Mardi 29 mai :

Pas de ferry aujourd'hui, je vais rappeler ce soir pour savoir pour demain. La journée a donc été plutôt reposante, rythmée par la visite d'un superbe bâtiment d'architecture moderne. J'ai été à vélo pour visiter ce monument et ai eu la surprise de découvrir une autre facette de la ville. Lorsqu'on s'éloigne du centre ville si touristique, propre, international, occidental, on découvre des rues plus sales, des immeubles moins bien entretenus mais plus de vie, plus d'âme que dans ce centre ville standardisé où rien ne dépasse.

D'autres quartiers de la ville 
Vérifier l'orthographe de sa parfumerie en français : 30 secondes sur Google. 

Ce monument en question est le Heydar Aliyev center, perché sur une petite butte, offrant un joli panorama mais aussi un vent impressionnant.

Heydar Aliyev center  

J'ai passé une bonne partie de la journée avec Aldo le français et Nick l'anglais.

Aldo et moi sur le balcon de l'hostel  

J'ai appelé pour le ferry, il y en a un normalement qui part le lendemain. Je me prépare donc pour le nouveau départ, et ça va être sportif !

26
mai
26
mai
Publié le 26 mai 2018

Nombre de km : 105

Une journée à deux vitesses, et surtout un entraînement intéressant pour le désert du Kazakhstan. Vous allez comprendre.

Ce début de matinée était triste car c'était le moment des adieux avec François. Il va rester beaucoup de temps en Azerbaïdjan tandis que je suis toujours un peu dans le mouvement, ne pouvant pas me permettre de perdre trop de temps. C'est un peu dommage mais c'est mon choix.

J'ai ensuite enfourché mon vélo et suis reparti sur la route en solitaire. J'ai eu la chance pendant toute la matinée d'avoir un vent favorable qui m'a fait rouler à une moyenne de 25 km/h sans trop forcer.

Une sortie de la ville mouvementée. Je n'ai jamais su ce que c'était.  
Une première pause très bucolique  

Tandis que je réparais mon dérailleur vers le km 35, je découvre un passage menant à une autoroute en construction dont on m'avait déjà parlé, j'y vois un panneau Bakou et je réfléchis... Je décide de prendre le risque et de m'engouffrer sur cette autoroute vide en attendant de voir ce qui allait se trouver sur ma route. La principale inquiétude était de ne pas trouver de ravitaillement d'eau et de devoir faire demi tour devant une éventuelle fin de route ou barrage.

J'y vais quand même, apprécie la solitude, le calme, mais me rends vite compte que l'eau va devenir rapidement un besoin urgent car la chaleur devenait écrasante, le ciel toujours plus bleu, et pas le moindre bout d'ombre pour se mettre à l'abri. Ça a duré comme ça sur des kilomètres, heureusement le vent était mon allié et m'aidait à avancer assez vite à peu de frais physiques. Sur les premiers km, mes seuls camarades de route étaient les serpents écrasés par centaines, me laissant entendre qu'il y a quand même des voitures qui passent parfois. Effectivement, l'autoroute pourtant pas encore ouverte officiellement était déjà empruntée par quelques petits malins. J'ai d'ailleurs profité de la présence d'un groupe arrêté pour demander le restaurant ou supermarché le plus proche, l'un d'eux m'a très gentiment guidé en voiture, je n'avais qu'à le suivre. On est sortis de l'autoroute et j'ai roulé 2 km.

L'entrée sur l'autoroute  

J'ai fait le plein d'eau au cas où j'aurais besoin de camper sans ressources autour de l'autoroute. J'y retourne, et après une dizaine de km, le vent commence à se retourner peu à peu contre moi et à se renforcer. Ma vitesse diminue à vue d'œil. Je finis par passer de 20/25 km/h dans la matinée à 10/15 km/h dans l'après midi en forçant plus sur les jambes. C'était un enfer, mais j'ai appris à supporter l'enfer en Europe. J'avance et ne plie pas.

Une autoroute pour soi, ça ressemble à ça  

Vu de l'extérieur ça peut paraître étonnant mais j'ai fait beaucoup de rencontres sur l'autoroute. Tous les ouvriers qui y travaillaient me saluaient, et souvent me demandaient de m'arrêter. Je l'ai fait 3 ou 4 fois, ils m'ont offert le thé, demandé si j'avais besoin d'eau, discuté un peu. A un moment donné, tous les ouvriers sont venus me parler, c'est à dire une petite vingtaine, évidement pas un seul ne parlait un mot d'anglais, il a fallu jongler entre mes faibles bases de turc et de russe.

Mes copains de pause, au milieu de l'autoroute  

Je continue tant bien que mal multipliant les pauses et buvant plus que jamais, et finis par tomber sur une sortie d'autoroute menant à la route que j'aurais du prendre normalement, mais qui me rallongeait mon itinéraire de presque 20 km. J'ai pris le risque de prendre l'autoroute, j'ai gagné le pari, j'étais content. En revanche le vent devenait juste insupportable et ça ne servait plus à rien d'insister, à part gâcher son énergie pour culminer à 10 km/h. Je décide donc de m'arrêter à un petit café sur le bord de la route.

Le café est sur la gauche  

Le patron a évidemment accepté que je plante ma tente dans le petit jardin bordant son commerce et j'ai passé pas mal de temps avec lui et son employé, qui s'est fait un plaisir (très stressant pour moi) de rouler avec mon vélo autour du café. Un mauvais moment à passer.

Mon camp de ce soir 

Je me suis préparé mon dîner avec leur gaz, et me suis couché pour vous écrire ces quelques lignes, voilà, vous savez tout !

25
mai

Nombre de km : 76

Et voilà, j'ai passé tout à l'heure la frontière de l'Azerbaïdjan et clôturé par la même occasion un mois et demi de séjour en Iran. Difficile de faire un bilan objectif de l'Iran tellement ce pays est complexe, ambivalent et varié. Je tenterai de faire un bilan dans les règles plus tard car je préfère avoir le recul nécessaire pour en parler avec la lucidité que ce pays mérite... D'autant que certains sujets que je pourrais aborder sont potentiellement clivants et dangereux.

Pour en revenir à la journée, nous avons quitté avec regret Mohammad, qui nous a fait le plaisir de nous accompagner sur le début de notre route avec son vélo. La suite de la route jusqu'à la ville frontière était surtout marquée par le besoin de dépenser des derniers Rials. J'ai donc été au supermarché et ai acheté au hasard quelques provisions en espérant que le prix ne dépasse pas mon argent restant, je suis tombé pile poile à ce qui me restait en espèces ! Coup de chance ou coup de génie, mon cœur vacille.

Derniers paysages d'Iran 

Au niveau de la frontière François a tenté de changer ses derniers rials contre de la monnaie Azéri, mais le taux était tellement bas, il a fallu se faire une raison.

Change avec des employés de la frontière (photo à ne pas mettre entre toutes les mains)  

Le passage à la frontière a été long, on nous a fait passer par des portes insoupçonnées qui semblaient s'ouvrir spécialement pour nous. Nous étions parmi les rares personnes à passer de l'Iran à l'Azerbaïdjan, les douaniers avaient donc tout le temps de s'occuper de nous. Certains militaires nous arrêtaient même juste pour nous parler, pour s'occuper, en profitant de leur statut. Au final nous avons passé la frontière sans encombres et les douaniers Azerbaidjanais étaient même très sympathiques, même si ils nous ont demandé droit dans les yeux : "est ce que vous avec des substance illicites ? ", "combien d'argent avez vous sur vous ? ", "est ce que vous apportez de l'or ou de l'argent ? ". J'ai passé le test même si je les ai vu tiquer plusieurs fois sur le tampon de l'Arménie sur mon passeport que j'ai obtenu lors de mon voyage il y a presque 3 ans. Il a fallu leur expliquer que ce n'était qu'un voyage d'agrément.

Après le passage au poste de frontière, nous voilà en Azerbaïdjan, quelles surprises nous attendent ? Après seulement 300 m, le regard de François d'arrête net devant une tireuse à bière et ne résiste pas à l'envie de prendre sa première bière depuis un bon moment. Personnellement je préférais profiter d'une bonne bière pendant la prochaine pause déjeuner. Petite information, la pinte de bière est ici à 50 centimes d'euros, je crois que c'est officiellement l'un des pays où la bière est la moins chère.

François et sa bière tant attendue 

Quelle surprise en faisant nos premiers kilomètres dans ce pays ! Les femmes ne sont plus voilées, on voit leurs cheveux et même leurs jambes ! La bière est donnée, les gens sont encore plus avenants qu'en Iran, quasiment tout le monde nous salue amicalement, nous parle où sourit, les maisons sont différentes, les voitures sont différentes, tout paraît plus libre et plus riche.

Premières impressions sur la route en Azerbaïdjan  

Nous nous sommes arrêtés pour déjeuner dans une sorte de troquet tenu par une famille qui s'est mise en quatre pour nous servir à manger et à boire. C'était adorable. Ce n'était pas vraiment délicieux, un poisson séché avec du pain et des tomates, mais on se sentait à la maison et la bière était fraîche. Et après 45 jours en Iran, la bière est une denrée que l'on apprécie tout particulièrement.

Notre restaurant pour le déjeuner  
La route longeait la voie ferrée et la mer Caspienne  
On voit les montagnes derrière ? C'est ça qui est joli en fait... Ça rendait mieux en vrai  

Nous avons ensuite roulé sur un rythme rarement atteint, sans doute grâce à la bière, et sommes arrivés à destination vers 15h. Suffisamment tôt pour trouver un hôtel pour la nuit, s'acheter une carte sim, tirer de l'argent et boire des bières en grande quantité pour rattraper le temps perdu.

Demain seront les adieux avec François qui va rester plus longtemps sur place tandis que je vais reprendre la route pour Bakou.

24
mai
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Publié le 25 mai 2018

Mercredi 23 mai : Nombre de km : 80

La journée d'hier fut marquée par une chaleur plus étouffante que les autres jours, l'impression de chaleur étant renforcée par le taux de l'humidité de l'air qui grandit à mesure que la jungle des montagnes se rapproche de nous.

Trouver de l'ombre !  

Nous avons déjeuné dans un restaurant en apparence fermé pour respecter le jeune du ramadan, mais qui nous a fait signe d'entrer en nous voyant passer. On a déjeuné sans lumière dans une grande salle pouvant accueillir une vingtaine de tables, sous les yeux très observateurs des restaurateurs. Toute la famille qui scrutait nos moindres faits et gestes, nous regardaient comme des animaux en cage. Je ne savais pas si ils nous observaient comme on admirait manger Louis XIV pour le repas du roi ou bien si ils regardaient avec curiosité deux fauves dans un zoo. C'était un peu gênant mais on finit par avoir sérieusement l'habitude d'être observé par tout le monde comme des bêtes de foire.

La pause déjeuner  
La route 
Des admirateurs 

Nous avons retrouvé notre hôte Mohammad en fin d'après midi, pris notre première vraie douche depuis 4 jours, rencontré ses parents, ses amis, sa maison... La maison de ses parents est peut être la plus charmante de toutes les maisons que j'ai ou voir en Iran. Un joli jardin, du bois, des tapis, des fleurs partout, rien n'est parfait, pas d'opulence, pas de signe de richesse apparente, mais tout est authentique, rien de ment, tout est à sa place pour une bonne raison, et c'est fait avec goût.

La nature évolue légèrement  
La maison de nos hôtes  

Mohammad et ses amis nous ont emmené sur la plage, à 5 minutes à pied de sa maison, puis nous avons serré une bonne quinzaine de mains en 20 minutes et on nous a proposé de venir jouer au foot sur la plage. C'est sans doute le plus beau décor que j'ai pu rencontrer pour une partie de foot, à égalité avec l'esplanade des Invalides... Non, encore mieux que ça. François n'a pas voulu jouer, moi je me suis laissé prendre au jeu, et j'ai marqué les deux buts de mon équipe. C'était difficile de trouver de la ressource après avoir fait 80 km sous une chaleur presque tropicale.

Le foot sur la plage 
Avec les copains  

Le soleil commençant à se coucher, il était temps de rentrer à la maison pour que Mohammad puisse enfin boire et manger après toute une journée de jeune. On a mangé ce repas libératoire devant la télé, en revanche ce n'était pas devant la Roue de la Fortune, mais plutôt la chaîne nationale religieuse qui diffusait en direct les prières de fin de jeune, avec chants, prières et incantations. Je ne sais pas quel programme impose plus le respect, chacun est libre de son jugement.

Nos amis nous ont ensuite emmené voir un match de football entre deux équipes locales. C'était très intéressant. Que des hommes, par centaines, et surtout l'étonnement de voir des français. Et comme les bruits courent très vite dans ce genre de petite ville, beaucoup savaient déjà qui on était et des gens nous saluaient sans que l'on sache à qui on s'adressait. Le plus drôle c'est que François, avec son look ne passait clairement pas inaperçu tandis que moi, avec ma barbe de Mollah et mon bronzage d'afghan, je me fondais plutôt bien dans le paysage. Je revois encore la scène, avec 15 personnes autour de François qui lui parlaient ou juste l'observaient sans rien dire comme une bête bizarre. On aurait dit que ces gens voyaient un français en vrai pour la première fois de leur vie. Certains enfants, particulièrement fascinés par le look peu conventionnel de François, le regardaient sans cligner des yeux plusieurs dizaines de minutes d'affilée en le suivant partout. C'était amusant pour une fois de voir ça de l'extérieur.

Jeudi 24 mai :

Pas de vélo aujourd'hui, il s'agit d'une journée de repos avant l'arrivée en Azerbaïdjan et les adieux avec l'Iran. Nous nous sommes malgré tout levés assez tôt pour donner des cours d'anglais à deux classes d'enfants de 10 à 16 ans. Une expérience intéressante, le professeur était là mais nous étions au centre de la salle pour poser des questions aux enfants et répondre à leurs questions. Bien sûr il s'agissait de répondre à des questions assez basiques mais c'était amusant de se mettre dans la peau d'un professeur d'anglais en Iran pendant deux heures.

Premier cours 
Deuxième cours 

‌En rentrant, nous avons déjeuné et fait une petite sieste. Puis Mohammad nous a emmené en vélo vers une montagne du coin qu'il voulait nous montrer. La route était charmante, nous faisait passer par des petits villages traditionnels où les gens semblaient déjà nous connaître. On disait "hello" ou "I love you" à notre passage... On ne s'étonne plus de rien. ‌Tandis que j'escaladais à vélo une zone sur terre assez abrupte, je roule sur une branche, et une brindille se coince dans le dérailleur, le tordant complètement et le bloquant entre deux rayons. Un coup de malchance invraisemblable que je ne croyais pas possible. Bien sûr j'évacue la colère à coups de noms d'oiseaux destinés à cette petite branche sans prétention mais qui a l'audace de tenter de compromettre mon voyage. La roue arrière étant complètement bloquée j'étais obligé de porter mon vélo sur 1 km pour rejoindre François qui étais resté en contrebas. Heureusement il avait les outils qu'il fallait pour porter les premiers secours à mon vélo, et oui permettre d'avancer en roue libre jusqu'à la boutique du réparateur. Par chance là route était en grande partie en descente, et lorsque je n'avais plus assez d'élan François et Mohammad se relayaient pour me pousser et me redonner de l'impulsion. On a réparé mon vélo avec les moyens du bord, mais ça passe pour le moment. En prime on a eu droit à quelques minutes de gloire dans le quartier et autour de la boutique du réparateur, et quelques selfies avec des curieux et surtout un vélo prêt pour repartir au combat.

Le réparateur et le quartier  
Oui, je profite des photos de François  

s'en suivit une petite halte devant la plage et un bon dîner avec la famille de Mohammad. Car il faut préciser que notre hôte, avec toutes ces aventures n'a rien mangé ni bu de toute la journée. Et en plus il nous apportait à boire et à manger quand l'envie le prenait. Il ne laissait pourtant jamais apparaître le moindre sentiment de souffrance ou de privation. Il ne s'exprimait à ce sujet que lorsqu'on lui posait la question. Quelle force, à 18 ans seulement !

22
mai
22
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Publié le 22 mai 2018

Nombre de km : 70

Une journée somme toute assez similaire aux précédentes donc peu de choses nouvelles et croustillantes à raconter. Nous avançons vers la frontière Azerbaïdjanaise en dormant là où la route veut bien nous porter, en cherchant de préférence des beaux endroits, avec du bois et de l'ombre. Ce sont les trois paramètres principaux. L'idéal étant une forêt, et si elle a le bon goût d'être située à côté de la mer, c'est un plus ! Je dois dire que les bains dans la mer Caspienne ces deux derniers jours après une longue journée de vélo sous le soleil ont été des moments de plaisir intense.

Départ sur le sable  

Le départ a été donné sur le sable, pour retrouver assez rapidement une route civilisée. La matinée a été marquée comme d'habitude par les curieux qui viennent nous parler, les camions et voitures qui clacsonnent amicalement dans nos tympans, les animaux écrasés, le soleil, le vent, les rizières et les paysans courbés qui rappellent l'Asie, les vendeurs de pastèque, les voix qui hurlent dans notre direction sans que l'on sache s'il s'agit d'un avertissement hostile ou d'un message de bienvenue, les enfants qui pédalent à côté de nous, les saluts continus... Ça devient une habitude mais ça a le mérite d'être vivant.

Pause déjeuner (désolé pour ma tête, on ne peut pas se concentrer sur le cadrage et faire en même temps son meilleur sourire) 

Nous avons trouvé pour la pause déjeuner un endroit absolument parfait. Une vieille cabane surélevée avec un matelas presque pas complètement sale sur la plage vide. Si nous avions eu une plage déserte, avec des transats et un parasol, le résultat aurait été le même ! On en a profité pour faire une petite sieste histoire de faire passer le pic de chaleur.

On se rapproche de l'Azerbaïdjan 
Des rencontres qui donnent toute sa saveur au voyage 

Ces braves gens que vous voyez sur la photo sont des hommes qui nous ont arrêté pour nous donner de l'eau, et après quelques échanges, nous ont offert à chacun un mini cactus, qui malheureusement ne risque pas de survivre très longtemps sur nos vélos.

Nous avons trouvé pour la nuit un coin très agréable au milieu d'une forêt qui pourrait très bien être en France. La seule différence étant le nombre de moustiques, la taille des araignées et les serpents... Et aussi, chose étonnante, les troupeaux de vaches qui viennent se balader en forêt la nuit tombée, sans maître, livrées à elles mêmes.

Notre forêt pour cette nuit  

Encore une surprise étonnante, alors que je soulevait une bûche pour la mettre dans mon beau feu, j'y découvre un serpent qui dormais paisiblement. Pour ne pas le réveiller, j'ai reposer délicatement la bûche. Petit problème, c'était au beau milieu de notre campement, je ne l'ai pas revu mais il va falloir faire attention où on marche dans cette forêt.

Mon feu qui a fait office de télévision toute la soirée 

Demain soir nous auront un hôte, j'attends impatiemment la douche.

21
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21
mai

Nombre de km : 60

Réveillés ce matin par un magnifique lever de soleil un peu trop matinal à notre goût, nous avons pris des photos et nous sommes recouchés. Surtout après l'horrible nuit à la belle étoile, envahi de moustiques mais avec une trop grande chaleur pour s'emmitoufler dans son sac de couchage.

Le lever de soleil 

Après cette nuit trop courte, nous nous sommes levés d'un pied volontaire mais faible et sommes partis sur la route pour affronter un léger vent défavorable qui donne l'impression d'être sur du faux plat pendant toute la route. On a vérifié, l'altitude était bloquée à -25 m, sans commentaire.

Alors aujourd'hui, en plus des traditionnels chiens et serpents écrasés, j'ai découvert une nouvelle catégorie : les tortues écrasées. C'est triste à voir mais j'en ai remarqué 4 ou 5 sur la journée.

Pour la pause déjeuner, nous avons trouvé un petit coin à l'ombre entouré de cabanes, et tenté par la même occasion de rattraper notre nuit, mais la sieste s'est soldée d'un échec cuisant. François a été réveillé par les piqûres de fourmis toutes les 2 minutes, et moi ce sont les moustiques qui m'ont choisi comme repas. Difficile de fermer les yeux sereinement dans ces conditions.

Pause déjeuner  

Notre forme physique n'étant pas au top, nous avons décidé de raccourcir la journée de vélo et de trouver rapidement un lieu de bivouac. L'heureux élu sera un petit coin à l'abri des arbres à 50 m de la mer. De l'ombre, du bois, la mer, tout est là !

Une petite baignade dans la Caspienne en guise de douche convient assez bien, l'eau est trois fois moins salée que l'eau de mer normale.

Notre lieu de camp  

Petite anecdote, en allant chercher du bois je suis tombé sur une branche un peu plus courbée que les autres, et me suis rendu compte suffisamment tôt pour ne pas la prendre dans mes mains qu'il s'agissait d'un serpent couleur bois. Il était assez épais au niveau du haut de son corps, c'était en fait le plus gros serpent que je voyais dans la nature de ma vie. Je me suis rapproché prudemment pour essayer de le prendre en photo. Il m'a regardé et n'a pas réagit, légèrement bougé. Je me suis renseigné par la suite sur internet et il paraît ressembler dangereusement au Cobra Caspien, qui est l'un des serpents les plus vénéneux de la planète. Voici la photo, si il y a des spécialistes des serpents, je serai curieux de savoir si je viens de risquer ma vie pour cette photo !

C'était des gros arbres, le serpent était impressionnant  

Après cette petite montée d'adrénaline, nous avons dégusté d'excellentes pâtes au thon et crème fraîche puis apprécié la beauté et le calme de la mer avant la tombée de la nuit.

La mer Caspienne à la tombée de la nuit  
20
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Publié le 21 mai 2018

Nombre de km : 94


Des adieux déchirants et quelques larmes plus tard, François et moi sommes partis sur la route.

Le moment du départ  

C'est intéressant de rouler avec François car il a un style assez différent de moi, plus solitaire, plus Robinson Crusoe. Tandis que je recherche de la chaleur humaine parmi les populations locales à la fin de mes étapes, François se contente d'un bel endroit pour se poser au calme, lire ses livres, faire son feu et savourer son indépendance et sa liberté. Rouler avec lui est inspirant.

Sur la route avec François 
Pique-nique devant la mer 

Nous avons eu la joie de pique niquer devant la mer, et nous avons aussi trouvé une plage à notre goût pour y installer nos quartiers pour la nuit. Il y avait même des petits morceaux de bois ça et là, juste ce qu'il fallait pour se préparer des pâtes au thon et à la crème fraîche.

Préparation du diner 
Le "gardien" de la plage, qui nous a donné de l'eau  
19
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Publié le 19 mai 2018

Vendredi 18 mai :

Nombre de km : 93

Vue du lever de soleil depuis ma cabane 

Le départ de ce matin a été marqué par la tentative d'arnaque du propriétaire des cabanes en location. Il s'est mis en tête de me demander 300.000 rials alors je nous nous étions mis d'accord la veille pour 30.000. Face à mon aplomb et ma certitude que je ne payerai pas cette somme il s'est rétracté, a fait semblant de me faire une fleur et est revenu sur le prix de base. Il a juste tenté le coup, à la recherche du doute dans mes yeux qui lui offriraient une belle fenêtre de tir pour s'y engouffrer et ne plus la lâcher. Je ne lui ai pas fait ce plaisir. Ici c'est comme ça, on tente des prix énormes, si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas tant pis, c'est oublié deux minutes après. Ce n'est pas du vol, c'est le marché, en profitant légèrement de la méconnaissance du touriste pour ce marché.

Au moment du départ  

Je suis parti sur la route, sans rancune, pour y rencontrer à tour de bras d'autres sortes de serpents... Des serpents écrasés qui jonchaient le bord de la route, sans doute écrasés pendant la nuit. Le tout premier fait un certain effet, mais ça devient rapidement d'une froide banalité.

La route 

L'une des missions de ma matinée sur la route était de trouver une boutique de téléphonie mobile pour régler une énième fois mon problème d'internet. Je l'ai trouvé, ai rajouté du crédit, internet marche, on se dit d'un espoir naïf que cette fois c'est la bonne...

J'ai fait une grosse erreur à l'heure du déjeuner, ne voyant pas beaucoup de restaurants ouverts à cause du ramadan, je me suis précipité dans le premier venu des que la faim s'est fait sentir. C'était une sorte de fast food aux tarifs exorbitants pour l'Iran qui m'a pris 2 jours de budget. Je me suis juré de pique-niquer tous les jours jusqu'à l'Azerbaïdjan !

Une pause déjeuner à oublier 

Pendant cette pause déjeuner, alors que je voulais profiter de cet internet enfin retrouvé, une surprise qui n'en était pas une m'attendait : plus d'internet ! "Jamais je ne pourrai publier cet article !" me disais-je.

J'écourte ma pause déjeuner à la recherche d'une nouvelle agence de téléphonie, persévérant, mais sentant la frustration et le découragement s'installer peu à peu. Il me fallait absolument avoir internet avant ce soir pour contacter mon hôte pour la soirée, je n'avais pas son adresse exacte. Ne trouvant pas de boutiques, je finis par m'arrêter et demander au hasard à un brave homme de l'aide. Ce qui va se passer me donnera pour le reste de la journée une énergie physique et psychologique étonnante. Ne parlant pas l'anglais mais tenant à m'aider, cet homme arrête tous les gens qu'il trouve à la recherche d'une personnes comprenant l'anglais. Il finit par demander aux occupants d'une voiture se garant devant nous, par chance les deux jeunes de la banquette arrière répondaient à ce critère. Ils se sont impliqués pendant, 10 minutes pour m'aider, m'ont fait recharger à nouveau ma carte, ont ajouté des codes incompréhensibles sur mon téléphone, et finalement ont sauvé mon internet. Le plus drôle c'est qu'un attroupement s'est formé autour de nous, de gens voulant aider, curieux de voir un français en vrai. J'ai fini par partir en remerciant tout le monde, puis au bout de 5 minutes cette même voiture avec les jeunes et leurs parents s'est mise à mon côté pour m'arrêter. Ils voulaient m'inviter à déjeuner chez eux, hélas je leur ai dit que mon estomac était déjà plein, il m'ont alors proposé de visiter la montagne avec eux pour la journée. Je leur ai dit que si je n'avais pas un engagement avec un hôte ce soir, je serai resté volontiers avec eux, d'autant que leur voiture SUV dernier cri me laissait présager qu'ils n'en auraient pas pour mon argent !

Le cœur rechargé à bloc avec la certitude que plus je vais vers les autres, plus j'y gagne, j'ai retrouvé une énergie physique que je ne soupçonnait même pas. Je me répétait cette phrase qui prenait plus de sens que jamais : "la solution, c'est les autres. Ils ne sont pas des dangers potentiels, ils sont des chances, des grâces potentielles"

Je suis arrivé à Tonekabon très en avance. J'avais deux ou trois bonnes heures pour me poser sur la plage, me détendre un peu, manger un melon et terminer l'article avec ma nouvelle connexion internet. J'y ai rencontré une iranienne très entreprenante qui m'a fait plusieurs fois d'étonnants compliment sur mon nez, en me demandant si j'ai fait mon opération en France. Surpris par cette question, je lui ai dit que la chirurgie esthétique n'est pas aussi banale en France qu'en Iran, elle m'a ensuite expliqué qu'elle a fait refaire son nez, que les nez iraniens ne sont pas beau comme les nez français... Je ne savais pas quoi répondre à cela. Son anglais était trop faible pour comprendre ce que j'avais envie de lui dire, mais comme j'ai envie de le dire à quelqu'un ce sera pour vous. "les nez européens ne sont pas plus beaux que les nez iraniens, ils sont juste différents. Vos références, vos canons de beautés sont bases sur des critères occidentaux, européens. Ça n'a pas de sens, vous êtes qui vous êtes et vous êtes beaux. Votre nez est peut être plus volontaire, moins fin que le nôtre, mais il vous donne votre singularité, votre distinction et votre richesse. Quelle pauvreté de vouloir ressembler à des européens pour au final ressembler à tout le monde puisque maintenant une minorité des iraniennes n'a pas recours aux artifices de la chirurgie esthétique."

Voici dans des mots moins édulcorés ce que je lui aurais dit. Mais quand les critères de beauté sont ancrés dans la tête des gens il faut bien du temps pour les changer.

Petite pause melon en attendant que mon hôte rentre chez lui 

En me dirigeant tranquillement vers la maison de mon hôte, je vois sur le chemin un autre voyageur à vélo, je m'approche, on se parle un peu, c'est un marseillais de 35 ans répondant au prénom de François. Il est au début d'un tour du monde de 5 ans ! Et le hasard fait qu'il dors chez le même hôte ce soir. Nous l'attendons donc ensemble, et au cours de la discussion découvrons que nous visons tous les deux Bakou pour prendre le ferry vers le Kazakhstan. Seul petit problème, il prends beaucoup plus son temps que moi. Nous allons tout de même faire de la route ensemble et voir comment ça se passe, si on peut s'adapter l'un à l'autre.

Après avoir accepté un sac rempli de gâteaux de la part d'un passant qui promenait son chien (ça ne nous étonne plus), la maman de Farzaneh nous a ouvert la porte. Nous découvrons avec surprise que notre hôte est en fait une fille.

Premier repas avec François le français et Farzaneh 

Après une grosse journée au soleil, je ne me sentais pas au meilleur de ma forme pour repartir sur la route dès le lendemain. Nous avons donc décidé de rester une nuit de plus chez elle pour nous reposer aujourd'hui entre de bonnes mains.

Samedi 19 mai :

Aujourd'hui fut typiquement une journée repos comme on les aime tant. Juste besoin de se reposer entre les mains bienveillantes de nos hôtes, manger ce qu'on nous donne à manger, s'asseoir sur le canapé en attendant le thé et les nombreuses sucreries et douceurs en tout genre, se laisser emmener en voiture dans des endroits splendide, apprécier le moment, leur montrer, sourire, échanger, être soi même, ne pas aider (ils ne nous laissent pas faire) et attendre qu'ils voient par eux même ce dont on a besoin avant même que l'on ne s'en aperçoive nous même. C'est devenu une agréable habitude dans ces contrées lointaines. On n'est même plus mal à l'aise quand tout le monde s'agite autour de nous pour satisfaire nos besoins et que notre seule obligation en retour est d'être détendu et d'apprécier le moment.

A gauche c'est François, mon compagnon de route de ces prochains jours  

Plus concrètement, après un excellent déjeuner, après avoir dévoré des gâteaux et englouti des litres de thé, puis fait une bonne sieste bien méritée après tous ces efforts, ils nous ont conduit dans la forêt au début de la montagne, un endroit magnifique et apaisant.

Séance de thé dans la forêt au bord de la rivière  
Vue sur la mer... Bon en fait là on ne la voit pas, elle est très loin 
Là on voit un peu mieux la mer 

Ce qui est unique dans cette zone géographique c'est que l'on est pris en sandwich entre des hautes montagnes enneigées et la mer Caspienne. Pour illustrer ça plus explicitement, de la salle à manger de chez nos amis, si l'on regarde à la fenêtre arrière on distingue largement les sommets enneigés, et sans bouger de sa chaise, juste en se retournant, on voit par la fenêtre opposée la mer Caspienne. Je crois que je n'avais jamais vu ça dans une maison.

Le coucher de soleil sur la plage à 50 m de la maison 

Nous avons eu l'honneur de boire de la vodka avec le maître de maison, et avons même trinqué en plein pendant le chant de l'appel à la prière du muezzin, ce qui a eu le chic de faire bien rire nos hôtes. Demain nous ferons la route ensemble avec François, je pense que nous allons bivouaquer sur la route, ou pas. Surprise.

17
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Publié le 18 mai 2018

En avant propos, je tenais à dire que je suis désolé du retard que je prends sur mes publications mais ces derniers jours ont été un enfer avec internet. J'ai écrit cet article sur plusieurs jours, luttant à chaque fois avec une connexion digne des îles Kergelen. Bref, voici le résultat de luttes infernales pendant 3 jours.

Mercredi 16 mai :

Nombre de km : 90

Altitude actuelle : 15 m sous le niveau de la mer

Poses de boys band, et petit déjeuner  

Après un long petit déjeuner avec nos hôtes, mes nouveaux amis polonais et moi avons commencé la route ensemble, et ce n'était pas du luxe, avec le vent contraire qui nous faisait face, on avait intérêt à se coller de près.

Départ sur la route avec mes camarades du jour 

La route était assez bonne, même si il fallait en permanence répondre aux salutations des gens, caresser la tête des enfants et chasser les chiens agressifs.

Sur la route avec les polonais 

Nous avons trouvé un joli coin pour pique niquer, ils ont préparé un délicieux porridge qui, je dois avouer, à été un carburant très efficace pour faire face au vent pendant l'après midi.

Pique-nique avec mes nouveaux copains polonais  

Nous nous sommes séparés au milieu de l'après midi, j'ai terminé ma route jusqu'à Babol où je commence à avoir mes habitudes. J'ai retrouvé mon ami Arash et sa famille avec un grand plaisir, d'autant plus qu'Arash avait organisé un petit programme bien ficelé pour la soirée. Après quelques minutes de repos et une bonne douche, je suis monté en voiture avec lui en direction des fameuses villes privées du front de mer. Nous y avons retrouvé sa tante et d'autres membres de sa famille pour un petit barbecue accompagnée de vodka locale. C'était très agréable de retourner dans cette ville dans la ville, avec ses rues bordée de palmiers, ses voitures de luxe et ses fastueuse villas. Ici il y a tout de la Californie. Et pour couronner le tout, nous avons échangé quelques papiers sur le terrain de basket, puis avons été stoppé dans notre élan par des jeunes qui jouaient au volley-ball et nous invitaient à se joindre à leur partie. Nous avons ensuite enchaîné sur une partie de foot sur le bitume et de sympathique discussions. C'était amusant de voir ces représentants de la jeunesse dorée iranienne. Les filles ne portaient pas forcément de voile, les garçons étaient habillés à l'américaine, et ils se déplaçaient en quad pour faire 100 m. Deux d'entre eux résidaient d'ailleurs en Californie et revenaient ici régulièrement pour les vacances.

La Californie iranienne 

Un saut rapide à la maison pour se remplir le ventre et nous sommes répartis pour le coffee shop préféré d'Arash dans lequel nous avons pu regarder Marseille se faire écraser par Antoine Griezmann à l'occasion de la finale de la ligue Europe.

Jeudi 17 mai :

Nombre de km : 100

Altitude actuelle : 24 m sous le niveau de la mer

Lever très tôt (deuxième nuit à moins de 5h de sommeil), pour s'occuper de problèmes sur la connexion internet de ma carte Sim iranienne qui n'aura posé que des problèmes depuis le premier jour !

Petit déjeuner, nouveaux adieux, puis départ pour l'ouest après ce faux départ vers l'est qui m'a fait perdre 3 jours. C'est foutu pour le Turkménistan, je l'ai accepté.

Différents paysages sur la route 

Aujourd'hui la route a été très monotone car elle longe une sorte de ville de front de mer qui n'en finit jamais, et les plages sont rarement accessibles à cause des nombreuses villes privées qui les monopolisent franchement. Voilà, la route c'est ça : des villas, des rizières, des palmiers, des centres commerciaux, des agences immobilières, parfois un bout de plage, et rarement, un oasis d'originalité. Je suis tombé sur l'un de ces rares endroits pour ma pause déjeuner, juste après avoir crevé ma roue arrière.

Mon ami du déjeuner  

C'était une sorte d'atelier à ciel ouvert dans lequel deux braves hommes créaient des personnages, animaux ou autres comme élément décoratif de grande taille, en les faisant en fibre de verre dans une structure en fils de fer. Je leur ai demandé si je pouvais déjeuner sur leur petite table à l'ombre, ça n'a pas posé de problème. Ils ont en fait été adorables avec moi, m'ont rempli mes gourdes d'eau, offert un thé vraiment excellent avec des notes florales (tellement bon que je n'ai pas eu besoin de rajouter de sucre !), m'ont servi deux verres de lait chaud, bavardé un peu, pris des photos et je suis reparti le cœur plus grand. L'un des deux avec qui j'ai vraiment parlé, à eu envie de m'expliquer qu'il n'aimait pas les Mollahs et que la religion ne l'intéressait pas, et tant pis pour le Ramadan. Ah oui j'ai oublié de le préciser, aujourd'hui est le premier jour du Ramadan, c'est loin d'être un détail sans importance dans mon cas ! Il faut que je mange et boive plus discrètement qu'à l'accoutumée, c'est quand même drôle cette impression dans ce pays d'être tout le temps en train de faire un acte transgressif. Boire de l'alcool, aller sur Facebook, faire le signe de croix, pédaler en short, serrer la main d'une femme, regarder des chaînes de télévision interdites, boire et manger pendant le ramadan... Je suis devenu un véritable rebelle dans ce pays.

Concernant les iraniens et pour revenir sur ce que me disait ce charmant monsieur, je n'ai pas rencontré un seul Iranien (je ne parle pas du Mollah avec qui j'ai tenté de débattre), qui ne déteste pas le gouvernement en place et les Mollahs. Malgré un grand respect en apparence, ils sont dans le privé très très critique envers ces derniers et envers la religion musulmane de manière plus générale. Ils ne s'y sentent pas si proches. N'oublions pas qu'il s'agit de la religion de l'envahisseur arabe, qu'ils ne tiennent pas dans leur cœur. Certains ont même gardé l'ancienne religion zoroastrienne.

L'après midi fut une succession d'auto encouragement, de coups de fatigue tels que je piquais du nez sur mon vélo, au risque parfois de faire des écarts de trajectoire. Le mode automatique ne fonctionne pas si bien sur un vélo.

La route de l'après-midi 

Ne sachant pas où j'allais dormir, j'ai continué le plus longtemps possible jusqu'à faire 100 km pile pour m'arrêter devant une plage sur laquelle se louaient de petites cabanes en bois avec vue sur la mer Caspienne pour 0,5 € la nuit. Je n'ai pas hésité longtemps ! A peine arrivé, une famille d'iraniens de Téhéran m'ont offert de la pastèque et invité à passer un moment avec eux, thé et narguilé étaient de mise. Au moment où je les ai quittés pour prendre une douche plus que nécessaire pour le bien être de mon entourage, il m'ont donné une assiette remplie de riz et de poulet. Délicieux en plus !

Ma vue ce soir 
Ma cabane et la vue de l'interieur

Je suis ravi de cette soirée: un cadre magnifique, des gens adorables, de la bonne nourriture... Une personne normalement constituée n'a pas besoin de plus.

Mes amis de Téhéran qui m'ont réchauffé le cœur ce soir 
15
mai
15
mai
Publié le 15 mai 2018

Lundi 14 mai :

Toujours sans nouvelle de L'ambassade de Turkménistan de Téhéran, il fallait tout de même partir sur la route et ne plus perdre de temps. Par chance mon hôte à ma prochaine étape, Zavood, allait travailler à proximité de Babol et m'a proposé de venir me chercher en voiture avec mon vélo et mes bagages et de m'emmener à son travail et ensuite chez lui. Il est photographe professionnel et sa journée de travail consistait à aller dans un endroit en pleine nature pour prendre en photo des couples de jeunes mariés qui venaient spécialement habillés et maquillés comme pour le jour de leur mariage, ils prennent des poses d'amoureux les yeux scrutant l'horizon, ou arborant des sourires forcés pas toujours droits, mais qui seront évidemment Photoshopés le soir même.

Shooting pour les jeunes mariés  

Pendant que mon ami travaillait, j'ai étudié la faune locale et y ai découvert des dizaines de serpents dans l'étang, ne le rendant pas forcément accueillant.

Les gentils serpents de l'étang  

En revanche l'étang était aussi rempli de tortues, j'ai même réussi à en capturer une petite, encore trop jeune pour être méfiante.

Mon amie la tortue, que j'ai fini par relacher

Je me suis fait ensuite d'autres copines, de race humaine cette fois. Trois jeunes femmes qui, en me voyant commencer à parler aux tortues, m'ont charitablement invité à prendre un thé avec elles sur leur petite nappe à pique-nique.

Mes amies improvisées  

Une fois rentré chez mon hôte je m'aperçois que j'ai reçu un e-mail de la part de L'ambassade de Turkménistan. Ce que je vais vous annoncer va avoir des conséquences considérables sur le reste de mon voyage : ma demande de visa pour le Turkménistan a été rejetée. Pas moyen de retenter le coup, ils m'ont confirmé que le résultat serait le même, sans même me donner d'explication. Il a fallu prendre une décision très vite. Contourner par l'Afghanistan ? Les iraniens me le déconseillent fortement. Prendre un avion pour l'Ouzbékistan ? Bien trop cher. Continuer à l'est par le Pakistan et oublier le reste du parcours ? Possible, mais j'aurai aussi l'incertitude du visa, et la route au Pakistan est aussi réputée dangereuse. Une seule alternative crédible, rebrousser chemin immédiatement, repasser par Babol et longer la mer Caspienne vers l'ouest en direction de la capitale de l'Azerbaïdjan, Bakou. Ma première idée est d'y prendre un ferry pour le Kazakhstan, de l'autre côté de la mer, et de là bas continuer à contourner la Caspienne jusqu'à la Volga, la remonter jusqu'à Volgograd, puis Moscou, et le reste de mon parcours.

Devant l'insistance de mon ami Zavood, j'accepte de rester chez lui une nuit de plus pour réorganiser mon itinéraire.

Zavood et moi devant les rizières 

Mardi 15 mai :

La matinée fut marquée par un petit tour en moto dans la jungle avec Zavood.

C'est parti pour un tour dans la jungle 
Je deviens un vrai Iranien... Mis à part la marinière  

J'ai ensuite accompagné Zavood pour une nouvelle après midi de travail avec un autre couple de jeunes mariés.

Les mariés du jour, dans une rutilante peugeot 405. 

Toute l'équipe du shooting et moi sommes ensuite rentrés se détendre chez l'un des garçons du groupe pour y fumer un narguilé, pendant que Zavood retouchait les photos sur Photoshop, ajoutait les floutés artistiques et rendait les gens beaux par son talent.

Après l'effort, le réconfort.  

Cette soirée fut un moment de partage avec des cyclistes polonais que Zavood a accueilli ce soir. J'ai failli être tenté de les suivre sur leur route mais cela bouleversait beaucoup trop radicalement mon parcours. Je reste sur mon idée de l'Azerbaïdjan, même si ce n'est pas celle que j'aurais préféré en premier lieu. Bref, demain je retourne chez mes amis de Babol, c'est la bonne nouvelle !

Le diner de ce soir.  
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Publié le 13 mai 2018

Mardi 8 mai :

Arrivé pour l'heure du déjeuner chez ma famille de Téhéran, toujours un plaisir de passer du temps avec eux. Après midi repos et détente chez eux dans le quartier d'Ekbatan.


Mercredi 9 mai :

Départ à 8h pour prendre le bus pour Babol. Petit inconvénient, Téhéran est une grande ville. J'ai du traverser la ville pendant presque 25 km pour arriver au terminal de bus. 25 km de bouchons, de queues de poisson, de clacsons... Enfin pas les 25 km les plus amusants de ma vie. À la gare routière, je semblais être l'événement pour ma compagnie de bus. Des employés que je n'avais jamais vu m'abordaient en m'appelant par mon prénom et ils étaient tous heureux de m'aider, de prendre des photos avec moi et de partager leur instagram. Seul bémol, ils ont tenté de me faire payer 200.000 rials pour le vélo dans la soute, que j'ai tout de même réussi à négocier à 100.000 rials. Je me répète, ici quasiment tout est négociable ! Anecdote croustillante, j'ai été dans les toilettes du terminal pour anticiper sur les 5h de route, et j'ai eu la surprise de découvrir une sorte de petite ouverture, un petit vasistas creusé dans ma porte et dans toutes les autres. Des gens pleins de bon sens on jugé astucieux de créer ces ouvertures dans le but de savoir plus facilement si les toilettes sont occupées ou pas. L'idée étant que si on aperçoit un homme accroupi au dessus du trou des toilettes, ça veut dire que c'est occupé et qu'il faut vérifier la porte suivante. Quelle admirable idée ! On devrais tenter de l'exporter en Europe, ça ferait sûrement fureur. Je précise également qu'on est très à l'aise à l'idée qu'à tout moment un curieux peut nous regarder à l'ouvrage dans cette position peu avantageuse.

Les toilettes avec le petit trou sur la porte pour les curieux 

La route entre Téhéran et Babol fut un spectacle naturel impressionnant. Il faut traverser une chaîne de montagnes à peu près haute comme les Alpes, et nous passons en quelques minutes d'un paysage de hautes montagnes à des montagnes arides, puis la jungle, et enfin la plaine avec ses rizières et la mer. Mais je donnerai plus de détails sur les particularités de ces montages dans le récit des jours suivants car j'ai eu la chance de les revoir de beaucoup plus près.

 La chaîne de montagnes entre Téhéran et Babol 

J'ai été heureux de retrouver Arash et sa femme, que j'ai accueillis chez moi à Paris il y a presque deux ans. Cette fois c'est son tour de me montrer sa ville et sa culture... Il ne s'en est pas privé ! Après un délicieux déjeuner Iranien, il m'a emmené en voiture faire un petit tour de la ville et de ses alentours. Il m'a par exemple montré une des villes privées qui bordent la mer Caspienne. (nous avons pu y entrer car sa tante y réside). Il s'agit de villes pour les personnes très aisées de Téhéran, entourées de barbelés avec gardiens et hautement sécurisée. On peut y trouver de fastueuses villas dans de grandes allées bordées de palmiers, on se croirait à Beverly Hills. Tout est là, petits cafés et restaurants sur front de mer, supermarché et petites boutiques. A note que derrière ces murs la loi islamique est beaucoup plus tolérante... Le voile n'est plus aussi systématique et l'alcool coule à flots. Mais si par malheur la police s'aventure par là, elle ferme les yeux pudiquement, montre qu'elle est là pour la forme et passe son chemin.

Les villes privées de la région  

Arash est ensuite passé chercher un de ses amis pour aller tous les 3 dans un bon restaurant de la ville y déguster un excellent cocktail (alcoolisé) et un récipient à thé rempli de la vodka locale. C'est assez simple, il suffit de connaître un peu le patron, de lui glisser dans l'oreille ce dont on a envie, et le serveur arrive comme une fleur nous servir de ce thé transparent. Il n'y aura pas de photos des lieux pour ne pas compromettre le restaurant en question.

Jeudi 10 mai :

Le jeudi étant ici l'équivalent du samedi, c'est le début du week end. Nous sommes donc partis à 3 profiter du chalet de l'ami d'Arash pour la soirée.

Après quelques courses pour le barbecue du soir, nous sommes partis pour une heure de route ponctuée de chansons iraniennes d'avant la révolution. J'ai refait la route vers la montagne et admiré à nouveau les changements de climat, de paysages avec cette manière si brutale ! On ferme les yeux 5 minutes, on se retrouve d'un coup au milieu de la jungle, c'est vraiment surprenant !

Changement brutal de paysage  

Nous nous sommes retrouvés dans son village à près de 2300 m d'altitude avec une vue superbe sur le mont Damavand, la plus haute montagne d'Iran (5700 m), qui en fait est un volcan.

Devant le point culminant d'Iran 
Le village, la montagne  

Une bonne balade au grand air dans les jambes, nous étions fin prêts pour débuter une bonne soirée barbecue bien arrosée au pied des montagnes.

Préparation du délicieux barbecue qu'on appelle ici Kebab. Une grande tradition en Iran.  

Vendredi 11 mai :

Réveil matinal pour bien profiter de la journée, et du programme qu'ils m' ont préparé.

La vue au reveil 

Arash et son ami m'ont emmené dans un autre village au pied du volcan dans lequel on peut y trouver une multitude de bains chauds naturels. On s'est baigné dans l'un d'eux, ça sentait le souffre et l'eau était vraiment très chaude, voire brûlante.

Le bain à l'eau chaude du volcan, réservé aux hommes bien entendu.  
Le village. Le tuyaux sur le sol sont remplis de cette eau directement puisée à la source du volcan. 

Après cette très intéressante expérience de l'eau volcanique, ils m'ont emmené prendre un petit déjeuner traditionnel qui avait plutôt l'allure un vrai déjeuner complet. Le plus étonnant était notre état physique après ce bain. J'étais là assis en tailleur devant le déjeuner, avec cette impression apaisante de sortir de la douche après une séance de sport intensif. C'est sans doute du à la chaleur extrême de ce bain, mais mon corps était imbibé d'endorphine. Je me sentais parfaitement bien, détendu, presque "stone".

Le petit déjeuner après le bain 

Nous sommes ensuite descendu un peu vers la vallée et sommes passés devant une montagne remplie de trous creusés par des hommes il y a bien longtemps, des habitations troglodytes qui ressemblent fortement à celles que j'ai pu voir en Cappadoce il y a quelques semaines.

Devant mon insistance, mon ami Arash m'a accompagné pour explorer les lieux, en me mettant en garde car ce genre de grottes peut être un refuge d'animaux sauvages et de serpents. Nous nous sommes donc rapprochés prudemment et avons pu pénétrer dans certaines petites grottes sans faire de mauvaises rencontres.

C'était fascinant de voir que tout était connecté à l'intérieur de cette montagne, des couloirs énormes reliaient les différents orifices qui constellaient ce mur.

Les grottes troglodyte  

Nous avons ensuite rejoint la vallée et le lit de la rivière où nous attendait une jolie balade au pied des falaises

Dernière balade dans la montagne  

J'ai appris à cette occasion que les arabes ont tenté de nombreuses fois de franchir ces montagnes, sans succès. Il se dit que pas un seul arabe n'a réussi à traverser cette frontière naturelle. Évidemment cette statistique fantaisiste n'est plus d'actualité, les riches touristes arabes, bien que peu appréciés, ne sont plus accueillis à coups de flèches et de sabres. Aujourd'hui, les roses et les salamalecs tapissent leur passage.

Ce qui était fascinant dans ces 24h en montagne c'est cette impression d'avoir été dans plusieurs climats, saisons et continents différents. En l'espace de 30 minutes, on débute avec un climat très chaud et relativement humide, proche de la mer, puis un climat quasi tropical avec une végétation surabondante sur les premières montagnes, puis un climat très sec, des montagnes arides et une température qui se refroidit, et enfin des températures quasi hivernales accompagnées de pluies éparses. Je le répète, tout ça en 30 minutes de voiture en conduite iranienne... Peut être qu'en conduite française ça ferait plutôt 45 minutes.

La fin de la journée fut dédiée au repos, après cet éprouvant vendredi.

Retour dans la jungle 

Samedi 12 mai :

Étant plus livré à moi même ce jour ci, et ne souhaitant pas perdre le rythme du vélo, je suis parti à la plage, pour 40 petits km de vélo aller-retour. Hélas le temps n'étant pas au beau fixe, je me suis contenté de m'asseoir 1h, contempler la mer Caspienne, faire légèrement trempette, observer les gens et rentrer à la maison.

Première rencontre avec la mer Caspienne  

Dimanche 14 mai :

Dernier jour à Babol, le plan de la journée est de nettoyer mon vélo, faire les entretiens et réparations nécessaires, appeler L'ambassade turkmène (sans résultat), écrire mon article (ce qui fut un enfer car les téléphones étrangers sont de plus en plus bloqués par le gouvernement Iranien mais j'ai pu trouver un VPN performant !) et me préparer à reprendre la route demain matin après une bien trop longue pause ! Cap vers l'est.

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Publié le 8 mai 2018

Dimanche 6 juin :

Après une courte dernière nuit à Yazd, nous nous sommes levés de bonne heure pour prendre notre bus en direction de Chiraz, dernière étape de ce rapide tour des villes du sud de l'Iran.

6 heures de route plus tard, dans une longue traversée de montagnes, de déserts et d'oasis éparses, notre bus nous a laissé sur le bord de la route, à proximité de la ville dans laquelle nous attendait notre hôte de ce jour Mojtaba.

La route Yazd - Chiraz 
Mathieu, se faisant des amis dans le bus 

Au milieu de nulle part, nous voyons un homme de type européen à l'ombre d'un petit abris semblant attendre quelque chose. Nous l'abordons en anglais, avant de se rendre rapidement compte qu'il était français de Paris. La coïncidence ne s'arrête pas là. Il attendait un taxi pour aller chez ce même Mojtaba dans la même ville que nous. Nous avons donc partagé le taxi pendant que Mathieu y allait à vélo. Nous allions donc chez Mojtaba. Une fois chez lui et sa famille, j'étais avenant mais un peu sur la réserve car les derniers hôtes nous ont montré que c'était parfois plus notre argent que l'échange culturel qui motivait leur accueil. Personne ne nous a rien volé mais ils trouvent toujours un combine pour nous faire payer quelque chose, par exemple la participation à la location d'une voiture pour nous emmener dans un endroit qu'ils tiennent à nous montrer. Bref, nous étions chez ces braves gens et nous leur parlions de notre idée d'aller visiter Persepolis et ses environs dans l'après-midi, quand Mojtaba a dit la phrase qui a tout cassé, à partir de ce moment il n'était plus à nos yeux un hôte désintéressé mais un guide touristique camouflé. Voici ce qu'il nous a dit : "si nous voulez je peux vous emmener en voiture à Persepolis et vous emmener faire la visite, mais il faudra que je loue à mon oncle sa voiture pour ça, il faudra juste que vous participiez un peu financièrement. Aussi demain matin j'aimerais beaucoup vous montrer un village qui est dans les montagnes, il est loin, il faudra aussi y aller en voiture". J'ai tout de suite compris, et ai cherché sur l'application Uber locale pour vérifier les tarifs de chez lui jusqu'à Persepolis. Un tarif dérisoire. J'ai donc préféré lui dire tout de suite dans les yeux mais en prenant un faux air naïf : "c'est très gentil à toi de proposer mais je viens de trouver un taxi qui peut nous emmener pour un prix très faible, partagé par 3 c'est quasiment gratuit pour nous. Je ne veux donc pas que tu gâches ton après-midi pour nous et que tu déranges ton oncle pour ça, nous allons nous débrouiller par nous même." J'ai tout de suite senti la surprise et la déception dans son regard, j'ai vu des échanges de regards entre lui et sa femme et son visage se fermer. Mais il n'a pas bronché et m'a dit qu'il comprenait. Au moment de prendre le taxi il a tout tenté pour nous faire perdre du temps, comme si il voulait absolument qu'on le rate. Il a d'ailleurs réussi son coup, mais au final on a pu faire de l'auto-stop jusqu'à Persepolis ! Sans le vouloir il nous a même fait gagner de l'argent. Il faut replacer une chose dans son contexte car c'est important. Nous n'avons rien demandé à ce garçon pour l'hébergement, c'est lui qui nous a trouvé sur le site Couchsurfing, car nous avions posté un message public pour trouver des hôtes dans d'autres villes. Il nous a tous contacté avec le même message en copié collé pour nous dire que nous étions les bienvenus chez lui et sa famille. En général je n'aime pas quand c'est trop facile et quand les gens viennent me chercher mais je n'avais nulle part où aller à Chiraz, donc j'ai fini par accepter son invitation insistante.

Nous sommes donc partis visiter tous les trois l'ancienne cité de Persepolis, tout en appréhension à l'égard de la soirée qui allait nous attendre chez ces gens.

Persepolis  

Persepolis est l'ancienne capitale de l'empire Perse Achéménide. Ces superbes ruines datent de 500 à 300 avant JC, et ont été détruites partiellement par Alexandre le Grand en 331 avec JC. Plus amusant, on peut lire des dizaines de noms et de dates gravés sur les pierres de certains monuments de la cité. Des écritures anciennes, des noms anglais, des noms français et des dates allant du 18e siècle au début du 20e siècle. Fascinant de lire la trace laissée par ces voyageurs européens il y a plusieurs siècles et d'imaginer la fascination qu'ils ont du ressentir en voyant ces mêmes vestiges que je suis en train de regarder.

La trace des anciens voyageurs. Des vrais aventuriers, ceux là !  

Nous avons ensuite trouvé un taxi pour nous emmener à une magnifique nécropole creusée directement dans la roche de la montagne, la négociation avec le chauffeur fut dure mais il a fini par céder pour notre prix.

La nécropole de Naqsh-e Rostam

Il faut savoir qu'ici presque tout est négociable, les taxis, les marchandises dans les bazars, le prix des entrées dans les musées et lieux historiques... Nous en avons usé et abusé.

A notre retour chez Mojtaba, il a tout fait pour exploiter nos compétences dans son intérêt personnel et a eu l'audace de demander à Pierre, qui est développeur internet, de lui créer un site internet dans la soirée, ce qui évidement est impossible, surtout avec la faible connexion internet dont il avait accès. Il m'a demandé au passage de faire le design de son site, je m'en suis bien sorti en prétextant à juste titre que j'avais besoin au moins de Photoshop ou Illustrator, par chance il ne les avait pas, et il a demandé à Mathieu de régler sa télévision. Tout cela nous a laissé un désagréable goût dans la bouche, comme s'il avait besoin de rentabiliser chaque invitation. On est loin de l'esprit originel de Couchsurfing, qui est d'accueillir l'étranger chez soi sans rien n'attendre en retour, la récompense étant dans le fait de partager, d'ouvrir ses horizons, de s'enrichir intérieurement... Donner c'est recevoir.

Au lieu de cela, Mojtaba, par son avidité, à réussi à créer une ambiance détestable et une tension très lourde durant toute la soirée, car j'ai aussi oublié de dire qu'il a tenté de nous faire changer de l'argent, des dollars, des euros, des francs suisses... Tout était bon à prendre. Nous avions beau expliquer que l'on avait pas besoin de changer d'argent, que l'on avait assez de Rials pour le reste du voyage, il continuait à insister lourdement. Et j'avoue que ses équipements dernier cri ne m'ont pas aidé à ressentir un quelconque sentiment de pitié.

Lundi 7 juin :

Au moment du petit déjeuner, je reçois un message de Mojtaba sur mon téléphone (qui a du s'absenter tôt) pour me dire que sa maman nous apprécie tellement qu'elle serait heureuse si on pouvait lui laisser un petit cadeau en souvenir de nous, ou bien de l'argent. Nous n'avions pas grand chose et franchement pas le cœur à laisser quoi que ce soit mais avons donné docilement un sac rempli de feuilles de verveine et une tablette de chocolat Milka. Au moment de partir, son père est revenu à la charge, et sans un sourire au moment des adieux faisait des gestes qui voulaient dire : "donne nous de l'argent, on t'a accueilli chez nous". J'ai fait semblant de ne pas comprendre en lui disant : "c'est très gentil à vous de m'inviter à revenir, ce sera avec plaisir !". On a fini par se sortir de ce bourbier.

Nous avons trouvé un taxi qui a bien voulu nous emmener tous les 3 plus le vélo à Chiraz pour 200.000 rials soit un très bon prix. On lui précise la destination précise sur la route, et il ne semble pas broncher. Cependant, il décide de s'arrêter sur un rond point à l'entrée de la ville en expliquant que le deal était de nous emmener à Chiraz, et nous sommes à Chiraz. On argumente comme on peut mais il ne veut rien entendre et nous réclame notre argent. On ne veut pas lui donner. Quelques curieux se rapprochent de nous et participent au débat, les esprits s'échauffent, le ton monte. 5 minutes passent, c'est l'impasse. On accepte de ne lui donner que 150.000 car il n'a pas rempli complètement sa mission, il jette les billets par terre. C'est alors qu'un palier supplémentaire est franchis, le taxi commence à prendre à la gorge Pierre qui entre tout d'un coup dans un état de fureur incontrôlable, lui donne un violent coup de pied et hurle en français au visage de ce chauffeur qui semble effrayé par la réaction inattendue de Pierre. En continuant à hurler, Pierre s'éloigne et s'arrête à 50 m de nous, qui somment toujours dans ce fragile pourparler avec le taxi et ses nouveaux copains du rond point. Ayant perdu assez de temps et d'énergie, nous finissons par lui donner son argent et le moment du départ fut un spectacle assez inoubliable. Mathieu, tenant à serrer la main du chauffeur, obtient sa poignée de main. Un serrage de main de deux minutes d'une tension extrême pendant lesquelles Mathieu, d'un sourire noir, proférait en français les pires insultes qu'il ait pu trouver dans son vocabulaire, et le chauffeur semblait faire exactement la même chose de son côté, ce que faisait bien rigoler les curieux qui ont assisté à la scène. Je ne vais bien entendu pas répéter les mots de Mathieu.

Enfin débarrassés du chauffeur, nous allions enfin pouvoir commencer à visiter cette ville.

Cette dernière photo est un sanctuaire interdit aux non musulmans. J'ai donné mon appareil photo à une dame qui y entrait. 
Chiraz, en vrac 

Chiraz est une superbe ville regorgeant de belles mosquées et de maisons anciennes aux cours boisées faisant office d'oasis en plein cœur de l'agitation de la ville.

Le calme dans la ville 

Cette visite de la ville fut aussi l'occasion de confirmer mes statistiques. Il y a véritablement une majorité de touristes français, ça en devient frappant. Et le plus drôle c'est que l'on retrouve régulièrement les mêmes visages dans les différents lieux touristiques. Nous avons même passé la fin de la journée avec une famille de Toulouse qui faisait le tour du monde (avec un enfant de 7 ans et un de 10 ans). Quelle chance pour les enfants, qu'elle expérience déjà si jeune !

Le bazar 

Après le dîner avec les toulousains, Pierre et Mathieu, je suis parti pour la gare routière où un bus de nuit devait me ramener à Téhéran. Très mauvaise nuit d'ailleurs, enfin je suis arrivé à bon port. Demain je repars pour Babol, aussi en bus, il y a des très hautes montagnes à franchir. Des amis iraniens m'y attendent et m'ont organisé un petit week-end en montagne dans leur chalet. J'ai hâte de raconter tout cela.

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Publié le 6 mai 2018
Bienvenue à Yazd 

Vendredi 4 mai :

Départ tôt le matin d'Ispahan pour Yazd par bus pour arriver à une heure normale et profiter de notre vendredi. (ici le vendredi c'est le dimanche). Nous sommes finalement arrivés vers 15h00 chez notre hôte, et après la présentation avec sa famille, ses poules et sa tortue, il nous a emmené avec son frère faire une escapade à vélo dans le centre de la ville. Nous avons traversé d'innombrables vieilles ruelles, un véritable labyrinthe de rues, de passages et d'impasse dans lequel il est très facile de perdre son orientation et de ne plus retrouver le chemin de la sortie. Très agréable balade toutefois, qui nous a offert un spectacle magnifique de mosquées resplendissantes de beauté, de bazars et de ruelles ombragées.

Yazd à vélo  

Nous avons passé la fin de la journée livrés à nous même dans cette ville digne des contes des mille et une nuits. Pédaler dans cette ville était pour moi une expérience délicieuse qui me rappelait Paris, mon jardin, mon terrain de jeu quotidien qui me manque sans me manquer. Je roulais dans ces rues étrangères, presque dans une autre planète, tout en ayant l'impression d'être chez moi. Je roulais à domicile mais dans un cadre féerique et j'étais bien, la température était parfaite, le vent rafraîchissant et de l'eau en abondance pour hydrater une gorge en permanence desséchée par un taux d'humidité de l'air proche de 0.

Jour, nuit, jour, nuit...  

Cette ville, cet oasis en plein désert, est plus qu'ailleurs un repaire à touristes français. Je n'ai toujours pas compris pourquoi, mais plus de la moitié des touristes que l'on croise sont des français. Peut être que si l'on creuse dans l'histoire et l'ADN de notre peuple, on peut y découvrir une longue lignée d'aventuriers, de découvreurs, de navigateurs, alpinistes, et autres missionnaires. C'est peut être en nous, ce désir de l'autre, de l'inconnu, de ce qui nous complète et nous transporte. Notre lourd passé colonialiste est un témoignage éloquent de ce besoin de découverte. On ne peut pas échapper à cet héritage, cet atavisme précieux qui fait de nous des gens curieux et passionnés par essence.

Samedi 5 mai :

Le plan de ce samedi était de visiter le centre ville par nous même, tenter de monter sur les toits du bazar et partir en fin d'après-midi pour un désert de dunes à 100 km de Yazd.

Deuxième visite à Yazd 

Après plusieurs tentatives nous avons réussi à accomplir l'un de nos principaux objectifs en demandant à des locaux où se trouvait la porte secrète pour accéder aux toits du bazar. Après 5 minutes sur les toits, on a vu marcher vers nous un militaire, talkie-walkie à l'oreille, matraque et menottes à la ceinture. Notre première réaction fut : "M... ! On va avoir des problèmes !", mais on a joué un jeu assez habile avec ce brave soldat en mission de surveillance, qui devait s'ennuyer ferme sur son toit. On s'est approché de lui tout sourire, en prenant l'air le plus avenant et sympathique sans prendre un faux air innocent. Nous savions que l'endroit n'était pas forcément autorisé et on l'assumait. On s'est présenté, on lui a serré la main et on est tombé sur un jeune homme très gentil qui effectivement était là pour nous demander de quitter les lieux, mais nous a fait la faveur de nous montrer d'autres endroit très beaux du toit avant de nous demander poliment de redescendre.

Sur les tours du bazar 
Le passage secret vers le toit... Peut être pas si secret que ça.  

En se promenant sur d'autres toits de la ville (autorisés cette fois) en quête de la meilleure vue possible, nous avons fait la connaissance d'une touriste Marocaine très sympathique avec laquelle nous avons bavardé pendant un bon quart d'heure. Je voyais ça comme une petite victoire de la francophonie. Une marocaine, un suisse et un français qui parlent la même langue. Une langue qui rapproche et qui relie, comme si une grande partie de notre identité était cachée dans cette langue commune qui nous donnait cette délicieuse impression de parler avec des compatriotes. Des compatriotes de l'esprit.

De retour chez Hedayat, nous avons fait quelques courses pour le pique-nique et sommes partis en direction du désert à bord d'une peugeot 405 qui m'a rappelé celle de mon oncle Olivier pendant mon enfance.

Sur la route des dunes 

Le désert de dunes était pour moi tout simplement un rêve de gosse qui s'est réalisé 30 ans plus tard. Ces dunes de sable, cette immensité et cette solitude ont toujours été, depuis tout petit, un désir profond.

Un rêve se realise 

C'était magnifique, Mathieu et moi étions absolument seuls dans ce cadre féerique. Nous avons escaladé à pied la plus haute dune visible et avons admiré ce coucher de soleil que l'on oubliera jamais. Mais il ne faut pas sous estimer les dangers de cet endroits, l'air est extrêmement sec, marcher dans le sable mou demande deux fois plus d'efforts, et dès que le vent se lève, le sable si doux et agréable au pied se transforme en des milliers de mini projectiles qui fouettent le visage sous forme de multitudes de toutes petites piqûres et entre abondamment dans les vêtements, les yeux et la bouche. On comprend mieux l'accoutrement des bédouins.

Un petit coucou aux chameaux du coin 
La famille de Hedayat  
Petite visite de la mosquée avant de dormir 

Par la suite, nous avons retrouvé des personnes de la famille de Hedayat avec qui on a dîné et passé le reste de la soirée. Mais il fallait rentrée tôt pour prendre le bus tôt le lendemain matin pour Shiraz. Prochaine étape et prochain article.

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Publié le 4 mai 2018

Mercredi 2 mai :

Première journée à Ispahan pour Mathieu et moi, nous partions d'un pas décidé sur les rues de la ville, prêts à immortaliser chaque recoin d'église arménienne, chaque minaret de ces mosquée aux sublimes décorations, cependant la réalité nous a vite rattrapé. Oui, la ville est très belle, en revanche tout est payant ! Nous nous étions habitués à des budgets quotidiens si faibles, il a fallu réévaluer ses standards et accepter le fait que c'est une ville touristique et que les iraniens ont su en tirer bien des profits.

Première mauvaise surprise, nous avions l'ambition naïve de visiter la cathédrale arménienne qui paraît-il abritait de magnifiques peintures murales d'une ancienneté rare. Mais le tarif pour l'entrée était de 300.000 rials, soit presque 6 €. Dans l'absolu c'est déjà un tarif onéreux pour un standard européen, mais le plus beau reste à venir. Dans toutes les billetteries y a un tarif pour touriste écrit en anglais et un tarif pour Iranien écrit en lettres perso-arabes. Et le tarif Iranien était en moyenne 7 fois plus faible que le tarif touriste, ce qui a eu le don de nous énerver pour toute la journée et d'aiguiser nos talents de négociation. Après des tentatives infructueuses de passer pour des iraniens afin d'obtenir leur tarif spécial, nous avons fait demi tour à la recherche d'une autre église tout aussi jolie mais un peu moins chère.

L'église arménienne  

Après la visite de cette somptueuse église contenant plus de caméras de surveillance que de fidèles, nous sommes partis en direction du fleuve... Du moins ce que nous pensions être le fleuve. C'est en réalité un lit de rivière aride et craquelé sur lequel trône tristement de superbes ponts, tels des rois sans royaume, beaux mais inutiles, majestueux mais sans reflet. Un spectacle d'une infinie tristesse.

Le pont et les pédalos sur un lit aride

Un peu déprimés par cette vision apocalyptique, nous avons traversé des jardins publics envahis de famille iraniennes en train de pique-niquer en cette journée fériée. Tandis que nous passions devant une famille assise sur l'herbe, un homme nous a fait signe de nous joindre à eux, un peu hésitants, ne voulant pas déranger leur quiétude familiale, nous avons fini par céder après insistance de ces gens. L'hospitalité iranienne, encore et toujours ! Ils nous ont offert un thé, et de fil en aiguille, nous sommes restés presque 2 heures avec eux, ils nous ont offert à manger, à boire, parlé avec eux, rit ensemble, joué avec leur enfants. Nous avions eu cette exceptionnelle, mais si habituelle impression de faire partie de leur famille.

Un pique-nique en famille 

Ce fut difficile de les quitter après un moment si agréable à leurs côtés, mais il nous fallait continuer la visite, et une superbe place nous attendait les bras ouverts.

La place Naqsh-e Jahan, centre de l'ancienne capitale Perse. 

En découvrant que chaque visite est payante, nous avons décidé de nous limiter à ce qui vaut vraiment le coup et avons opté pour la mosquée du Shah. La négociation à l'entrée fut difficile mais efficace. Nous somme allés directement voir l'homme qui vérifiait les tickets à l'entrée pour lui expliquer que nos moyens sont limités, que l'on voudrait payer le tarif Iranien... Les talents de négociateur de Mathieu ont fait la différence. Après 2 minutes d'une âpre discussion, l'homme nous a laissé passer sans payer en nous disant que nous lui mettrons dans la poche la moitié du prix du billet pour touriste. Après 15 minutes passées à l'intérieur de cette mosquée d'une incroyable beauté, il nous a retrouvé et nous lui avons donné son "pourboire".

La visite de la mosquée du Shah, on s'y est fait des copines 

En cette journée de fête religieuse, la mosquée a organisé un espace destiné à la rencontre entre des musulmans et les touristes pour parler de l'islam et casser les clichés souvent négatifs que les occidentaux cultivent à l'égard de la religion musulmane. Nous avons parlé au Mollah en personne, il nous a offert gentiment des bonbons et un verre de jus de fruits, et avons commencé à discuter. Ce qui m'a choqué c'est que cet homme qui, en pensant changer une hypothétique mauvaise image que nous aurions à l'égard de l'islam, nous a abordé avec le même genre de préjugés à l'égard des pays occidentaux. On sentait que dans son esprit il s'adressait à des européens, et donc des pêcheurs menant une vie de débauche et de fornication loin de toute forme de spiritualité. Quand j'essayais de lui expliquer que mes valeurs de catholique ne sont pas si éloignées que les siennes, c'est comme si je ne pouvais pas franchir un mur de préjugés qui lui fermait les yeux et les oreilles. Cela semblait hors de son entendement que des européens ne soient pas d'affreux pêcheurs à remettre dans le droit chemin, il nous regardait avec ses yeux tristes et condescendants comme si il était malheureux pour nous et pour ce qui nous attend après la mort. Peut être que je me trompe dans mon interprétation mais c'est réellement l'impression que j'en ai gardé, comme un mauvais goût qui reste au travers de la bouche. Après cette discussion fermée et sans réel échange, nous avons continué la visite de la mosquée.

Nous avons remarqué une tradition amusante dans cette ville. Les nombreux arbres qui jalonnent les rues sont chargés de baies sont les habitants raffolent. Toute la journée nous voyons les gens manger les fruits dans les arbres, en faire des stocks pour chez eux, secouer les branches au dessus d'une nappe ou même franchement casser une grosse blanche pour accéder plus facilement aux fruits tant désirés, et la laisser traîner béante au milieu de la rue. Un petit problème, ces fruits jonchent le sol des rues et font des trottoirs de vraies patinoires, comme si tintin avait déposé derrière lui des dizaines de peaux de bananes pour stopper les méchants gangsters. Le résultat aurait été le même. J'ai failli tomber une bonne dizaine de fois dans la journée !

Sur la route avec Ali. Ici le kitch n'est pas un gros mot 

Nous avons ensuite retrouvé notre hôte, Ali, pour un dîner dans le plus grand centre commercial de la ville, un lieu rutilant, temple de la consommation, qui semble attirer en masse les iraniens en mal d'occidentalité.

Je maîtrise assez bien la musique traditionnelle Perse.  

Jeudi 3 mai :

Nous avons commencé la journée par une visite d'une mosquée éloignée du centre mais très particulière, je dirais même unique au monde. Parmi les plus anciennes de la région elle est dotée d'une technologie anti-sismique. Les deux minarets ont cette particularité de ne pas être accrochés au sol et à la structure de la mosquée, c'est un élément séparé qui bouge en un bloc. Un homme est monté en haut d'un minaret et a fait une démonstration surprenante en arrivant à secouer l'ensemble de la structure du minaret, qui oscillait de 20 cm de gauche à droite. On dirait un décor en carton alors qu'il s'agit d'un très ancien minaret en briques.

La mosquée au minaret qui tremble 

Nous sommes ensuite retournés dans le centre pour pique-niquer devant le pont, puis avons visité le bazar et testé le métro d'Ispahan vieux de 2 mois et pas tout à fait terminé. Nous avons aussi eu la chance de tomber sur un autre cyclo-touriste avec qui nous avons pris un verre pour partager nos expériences et nos impressions. C'était Christian, un Danois qui faisait un tour de la région sur une dizaine de jours.

Pique-nique devant le "fleuve"  
Visite du bazar 
Christian Le Danois 

Dans tous ces endroits touristiques, on a pu remarquer qu'enormement de gens nous parlent en nous abordant tout le temps de la même manière : "Hello, where are you from ?". Nous avons commencé à jouer à un jeu très amusant, nous inventer des nationalités. Je me suis fait passer pour un chinois, puis un birkinabé... Ça n'a pas eu l'air de prendre. En revanche des origines australiennent semblaient plus crédible à leurs yeux. C'est un art difficile car il faut arriver à imiter un accent en anglais en se retenant de rire.

Sous une pluie inattendue, nous nous sommes dirigés vers un pont magnifique offrant de superbes lumières la nuit tombée.

Le fameux pont éclairé  

Nous avons, pour la soirée, préparé un bon dîner à Ali et nous sommes couchés pour un réveil très tôt pour prendre le bus vers Yazd le lendemain.

Le diner avec notre hôte  
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Publié le 1er mai 2018

Lundi 30 avril:

Départ très tôt de chez Mohammad avec mon sac en direction de L'ambassade du Turkménistan pour faire ma demande préalable de visa. Tout s'est plutôt bien passé, je pourrai même venir le récupérer directement à la frontière, sous réserve d'acceptation de mon dossier. Je dois les rappeler à ce sujet dans une quinzaine de jours pour être fixé à ce sujet. Intéressant cette visite du quartier nord, une fois sorti du métro on s'aperçoit que la température a baissé d'environ 5 degrés, en réalité on est beaucoup plus en altitude dans ce quartier que dans le centre de Téhéran, déjà sur le flanc de la montagne.

Les indications à L'ambassade du Turkménistan, ça peut en intéresser certains  

Je me suis ensuite directement dirigé vers la gare, 500 m plus bas (en altitude). A la gare nous avions prévu avec mes 2 amis suisses de prendre le train ensemble pour Kashan. Seul problème, cette semaine est une semaine de congé importante en Iran. Par conséquent, tous les trains étaient pleins pour Kashan. Nous avons donc sauté en catastrophe dans un taxi pour la gare routière. Nous avons eu la chance d'y trouver un bus dans la demi-heure après avoir assisté à une scène digne de la bourse de Wall Street. Les vendeurs hurlaient à qui voulaient bien les entendre des noms de destination, des prix et tout un tas d'informations que je n'ai pas compris. Une cacophonie qui fait perdre ses repères. Mais le jeu en valait la chandelle, nous sommes entrés dans un bus d'un luxe rare. On y est aussi bien installé qu'en première classe en avion, pour l'équivalent de 3.50€ le trajet. Nous n'avons hélas pas pu profiter au maximum de ce luxe inattendu car sans endroit où dormir sur place, nous commencions à nous inquiéter à mesure que la ville d'approchait. Anecdote amusante, les chauffeurs du bus arrêtaient le bus à tous les carrefour en criant par la fenêtre "Kashan !", qui à l'oreille ressemble fortement à "cochon", à tel point que j'aurais pu fermer les yeux et me voir dans une chasse au sanglier.

La gare de Téhéran  
L'intérieur du bus VIP, avec mes amis suisses  
La route, le désert  

Une fois arrivés à Kashan, nous avons trouvé un taxi qui nous a arrangé une chambre d'hôte dans un endroit ravissant pour 11€ par personne. Peu cher pour des prix français mais exorbitant pour les standards iraniens. Soit, nous n'avons pas le choix et nous avons pris notre chambre, que nous avons partagé avec une autre suissesse allemande (quel hasard !).

Notre chambre d'hôtes  

Nous avons bien profité de la soirée à Kashan, et découvert de charmantes ruelles et un très beau bazar.

Kashan, et sa vie nocturne  

C'est la première vraie ville touristique d'Iran que j'ai visité, et la première mauvaise surprise a été le fait que les gens ne sont plus attirés par nous pour les mêmes raisons que dans les petits villages. Ici c'est bien entendu notre portefeuille qui les intéresse avant tout. Même les personnes inscrites sur Couchsurfing ou Warmshowers (deux sites internet qui m'ont aidé à trouver beaucoup d'hôtes formidables), nous demandent de leur payer la chambre. Grosse déception. Également il y a beaucoup plus de touristes partout et surtout beaucoup de français ! Un touriste sur deux est français, je n'ai pas encore découvert la raison mais je vais revenir dans quelques jours avec une théorie solide et éclairée à ce sujet. Je veux comprendre.

C'est d'ailleurs amusant de voir toutes ces touristes françaises de tous les âges peu à l'aise avec leur foulard sur la tête, en train de le remettre maladroitement toutes les 2 minutes pour se soumettre docilement à la loi islamique en vigueur.

Le bazar 

Mardi 1er mai :

Nous avons profité d'un délicieux et copieux petit déjeuner à l'hôtel, que nous avons partagé avec la suissesse qui occupait notre chambre. J'ai donc pour ainsi dire pris le petit déjeuner avec "les trois suisses".

Petit déjeuner avec mes 3 amis suisses  

Nous sommes ensuite partis tous les 4 visiter le maximum possible avant de prendre mon bus pour Ispahan.

Beaucoup de touristes mais une très jolie ville qui vaut le détour.

Kashan, sous toutes ses coutures  

Une jeune femme dans sa voiture à eu la gentillesse de s'arrêter pour me demander si elle pouvait m'aider, j'ai dit oui. Elle m'a donc rapproché de la station sans rien demander en retour. Il y a quand même des gens qui ne sont pas intéressés dans ces villes.

Une fois à la gare routière, j'ai eu l'effroi d'apprendre que tous les bus étaient pleins pour Ispahan, vacances oblige. Que faire ? Je n'étais pas le seul dans cette situation inconfortable. Je vois un touriste à vélo, comme moi, au type européen, qui se bat au comptoir pour les mêmes raisons que moi. Je me précipite sur lui et découvre qu'il est suisse (encore !), mais francophone cette fois, de Montreux. Nous sympathisons et un Iranien, constatant notre problème de bus s'est investi personnellement dans cette honorable mission: nous faire prendre un bus aujourd'hui pour Ispahan. Mission accomplie ! Nous avons pu avoir un billet pour un "extra bus" à 16:40.

Entre Kashan et Ispahan 

Après quelques minutes avec Mathieu (le suisse), j'ai appris qu'il allait à peu près prendre le même itinéraire que moi, nous avons donc décidé de se suivre et de mutualiser nos hôtes. C'est réussi pour Yazd, son hôte accepte aussi de m'accueillir. Une fois arrivés à Ispahan, nous avons eu la confirmation que mon hôte acceptait d'accueillir aussi Mathieu, nous avons donc pris un taxi pour le lieu de rendez-vous fixé par Ali Reza. Nous l'avons retrouvé en pleine distribution de nourriture à l'occasion de cette fête religieuse. Des dizaines de personnes étaient là, mangeaient, riaient et nous regardaient avec curiosité. Après la bataille, nous avons enfin pu passer un peu de temps avec lui. C'est un personnage assez atypique. Il a 24 ans et est le propriétaire d'une école privée occupant la totalité d'un grand immeuble moderne. Nous l'avons accompagné à son bureau et avions l'impression de passer du temps avec un parrain de la mafia.

Après avoir fait des feux d'artifice pour marquer le coup, nous sommes rentrés chez lui en voiture et avons pu apprécier ses talents de pilote et d'inconscience... Il dépassait les voitures par la droite à 140 km/h sur le périphérique, parfois se faufilant entre deux voitures, laissant 5 cm de marge de chaque côté. Je dois avouer que je ne faisais pas le malin. Je crois que je n'ai jamais vu une conduite aussi sportive et dangereuse de ma vie. Mais nous sommes sains et sauf c'est le principal !

L'épisode du feu d'artifice  
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Publié le 29 avril 2018

Me revoilà, après 3 jours d'absence. J'ai pu découvrir des endroits intéressants, marcher seul dans la rue le cœur ouvert à l'imprévu et à la différence. A suivre, récits et ressentis.

Vendredi 27 avril :

Après avoir pris le temps de flâner chez lui en profitant des merveilleux repas que sa maman nous a préparé, nous avons pris le premier taxi venu pour se diriger vers la Milad Tower. Cette tour mesure 435 m de haut et est tout simplement la 6e plus haute tour autoportante du monde. Le point de vue est à 280 m et offre un panorama à 360°. Magnifique !

La tour vue d'en bas 
La vue, de jour  

Anecdote intéressante. Les riches iraniens se réfugient dans les quartiers nord de la ville, plus proches de la montagne et loin de l'agitation du centre ville. Leurs habitations sont des somptueuse villas, souvent avec piscine, Porsche Cayenne et marbre apparent. Il se trouve que du haut de cette tour, l'on distingue très bien leurs maisons, et pour encore mieux en apprécier le luxe, il y a tous les 30 m des longues vues gratuites. Oui mais voilà, il y a une seule et unique longue vue qui n'est pas réglable sur la hauteur, c'est celle qui est en face des quartiers riches. Il est donc impossible d'admirer les maisons des riches. Je me suis posé la question, pourquoi ? Je ne crois pas que ça soit un problème de sécurité, on est bien trop loin pour ça. Je crois avoir la réponse, la loi islamique interdit toute exposition du corps féminin, si les longues vues autorisaient l'accès aux jardins de ces riches propriétaires, les hommes du haut de la tour pourraient avoir l'agréable surprise de découvrir par inadvertance une femme faire trempette dans un maillot de bain certainement pas validé par la Charia. Quelle belle chose que la pudeur iranienne !

Les quartiers riches 
Téhéran, à la tombée de la nuit  
Teheran la nuit  

Samedi 28 avril :

Je suis parti tôt le matin pour tenter de récupérer mon extension de visa et mon passeport au centre de l'immigration, ce fut un fiasco. Les gens m'ont presque insulté parce que je venais samedi alors qu'il était marqué en lettre arabes lundi sur mon papier. Je me suis dit "qui ne tente rien n'a rien" mais je ne savais pas comment leur expliquer ça en Perse. Après m'être fait sérieusement houspiller par un policier et le chef de la police en personne, ils ont accompagné mon départ d'un geste de mépris de la main qui voulait dire : "Dégage ! Ne me fais plus perdre mon temps !"

Je dois avouer que si on ne parle ni ne lit le Perse, c'est difficile de s'y retrouver. Tout est écrit en Perse, même pas en lettres latines. Heureusement que les gens qui attendent comme moi sont gentils et aidants.

Après cet échec cuisant, je me suis dirigé au hasard des rues. C'est à mon sens la meilleure manière de "ressentir" la ville et ses habitants.

Au hasard de la ville 

En apprenant avec joie qu'un bon déjeuner m'attendait chez la famille de Mohammad, je m'y suis précipité sans perdre une seconde... Une heure et demi plus tard (c'est une grande ville), j'ai pu déguster un excellent déjeuner avec la maman et la sœur de Mohammad, qui m'ont fait le plaisir de me faire la conversation une bonne partie de l'après-midi.

Le quartier où je suis hébergé. Un groupement d'immeubles construits par le Shah 

Mohammad m'a ensuite fait découvrir un agréable lac artificiel autour duquel nous avons eu plaisir de se promener dans l'un des seuls endroits calmes et paisibles de la ville.

Téhéran, à l'image d'Istanbul, est toujours en extension.  

Dimanche 29 avril :

Ce matin, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis retourné dans ce centre d'immigration dans l'espoir de pouvoir enfin récupérer mon passeport. Je l'ai eu sans recevoir d'insulte et de postillons !

Le fameux sésame  

Sans transition, ayant beaucoup pris le métro ces derniers jours, je tenais à m'étendre un peu sur ce que l'on y voit. Car le métro est sans le savoir un miroir intéressant de l'état d'une société, de sa culture et des relations sociales.

Première chose, il y a des wagons réservés aux femmes. Bien loin de trouver cela choquant, bien au contraire, je pense que c'est un moyen sur de s'éviter les incalculables harcèlements dont les femmes peuvent être victimes dans le métro parisien. Ce pays au dangereux obscurantisme religieux semble mieux protéger les femmes que chez nous. D'ailleurs c'est amusant de voir que pendant les heures de pointes, les wagons des femmes sont des havres de paix avec bien plus de place que dans les wagons pour tous, dans lesquels on est entassés comme du bétail.

Une autre belle surprise du métro, les gens sont de bonne humeur, se parlent facilement. Si deux personnes engagent la conversation, les voisins vont spontanément écouter et même participer à la discussion pour donner leur avis. Et tout le monde aux alentours regarde les protagonistes, sans gêne ni honte. A Paris, les gens feraient semblant de ne même pas remarquer que des gens parlent autour d'eux, ils les écouteraient secrètement en regardant leurs chaussures ou leur smartphone.

Par ailleurs il y a un vrai respect pour les personnes âgées et les personnes diminuées. Dès qu'une personnes âgée entre dans le wagon, une ou deux places assises se libèrent immédiatement pour lui laisser la place. La même chose, même lorsqu'il s'agit d'un jeune avec un plâtre au bras.

Une autre forme de respect qui m'a intéressé, c'est envers les autorités religieuses. J'ai vu un Mollah entrer dans le wagon devant moi, les hommes faisaient presque une haie d'honneur pour lui. On poussait les gens pour lui laisser le passage, on l'aidait et on lui parlait. Dès qu'il avait un moment de répit, un homme venait d'adresser à lui pour lui parler de ses problèmes personnels, écouter ses conseils éclairés, tel un prêtre pendant la confession, sauf que la confession est à la portée de toutes les oreilles au beau milieu de la rame de métro.

Toujours dans le métro, j'ai été impressionné par le nombre de vendeurs ambulants en tout genre, des chaussettes, des écouteurs, de livres de coloriages, des chewing-gum, des gadgets divers, des pistolets pour enfants, des classeurs, des bracelets pour adolescents rebelles, des couches pour bébé... Ah oui, les couches pour bébé c'était de l'autre côté de la vitre blindée. La vendeuse de couches a bien ciblé son public, étant dans la zone "Women only".


Demain matin je vais faire ma demande préalable pour le visa turkmène avant de prendre le train pour Kashan, première destination de ma semaine de visite dans le sud.

26
avr
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Publié le 26 avril 2018

Nombre de km : 90

Altitude actuelle : 1260 m

Aujourd'hui le récit relatera la journée d'hier et celle d'aujourd'hui. J'étais bien trop épuisé hier soir pour écrire quoi que ce soit.

Mercredi 25 avril :

Mes amis suisses et moi-même avons quitté la maison de la famille de notre hôte la panse suffisamment remplie pour affronter les derniers km qui nous séparent de Téhéran. Chose sympathique, notre hôte et son ami nous ont escorté à vélo jusqu'à la route principale.

Mes amis suisses sur la route  

Mes camarades ont imposé un rythme assez rapide, ce qui fait que l'on est arrivé très rapidement sur l'agglomération de Téhéran qui est gigantesques. Nous avons d'abord traversé très difficilement une première ville, Karaj, avec un trafic routier plus que dense, un air irrespirable et une manière de conduite très iranienne. A Karaj ou à Téhéran, il y a tout ce qui m'énerve quand je suis à vélo à Paris, mais en 100 fois pire. Il faut être extrêmement vigilant et concentré, le danger peut venir des quatre points cardinaux sans jamais prévenir... Mais j'écrirai un paragraphe plus étoffé sur ce sujet ultérieurement.

On s'approche de l'agglomération de Téhéran  

J'ai quitté mes amis sur la route de Téhéran pour faire une halte chez mon amie de Tabriz, Masi, qui a passé quelques jours à Teheran avec deux de ses amies. Après une bonne douche, elles m'ont emmené visiter le centre ville et plus particulièrement le grand Bazaar de Téhéran. Le temps de rentrer de cette première visite de la ville il aurait été trop tard pour remonter sur mon vélo pour dormir chez mon hôte à Téhéran (il aurait juste fallu prendre l'autoroute urbaine de nuit) j'ai donc dormi chez elle pour rejoindre mon hôte Mohammad le lendemain matin.

Un regard sur Téhéran  

Jeudi 26 avril :

Réveil à 7h ce matin pour prendre le petit déjeuner avec Masi et arriver avant 9h chez Mohammad. C'est la même ville mais 20 km séparent les deux appartements, et c'est le même coin de la ville ! Ce furent 20 km d'autoroute urbaine et de sprint. Je les ai avalés en 40 minutes, nouveau record.

Après avoir salué la famille de Mohammad comme il se devait, j'ai dégusté un deuxième petit déjeuner avec encore plus d'appétit que pour le premier et nous sommes partis ensemble pour un centre de l'armée pour faire rallonger la date de départ sur mon visa. C'est plus compliqué que prévu. Il va falloir le récupérer dimanche, sachant que je vais aussi en avoir besoin pour demander mon visa pour le Turkménistan et également pour aller visiter les villes du sud qui me tendent les bras ! Enfin je ne vais pas embêter mes lecteurs avec de bas problèmes administratifs et organisationnels, mais il semble que l'administration iranienne n'a rien à envier la bureaucratie française. Ils sont antipathiques à souhait, exigent un nombre incalculable de paperasses et on ne sait jamais à qui s'adresser.

Malgré la tête envahie d'un casse tête organisationnel pour les prochains jours, j'ai suivi Mohammad pour visiter un très joli parc du nord de la ville offrant une vue superbe sur les montagnes bordant le nord de l'agglomération.

Les embouteillages étouffants de Téhéran se marient plutôt bien avec le gigantisme de ses montagnes 
Mohammad et moi-même  

Après le parc et le pont suspendu au dessus des embouteillages qui offrait un merveilleux cocktail d'hydrocarbures à respirer sans modération, nous avons passé un bon moment dans un musée de l'armée et sommes tombés dans l'arrière boutique du musée à ciel ouvert. C'était une sorte de cimetière de tanks en tout genre, un merveilleux terrain de jeu pour le grand enfant que je suis. J'ai escaladé les carcasse, tourné des manivelles dans le vide, appuyé sur la gâchette des mitrailleuses en simulant le bruit des rafales de balles, attrapé 5 fois le tétanos en m'écorchant sur des morceaux de tôles rouillés et admiré les éclats d'obus en m'imaginant les derniers instants de ces engins de mort.

Le musée de la sainte armée de la République islamique d'Iran  
On s'amuse comme on peut 
Encore un tank... Garé dans la rue cette fois 
A droite un monument aux soldats inconnus morts pour la nation.  

Tous les deux épuisés, nous sommes ensuite rentrés chez Mohammad, et nous attendait un délicieux dîner préparé par sa mère et sa sœur.

24
avr
24
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Publié le 24 avril 2018

Nombre de km : 72

Altitude actuelle : 1200 m

Une grande surprise et une grande première aujourd'hui, mais je n'en dis pas plus, commençons par le commencement.

Après avoir pris le petit déjeuner avec Navid et avoir répondu à son interview filmée pour la montrer à la communauté de cyclistes de Gazvin, je suis monté sur mon vélo, j'ai donné un coup de pédales, puis un autre, j'ai laissé passer les chauffards et poussé un quatrième coup de pédales, non sans avoir salué les passants en guise de réponse aux aimables hurlements qui m'étaient destinés. La route était ouverte, je m'y suis engagé sans savoir où j'allais dormir ce soir.

Le début de la route 

Mon chemin était ouvert à la surprise et à la rencontre. Après 20 km de route sur un rythme assez élevé, je fais ma première pause. Je descends de mon vélo, commence à regarder ma carte, bois quelques gorgées d'eau et vois apparaître sur la route dans ma direction deux cyclo-touristes comme moi ! Pour la première fois de ma route j'ai croisé d'autres voyageurs à vélo qui allaient dans la même direction que moi. C'est un Couple suisse de la région de Zurich qui parlent suffisamment bien français pour que je laisse de côté la langue de Shakespeare. Après avoir discuté 10 minutes nous avons décidé de faire la suite de la route ensemble jusqu'à ce que nous routes se séparent. Nous avons pique-niqué ensemble à l'ombre d'un arbre, partagé nos victuailles et nos expériences. C'était très agréable de pouvoir échanger avec des voyageurs et constater qu'ils ont les mêmes ressentis sur énormément de détails du quotidien sur la route. On se sent enfin compris par quelqu'un, on peut se débarrasser de son surplus d'amour et de frustrations. On n'est plus seul avec ces émotions, elles trouvent un écho chez des étrangers que l'on ne connaissait pas le jour même, mais avec lesquels on se sent déjà si proche.

Déjeuner avec mes amis suisses 
La route à plusieurs c'est quand même plus agréable 

La route était très agréable. Quand on a des gens à qui parler pendant de longs km tout est plus rapide, plus doux, mais on se fait encore plus remarquer dans les rues.

En approche de l'étape du jour  

Mes amis n'avaient pas encore trouvé de plan pour la nuit, je leur ai donc proposé de m'accompagner chez mon hôte du jour (il venait de répondre positivement à ma demande). La plus grosse difficulté fut de trouver la maison. En réalité il nous a demandé de dormir chez l'un de ses amis en nous envoyant une adresse en lettres arabes, donc difficile pour nous simples européens à déchiffrer ! Nous avons passé près d'une heure à demander aux gens dans la rue où était ce lieu, il y avait un attroupement de gens autour de moi. Certains me parlaient en Perse, d'autres me prenaient par le bras, d'autres me faisaient des signes de la main pour indiquer la direction à suivre. Personne n'avait l'air d'accord et j'étais au milieu de ce chaos légèrement anxiogène en tentant de faire le point pour trouver la solution. Au final un aimable Iranien nous a accompagné en voiture, on n'avait qu'à le suivre à vélo. Une fois arrivés à l'adresse indiquée, dans une petite rue, nous avons été envahis de locaux pendant 20 minutes qui voulaient prendre des photos avec nous, nous proposaient de dormir chez eux ou de manger chez eux. C'est comme si pour eux recevoir un étranger à la maison est une fierté, un privilège à faire pâlir de jalousie tout le quartier.

 Des touristes ! Le quartier est en effervescence ! 

Notre hôte, Mustafa, a semblé avoir une hallucination en voyant cet attroupement devant sa porte, et ne paraissait pas apprécier ma chose. Il nous a ouvert, et avons passé la soirée avec lui et sa famille. Ils nous ont agrémenté de 2 dîners, parce qu'un seul ça aurait été un peu mesquin tout de même !

La famille de Mustafa et Cécile mon amie suisse  (en bleu)  

Demain lever tôt car il faut arriver à Téhéran et il va falloir traverser des dizaines de km de routes urbanisées, polluées et potentiellement dangereuses.

23
avr
23
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Publié le 23 avril 2018

Nombre de km : 80

Altitude actuelle : 1350 m

Après un copieux petit déjeuner en famille, des adieux et des promesses, je suis parti sur la route en regardant mes hôtes agiter leur mouchoir blanc. Ils m'ont offert au moment de mon départ un bon kilo de raisins secs de leur propre production, je pense qu'il m'en restera encore en Russie !

La route était ce matin assez pénible. Un léger vent défavorable, de la pluie, des routes en mauvais état et de la boue... Un vrai petit paradis.

Ma route du matin, rien d'inoubliable 
J'ai trouvé un petit coin de paradis pour ma première pause de la journée. De quoi faire des jaloux à Paris !  
Comme une odeur de mort par ici...  

J'ai déjeuné dans une petite ville répondant au nom de Takestan, ça pourrait être un pays d'Asie centrale.

Tandis que je roulais à Takestan à la recherche d'un restaurant pour ma pause déjeuner, je passai devant une sorte de bouis-bouis crasseux et ses occupants qui me faisaient des signes pour que je m'aventure dans leur antre. J'aime l'aventure, et je suis souvent attiré par ce qui respire le vrai, les lieux qui dégoulinent d'artifices me donnent la nausée. (ça marche aussi pour les femmes, d'ailleurs). Je pénètre dans ce lieu en leur expliquant avec des gestes universels que j'ai faim et que j'espère qu'ils ont de quoi satisfaire mon appétit de loup. Après maintes discussions, j'ai obtenu une omelette à la tomate avec du pain. Ce n'était pas le déjeuner dont je rêvais mais c'est tout ce qu'ils avaient. Au final je n'ai jamais su si ce lieu était un restaurant où autre chose. Le plus drôle c'est que tout les commerçants du coin venaient à leur tour pour me saluer et me regarder manger. J'ai eu l'espace d'un instant la sensation d'être dans la peau de Louis 14, tandis que la cour venait assister au repas du roi. Ça défilait, ça commentait, ça m'observait, ça riait, ça me serrait la main... Ça ne me dérange pas en fait, je m'y habitue, c'est amusant.

Mes copains du déjeuner. Ma cour. 

Après ce déjeuner finalement pas assez copieux j'ai repris la route avec une bonne et une mauvaise surprise. Je commence par la bonne, il ne pleuvait plus et le soleil daignait même traverser timidement des nuages de moins en moins épais. La mauvaise nouvelle... Le vent qui était pourtant annoncé pour une fois dans le bon sens pour moi s'est encore amusé à m'embêter, j'ai donc eu pour les 40 derniers km un fort vent défavorable, comme d'habitude !! Cela fait une semaine que j'ai tous les jours un mauvais vent, et le pire c'est que même quant je change de direction, il prend un malin plaisir à aussi changer d'angle pour bien me pourrir ma journée ! C'est vraiment dur psychologique, une bonne école de la vie. Demain le vent est annoncé bon pour moi. Je n'y crois plus.

Les paysages commencent à ressembler un peu à l'Afrique. 
Arrivée à Qazvin 

J'ai retrouvé mon hôte de ce soir, Navid, qui après un moment de repos et une bonne douche m'a emmené rendre visite à la famille de sa future femme, nous avons ensuite visité certains lieux historiques de cette ville qui est très importante dans l'histoire de la Perse, elle en était même la capitale il y a plusieurs siècles.

L'ancien bazar de la ville, étape importante de la route de la soie.  
Le tombeau de l'un des fils de Mahomet.

Après avoir visité le fameux tombeau de l'un des nombreux enfants du prophète, nous avons mangé une glace traditionnelle de la ville, photos :

La glace d'ici. Délicieux !  

Je suis à Téhéran dans leur jours. Un vrai repos m'y attend, à base de visites, demandes de visas, route en bus pour les villes du sud incontournables, Etc.

Vivement mercredi.

22
avr
22
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Publié le 22 avril 2018

Nombre de km : 100

Altitude actuelle : 1487 m

Après un petit déjeuner très matinal avec mes amis de Zanjan, je suis parti sur la route vers 7h30. Un minimum si je voulais affronter les plus de 100 km qui m'attendaient accompagnés d'un bien sympathique vent défavorable.

Dure journée... Même le décor n'était forcément paradisiaque  

La matinée à été moins venteuse que prévus, j'en ai donc profité pour avancer le plus possible avec ces conditions pas trop défavorables.

Mon vélo sous son meilleur profil

Je me suis arrêté dans une épicerie pour m'acheter des petites choses qu'il me manquaient pour mon pique-nique. Les hommes qui y travaillaient ont été ma rencontre du déjeuner, comme c'est la tradition ces derniers jours. Ils ont absolument tenu à m'offrir une omelette. Je n'ai pas pu refuser, je suis une personne bien éduquée. Je suis donc parti chercher ma gamelle pour y préparer les œufs sur leur gaz. Pour illustrer la scène, j'étais donc assis au milieu d'un petit supermarché d'une petite ville d'Iran, occupé à me préparer mon omelette entouré de clients qui marchaient autour de moi amusés et buvant les paroles du patron qui leur expliquait fièrement qu'un touriste français était en train de faire sa tambouille dans son magasin. Le plus compliqué, une fois l'omelette prête, fut de piloter mon vélo avec une main concentrée à conserver un équilibre précaire pour ne pas que l'omelette ne s'échappe de la gamelle. Une main sur la gamelle, l'autre sur le guidon.

Après le déjeuner, le vent a redoublé d'effort et a pris un bien malin plaisir à ralentir chacun de mes coups de pédales. J'ai pu faire une expérience intéressante : en voyant approcher un petit tunnel j'ai regardé ma vitesse avant d'y entrer, je culminais à 12 km/h en poussant fort sur les pédales, une fois dans le tunnel ma vitesse a dépassé facilement les 18 km/h en relâchant mon effort. Ça se passe de commentaires, mais je vais quand même en faire un : je déteste ce vent mais je finis par me faire une raison. C'est intéressant car en Europe, en ayant eu un tel vent défavorable, j'aurais pesté comme jamais, hurlé à l'injustice, essayé de trouver du sens à de telles difficultés inutiles, j'aurais insulté le vide et le vide n'aurait pas répondu. Je me serais senti seul au monde, à me dire que personne ne peut comprendre ma douleur, exagérer mes grimaces de souffrances au passages des voitures pour inspirer je ne sais quelle pitié ou empathie inutile. Mais ça c'était avant. Aujourd'hui plus que jamais j'ai pris le vent comme une information et j'ai accepté mon sort, il ne changera jamais de direction parce que je me plains. En revanche si ma tête tient le coup, mes jambes tiennent le coup, c'est d'une efficacité redoutable, la tête commande les jambes. Sans énergie dans la tête, pas d'énergie dans le corps, ça se vérifie à tous les coups !

Ça change des paysages désertiques d'ailleurs y a 3 jours  
L'arrivée à Abhar, on peut voir le vent sur les drapeau. C'est toujours un excellent indicateur. 

L'idée, une fois arrivé à Abhar était de contacter mon hôte Soheil pour qu'il me retrouve et m'emmène chez lui. Malheureusement, panne de crédit sur ma carte SIM iranienne. J'ai donc demandé de l'aide à quelqu'un dans la rue qui par chance parlait un peu l'anglais, suffisamment pour comprendre mon problème. Il me prête son téléphone, finit par s'impliquer et s'arrange directement avec Soheil pour fixer le lieu de rendez-vous. Pendant ce temps un autre homme s'arrête et voit que je suis un voyageur qui a besoin d'aide et me propose immédiatement de venir chez lui. Finalement je suis (du verbe suivre) le premier, il m'emmène dans son restaurant et m'offre à boire en m'expliquant que tout est organisé, mon hôte va venir me chercher en voiture. Le moment était venu pour enfin se reposer la tête.

L'homme qui m'a aidé, et moi avec ma tête de quelqu'un qui vient de rouler 100 km avec un vélo de 40 kg et un vent défavorable 

Finalement mon hôte est arrivé avec son frère et un de ses amis, tout le monde s'y est mis pour mettre mon vélo sur le toit de la voiture et on est parti direction le repos et la douche !

Soheil, son ami, moi et un épi.  

Après avoir repris des forces nous sommes partis visiter les quelques lieux à voir de la ville.

Ils aiment bien quand ça brille, pas de doute  

J'ai fini la journée avec un excellent dîner sur le tapis avec la famille de Soheil devant la chaîne France 24, ce qui m'a permis de me mettre légèrement à jour sur l'actualité en France... Grèves de la SNCF, c'est bien la France ne change pas en mon absence.

20
avr
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Publié le 20 avril 2018

Nombre de km : 70

Altitude actuelle : 1750 m

Peu de photos sur la route aujourd'hui car j'étais trop occupé à lutter contre un terrible vent face à moi.

La route ce matin 

Les choses intéressantes ont commencé pendant ma pause déjeuner. Tandis que j'étais en train de pique-niquer à l'ombre d'un arbre sur le bord de la route, un groupe de cyclistes me voit et s'arrête à mes côtés. On discute un peu et je découvre que l'un d'eux est aussi de la communauté de Warmshowers et est un ami proche de la personnes qui devait m'accueillir ce soir. Il me propose de venir chez lui, j'accepte. Il restait 35 km à faire pour arriver à Zanjan, on les a fait ensemble, c'était dur car il y avait le vent, la côte et il fallait tenir le rythme de sportifs avertis qui avaient un vélo à peu près 4 ou 5 fois plus léger que le mien et beaucoup plus aérodynamiques car sans sacoches.

Mes compagnons de route  

Ashkan, mon nouvel hôte improvisé, m'a emmené chez l'un de ses amis artistes chez qui nous avons passé tout le reste de la journée jusqu'à tard dans la soirée. Ce brave homme a eu le bon goût de me dire que la France est le cœur culturel de l'Europe.

La maison de son ami 

C'était amusant car il y avait tout le temps du passage chez lui, des amis qui allaient et venaient. Une maison très vivante et chaleureuse. Nous avons bu une bouteille de vodka pour sceller cette bonne journée.

Lecture de poèmes perses au coin du feu 

Et maintenant je suis chez Ashkan et je pense y rester aussi demain car la prochaine journée me réserve 95 km avec un vent violent, et mes jambes ne sont pas prêtes pour ça, elles me réclament un peu de repos alors je vais leur accorder, avec toute ma clémence.

19
avr
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Publié le 20 avril 2018

Nombre de km : 70

Altitude actuelle : 1240 m

(cet article est le récit de ma journée d'hier que je n'ai pas pu publier hier soir faute de connexion internet, le deuxième, celui d'aujourd'hui, arrive dans la soirée)

Je suis parti tard sur la route ce matin car Reza tenait à ce que je prenne le petit déjeuner traditionnel avec ses parents, je ne l'ai pas regretté, mais il voulait aussi faire une interview de moi qu'il a publié sur son compte Instagram. Sur cette vidéo j'ai du donner mon impression sur l'Iran, comment l'image que j'en avait a évolué par rapport à avant. Etc. Évidemment je m'adressais à un peuple fier, j'avais donc tout intérêt à leur passer la brossé à reluire, et je n'ai même pas eu besoin de mentir !

Résultat, je suis parti sur la route à 11h, soit 2h plus tard que prévu. Mais ça n'a pas été un si gros problème, mon objectif était de faire 70 km, je suis arrivé à 16h30 à mon étape de ce soir sans trop forcer.

Comme toujours, j'ai traversé de magnifiques paysages 
Encore des tunnels à traverser. L'air était irrespirable.  

La route d'aujourd'hui a été à nouveau pour moi l'occasion de voir les paysages changer. Je suis actuellement dans une zone semi-désertique impressionnante de beauté.

Je suis tombé par hasard sur ce pont du 14e siècle  
J'ai fini par enlever mon casque tellement la route était vide, et avec cette chaleur ça fait du bien 

Comme il n'y a rien à dire de particulier sur la route d'aujourd'hui à part que c'était beau, je voudrais faire parler du rapport qu'ont les iraniens avec la nature. Tout d'abord je constate après une semaine que les routes sont beaucoup plus propres qu'en Turquie, c'est bien sûr à relativiser, les routes restent tout de même sales. Mais on sent tout de même un vrai respect et un amour des iraniens pour la nature. On croise énormément de traces de feux de camp le long des rivières, on ne compte plus les familles qui pique-niquent dans les montagnes ou à l'ombre d'un arbre sur le bord de la route. C'est pour l'instant un regard assez superficiel, j'aurai certainement une vision beaucoup plus aiguisée dans un mois.

Je me suis arrêté pour passer la nuit à côté d'un restaurant d'autoroute ouvert en continu. Rapidement je suis devenu l'événement auprès des employés du restaurant. Même si ils ne parlent pas un mot d'anglais ce sont des rencontres toujours sympathiques. Je n'ai jamais un moment seul ici, il y a en permanence un des employés qui vient me tenir compagnie, m'offrir à boire... Il y en a un qui vient même de me dire qu'il veut me donner de l'argent pour la suite de mon voyage en Iran. J'ai évidemment refusé, mais il jour il faudra que j'accepte l'offre pour voir la réaction du généreux personnage.

Ils voulaient tous leur photo avec moi. Je commence à m'habituer à cette vie de star internationale.  

Sans transition, j'ai hésité à parler de ce détail, mais je vais finalement le faire, ça fait partie des côtés désagréables de l'aventure. En général il n'y a pas de douches dans les stations service. Toutes les techniques sont donc bonnes pour se laver. Ça m'est arrivé de le faire à moitié dans ma tente, à moitié dehors avec une petite éponge imbibée d'eau froide, mais ce soir ce sera la deuxième fois que je le fais dans les toilettes turques. Oui, c'est répugnant car le principe c'est de soulager sa vessie sur le sol, et de poser sa grosse commission souvent à côté du trou prévu à cet effet, mais parfois on n'a pas le choix. Heureusement il y a souvent une sorte de jet d'eau (froide évidemment, mais dans cette situation c'est le cadet de mes soucis). Je m'arrange donc pour laver le sol des toilettes tant que je peux, et ensuite y poser délicatement mes pieds nus et me laver. Le plus dur c'est de passer le cap psychologique, accepter que les pieds sont nus au contact de ce sol. Une fois qu'on l'a fait ça passe sans problème pour la suite. Au final ce n'était pas la plus agréable douche de ma vie mais je suis propre, c'est bien le principal !


Mon bivouac de cette nuit  
18
avr
18
avr
Publié le 18 avril 2018

Nombre de km : 106 (record battu)

Altitude actuelle : 1125 m

J'ai quitté Bostanabad en sachant déjà ce qui allait m'attendre, en théorie : plus de 100 km avec un premier quart en côte et le reste en descente avec un vent très favorable l'après-midi. Concernant le vent, ce n'était que de la théorie.

La route du matin 

Je l'ai senti dès les premiers coups de pédales, mes jambes n'étaient pas au top de leur forme aujourd'hui. Dur d'avancer, dur de forcer sur les jambes. Il y a des jours comme ça. Seulement aujourd'hui il va falloir faire plus de 100 km, et donc compter sur les éléments extérieurs.

La suite du matin  

La partie en côte s'est passée tant bien que mal, même si aujourd'hui il fallait redoubler de vigilance car c'est une route à deux voies, donc peu de place pour moi. Et les camions adorent clacsonner amicalement au moment où ils passent à 1 m de mes oreilles, avec une corne de brume en guise de clacson. Ça fait sursauter violemment, et le problème c'est que quand on sursaute sur un vélo, le vélo sursaute avec nous ! Et ce n'est pas le bon moment de faire un écart de trajectoire lorsqu'un poids lourd nous dépasse à pleine vitesse.

Presque l'heure du déjeuner  

Je me suis trouvé à mi-chemin un petit coin tranquille pour déjeuner et j'ai été rejoint par un brave homme qui passait par là et voulait aussi se poser pour manger. Une rencontre imprévue comme j'en ai déjà fait beaucoup mais qui sont à chaque fois différentes. Cet homme s'est assis à côté de moi, on a échangé quelques mots, quelques gestes et de la nourriture. Il m'a offert du thé et moi je lui ai offert des amandes. 30 minutes plus tard il est reparti sur son chemin. C'est une rencontre simple, banale, mais pure et authentique. Comme la plupart de mes déjeuners durant ce voyage, je ne l'oublierai jamais. Un souvenir unique ne s'oublie pas.

Mon camarade improvisé pour le déjeuner  

J'ai continué ma route, entouré de montagnes évoluant au fil des kilomètres. Cette route était assez intéressante car pendant 70 km je suis descendu de 700 m. Ce qui veut dire que je descendait de 100 m tous les 10 km. Il en résultait des paysages en constant mouvement et le fond de l'air qui se réchauffait d'heure en heure.

Des montagnes qui évoluent peu à peu 

J'avais donc la chance d'être aidé par la pente comme prévu. En revanche le vent qui était sensé être à mes côtés comme vu sur la météo ne l'entendait pas de la même oreille. Il était complètement contre moi, et plus le temps passait plus il se renforçait. Ce qui a réussi à rendre mes 30 derniers km relativement pénibles. Surtout compte tenu du fait que je ne me suis pas économisé du tout sur les deux premiers tiers en ne pensant pas avoir à affronter ce vent. Je suis quand même arrivé à Miyaneh tant bien que mal et devais attendre mon hôte quelques heures car il ne sortait du travail qu'à 21h.

Sans doute le modèle de camion le plus répandu sans ce pays.  

Je me suis donc posé dans la première pizzeria venue pour prendre un thé. Le patron était très sympathique, et s'avérait être un ami de Reza, mon hôte de ce soir ! Il m'a présenté fièrement à tous les clients et amis qui passaient dans son restaurant, j'étais l'attraction. J'ai du serrer une bonne quinzaine de mains, partagé mon Instagram avec une dizaine de personnes et refusé qu'on m'offre un 2e repas. J'ai même rencontré un homme qui parlait très bien français, il l'avait appris il y a 15 ans et était heureux de pouvoir le pratiquer.

Mon ami francophone est celui de droite.  

Alors que j'attendais Reza, un ami du patron m'attendais dans sa voiture en face du restaurant pour m'emmener faire un tour de la ville, je n'ai pas pu refuser et suis entré dans la voiture à l'improviste sans savoir où on me conduisait, mes affaires et mon portefeuille étant toujours dans le restaurant... Mais j'ai appris à faire confiance à ces gens, peut être qu'un jour ça va se retourner contre moi, mais pour l'instant je préfère appréhender les rencontres en partant du principe que les gens sont honnêtes et bienveillants. Je pense que ça m'apportera beaucoup plus que ce que je risque peut être de perdre. Je suis sur d'y gagner énormément et les chances d'y perdre sont minimes, le choix est vite fait !

Après avoir été forcé d'accepter de ne pas payer ce que j'ai consommé au restaurant, j'ai retrouvé Reza qui m'a emmené chez lui. J'ai fait la connaissance de sa mère, mais alors que je voulais lui serrer la main elle n'a pas réagit, j'ai fini par comprendre après explications de Reza que les femmes musulmanes traditionnelles ne serrent pas la main des hommes. Quand je pense que j'ai hésité à lui faire la bise !

Le dîner avec la famille de Reza 

Reza m'a ensuite emmené à la piscine dans laquelle il y avait également sauna, hammam, jacuzzi... Tout ce qu'il faut. J'étais assez fier d'arriver à trouver la force de nager une bonne demi heure malgré les 105 km dans les jambes. Vint ensuite le jacuzzi, il était tellement brûlant qu'il m'a fallu 5 minutes pour y entrer. Ensuite le sauna, un moment assez intéressant car des hommes étaient en train de se masser mutuellement, entre amis. Ça aurait créé un malaise par chez nous mais ici c'est normal, rien de déplacé ou d'ambigu. En voyant cela j'ai pensé à la fameuse citation de Jean Dujardin dans OSS 117 : "j'aime quand on m'enduit d'huile", je crois que j'ai souri tout seul.

Dans l'eau et au séchage  

Nous avons ensuite dîné avec ses parents vers minuit et j'ai enfin pu trouver le temps de vous écrire ces quelques paragraphes malgré la fatigue, je vous assure que certains soirs ça n'est pas facile !

17
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17
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Publié le 17 avril 2018

Nombre de km : 56

Altitude actuelle : 1750 m

Plusieurs grandes premières aujourd'hui : premier jour de vélo en Iran, premier péage traversé à vélo, premier bain dans une piscine iranienne, premier grand tunnel traversé à vélo, première nuit de bivouac dans un parc en centre ville.

Mais avant de parler d'aujourd'hui, chaque chose en son temps, je n'ai rien dit hier soir, il va donc falloir remonter légèrement le temps et revenir à hier.

Matinée calme et reposante, j'ai acheté avec Sina une carte SIM iranienne, grâce à laquelle je peux publier ce soir sans avoir à rechercher la Wi-Fi désespérément. L'action à vraiment commencé courant de l'après midi quand une amie de Sina, Masi de son prénom, est venue me chercher en voiture pour prendre un café puis escalader une montagne sur les hauteurs de la ville. La vue était magnifique.

Non, ça n'est pas l'océan, c'est Tabriz 
La balade en montagne avec Sina, là haut il faisait très froid.  

Comme on peut le constater sur la photo ci-dessus, Sina n'est pas très sérieuse avec son voile. Il a une fâcheuse tendance à tomber tout seul, et il a fallu que je sois là plus d'une fois pour la rappeler à l'ordre car la Police veille !

Nous avons ensuite fait quelque chose de très illégal, à savoir récupérer un breuvage chez son frère que nous appellerons "thé à la menthe". Il faut savoir que dans ce pays, l'alcool est complètement interdit, encore plus que la drogue. Mais les gens trouvent tout de même le moyen de beaucoup boire grâce au marché noir. Avec ce "thé à la menthe" particulièrement gouleyant, nous avons retrouvé deux de ses amies pour entamer un intéressant Tabriz by night !

Couchez de soleil sur Tabriz  
Au restaurant (décidément le voile, chez certaines, est très sensible aux lois de la gravité) 

Après avoir partagé le "thé à la menthe", nous avons été dans un excellent restaurant offrant une vue panoramique sur toute la ville.

Un dernier thé (un vrai cette fois) et au lit 

Ce matin, j'ai bien pris mon temps avant de partir pour éviter un mauvais vent prévu pendant la matinée. La journée s'annonçait courte en kilomètres mais difficile car de la montée pendant la quasi totalité de la journée.

J'ai subit une sortie de Tabriz mouvementée, entre les camions qui nous frôlent, le bord de la route d'une qualité très médiocre et les voitures stoppées sur la bande d'arrêt d'urgence... Sans parler des scooter qui remontent l'autoroute en sens inverse.

Après la sortie de l'agglomération de Tabriz  
Je ne sais pas si ça se voit mais le berger sur son âne dormait. 

Je me suis arrêté pour déjeuner dans un restaurant de route qui a ouvert spécialement pour moi, j'étais le seul client. L'un des employés, tellement amusé par mon vélo a tenu à faire un tour avec, il a roulé entre les tables et est même entré dans la cuisine sous l'hilarité générale.


Il a même tenu à mettre mon casque pour rigoler, un vrai boute en train celui là ! On a rit... mais rit ! 
190000 rials le repas... Moins de 3€ 

La panse bien pleine, je suis remonté sur mon vélo prêt à attaquer la côte finale, et dépasser les 2000 m. C'est passé comme dans du beurre !

Ça va monter 
Un tunnel à traverser au sommet de la côte  

J'ai donc traversé un long tunnel avec mon vélo, une expérience amusante car quand il n'y a pas de voitures l'écho est très impressionnant, j'ai chanté du Johnny Hallyday, ça rendait pas mal.

Une fois arrivé à Bostanabad, j'ai suivi les conseils de mes amis à Tabriz et ai cherché un coin douillet pour installer mon QG pour la nuit. J'ai été assez vite pris d'assaut par des jeunes curieux qui s'intéressaient à moi et voulaient m'aider. Je leur ai dit que je voulais prendre une douche, ni une ni deux, ils ont appelé un de leurs amis qui m'a emmené à une sorte de Spa piscine naturelle. Pour être honnête, l'eau était marron, mais apparemment c'est une eau qui vient directement du sous sol, et elle est très bonne pour le corps selon les locaux. C'est la première fois que j'entrais dans une piscine avec exclusivement des hommes (évidemment ici les hommes et les femmes sont séparés). L'eau était chaude et très agréable, et en fait le goût de la terre est beaucoup plus supportable que le goût du chlore !

La piscine vue de loin  

A nouveau propre, j'ai pu préparer mon bivouac, sous les yeux des jeunes du parc qui ont tenu à faire des photos avec moi. Je ne me lasse pas de la vie de star internationale.

J'ai passé quelques dizaines de minutes avec ces jeunes 

Avant de rentrer définitivement dans ma tente j'ai passé un peu de temps avec ces jeunes qui ont été très sympathiques avec moi, m'ont posé plein de questions. Ils ont par exemple eu des étoiles dans les yeux en apprenant que le salaire minimum mensuel en France est d'un peu plus de 1000 €. Ça semblait pour eux une somme mirobolante, inaccessible, inconcevable... On sent que tous ces jeunes rejettent le pouvoir en place et rêveraient de vivre dans un pays occidental, un pays libre. Ils se sentent bloqués ici sans espoir. C'est passionnant de voir leurs réactions lorsque l'ont parle de notre pays. Ils m'ont aussi demandé si ça pouvait arriver de voir des couples s'embrasser dans la rue en public. Ma réponse les a bluffés. Ici il est interdit de montrer des signes d'attention impudiques, même envers sa femme. C'est là où l'on comprend comme il peut être difficile pour des personnes de cette culture de s'adapter à la vie occidentale. Un jeune doit être solide dans sa tête pour supporter cette opulence, cette abondance de tout, ses yeux sont en permanence sollicité par des biens de consommation, des femmes en mini-jupes et cheveux au vent, des couples qui s'embrassent... Difficile pour un jeune fraîchement débarqué d'Iran de ne pas devenir fou, en plus d'être déraciné !

Voilà, au moment où j'écris ces lignes, je suis dans ma tente et je m'apprête à passer une nuit très fraîche, proche des 0 degrés. Je ne vois rien de ce qu'il y a autour mais j'entends tellement de choses, trop pour mon imagination. Des sirènes de polices, des branches qui craquent autour de la tente, des jeunes qui crient, des voix étouffées dans l'ombre, des chats qui se battent, des crissements de pneus... Il va falloir trouver le sommeil maintenant !

15
avr
15
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Publié le 15 avril 2018

Altitude actuelle : 1550 m

Me voilà à Tabriz depuis 2 jours. Depuis vendredi soir je profite allègrement de l'accueil qui m'est réservé et je prévois de repartir sur la route mardi matin direction Téhéran.

Mais je me dois de retourner où je vous ai laissés, vendredi à quelques kilomètres de la frontière turco-iranienne.

Mon vélo dans le minibus 
Au revoir Turquie  

Ce poste de frontière était absolument chaotique, on ne sait pas où aller, on attend 2h sans savoir pourquoi, bloqué dans un décor post-apocalyptique constitué de tôles ondulées en guise de murs, de la boue partout, des marchands de thé qui on su profiter du désordre ambiant, des enfants errants... Une ambiance qui pourrait en décourager plus d'un d'entrer en Iran ! Mais à vrai dire, j'ai eu la chance d'avoir un traitement de faveur de la part des militaires, je ne sais pas si c'est le passeport français (ils n'avaient visiblement pas l'habitude d'en voir), ou le vélo, mais le fait est que j'ai dépassé tout le monde pour tamponner mon visa et que j'ai eu droit à une visite médicale assez superficielle. Je suis, en quelques dizaines de minutes devenu la star de la frontière. Quand les gens attendent, ils s'ennuient et parlent. Et les nouvelles vont vite. J'étais rapidement entouré de quelques curieux qui voulaient voir en personne le français à vélo. Le seul qui parlait anglais me posait les questions et traduisait à l'assemblée, pendant ce temps je devais garder l'œil ouvert sur les gamins aux pieds nus qui lorgnaient sur mon vélo, mais je ne sentais en fait aucune menace, que de la bienveillance, des sourires et des serrages de mains. Une fois retourné dans le minibus, les 3 autres passagers, ayant mieux compris mon histoire, se sont pris d'affection pour moi. Pour être plus clair, une dame m'a donné des sandwichs et des fruits secs, elle m'a acheté de l'eau et un thé. Une autre dame et son mari m'ont donné des gâteaux, offert aussi un thé et une autre bouteille d'eau. Ils ont ensuite tout fait pour m'aider à contacter mon ami à Tabriz, l'ont appelé pour moi et ont fixé le rendez vous... Tout était organisé, ne n'avais plus qu'à attendre d'arriver et retrouver au chevet du bus mon ami Sina.

La route côté Iran 
 Première soirée déjà dans le vif du sujet avec des amis de Sina. 

Pour la première journée, j'ai passé tout mon temps avec Sina et deux de ses amis, à qui j'ai donné des cours particuliers de français une bonne partie de la journée. Le fait est qu'ils commencent à apprendre le français car ils caressent le rêve de partir vivre au Québec.

Sina dans son salon, tout en simplicité 
Un défilé de Peugeot 405 !  

Oui, j'ouvre une parenthèse, j'ai été amusé de constater que la moitié des voitures sont des Peugeot 405, et sans doute les deux tiers sont des Peugeot. C'est tout ce que j'avais à dire, je referme la parenthèse.

Nous avons rendu visite à un de ses amis artisans  
Déjeuner ensuite dans un lieu difficile à décrire mais très agréable ! Le truc qui ressemble à du papier bulle c'est du pain.  

Après ma premier journée à Tabriz, j'ai appris une chose intéressante. Dans cette région, ils ne parlent pas le Persan entre eux. La langue locale est une langue turque assez proche de l'azéri, ce qui pour moi est un gros avantage car je peux me débrouiller avec les quelques bases de turc que j'ai été forcé d'apprendre pendant ce dernier mois.

Aujourd'hui a été une journée utile et agréable, Sina m'a emmené à vélo dans le centre pour faire un peu le touriste, et en profiter pour réparer mon dérailleur et changer des euros en Rials iraniens.

Concernant le vélo, on est tombé sur un réparateur qui a passé 45 minutes dessus et ne m'a pas demandé un centime au moment de régler. C'était gratuit, tout simplement. Je crois que je vais finir par trouver ça normal, le retour à Paris va être douloureux.

Au sujet de l'argent local, j'ai réussi, grâce à l'aide précieuse de Sina, de changer 100€ contre 6.200.000 Rials. Et oui c'est assez impressionnant de voir des billets de 500.000 dans sa poche ! J'ai eu aussi la chance de profiter d'une forte inflation du Rials ces derniers jours. Le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Avec la satisfaction du devoir bien fait nous avons été rejoint par une de ses amies et avons admiré les charmes de la ville.

Déjeuner traditionnel Iranien  
Tabriz  
Professeur émérite à l'université d'architecture qui était ravi de pouvoir pratiquer son français avec moi.  

Demain sera ma dernière journée à Tabriz.

13
avr
13
avr
Publié le 13 avril 2018

Et me voilà dans le minibus qui va m'emmener à Tabriz. Je devrais quitter la Turquie dans les prochaines heures, c'est le moment de prendre un peu de recul sur ce mois passé ici et sur ce pays. Ça fait bizarre maintenant de quitter ce territoire, j'y ai accumulé tellement de souvenir, rencontré tellement de personnes, vu tellement de villes, de paysages. C'est comme si je quittais ce pays après des années d'immersion. Et je suis triste. Je suis à la fois nostalgique, mais en même temps heureux de tout ce que j'ai fait. La Turquie est une grande dame, et elle gardera toujours une place particulière dans mon cœur. Mais qui sont ces gens qui l'habitent ? Et qui est elle ?

A écouter pendant la lecture.  

Je suis turc. Je suis ouvert, généreux à l'extrême, sensible, transparent avec mes proches, je ne cache rien, tout ce qui est à moi est à toi et tout ce qui est à toi est à moi. Avec mes amis, je forme un tout, un ensemble, je ne suis pas moi, je suis nous. Si jamais l'un de mes proches a besoin de moi, je traversera tout le pays a pied s'il le faut et je pourrai tuer pour lui, sans aucune hésitation. Son honneur est le mien. Si tu es étranger, je t'accueillerai comme un prince, et si jamais la beauté de ton cœur a touché le mien, je t'accueillerai comme mon frère, et tu le restera pour toujours. Ma valeur n'est pas l'argent, ma valeur c'est toi. Ma valeur c'est l'humain, l'autre. Je ne suis jamais seul, c'est impossible. Il y a toujours mes amis, mes frères à mes côtés. Parfois, j'aimerais avoir un peu de temps pour moi, mais il y a toujours un des miens qui s'invite chez moi, juste pour passer le temps ensemble, sans véritable raison, parce qu'on est simplement bien quand on est ensemble, on n'a pas besoin de parler et les longs silences, si effrayants pour vous les occidentaux, ne nous perturbent pas, bien au contraire. Heureux ceux qui s'aiment assez pour savoir se taire ensemble.

Mais je suis très sensible, et parfois un peu trop. Il m'arrive d'oublier ma raison et de prendre du plaisir dans la violence. Je suis issu d'un peuple de guerriers et j'en suis fier, et figure toi que ce n'est peut être pas fini. Si je dois hôter la vie d'un innocent pour la grandeur de mon pays, je pense que le ferai. Si je dois mourir pour défendre mon pays, je le ferai mille fois. Ma mère c'est la Turquie et mon père c'est Mustafa Kemal. Ce grand homme visionnaire a reconstruit mon pays, il lui a permis de se redresser face aux puissances occidentales modernes. Ma mère se tient debout grâce à ce héros et je lui dois tout. Mais que pense maman de tout cela ?

Moi, la Turquie, je n'ai peur de rien ni de personnes. Je suis une nation soudée grâce à Atatürk, j'avance avec confiance vers l'avenir, je suis jeune, je n'ai pas peur de l'avenir comme mes voisins européens. Je n'ai rien à perdre, tout à gagner. Mes enfants sont si généreux, ils meurent pour moi, et pourtant ils viennent de tous les horizons, ils sont turcs, tatares, macédoniens, serbes, albanais, grecs, géorgiens, arméniens, azeris, kurdes... Ils sont de partout. Je suis un carrefour entre l'orient et l'occident, je suis multi-ethnique, et pourtant je suis un peuple et une nation, même si certains de mes enfants ne l'entendent pas de cette oreille. Je n'hésite pas à me battre à mort au sein même de ma maison pour rétablir l'ordre et l'unité.

Je suis si belle ! Ma beauté naturelle est infinie, mais parfois je me maquille un peu trop et me donne au promoteur immobilier le plus offrant. Je me détruis et me souillé pour de mauvaises raisons. Alors que quand je suis naturelle, sans fard, je suis magnifique, d'une immensité vertigineuse. Le temps n'a pas d'effet négatifs sur moi, au contraire, il me rend plus sûre de ma beauté, plus sage, il m'apprend à me respecter moi même. Je suis la Turquie.

C'était la Turquie. Et maintenant la frontière avec l'Iran s'approche dangereusement, je dois donc terminer rapidement ce monologue car je risque de ne plus pouvoir le publier après la frontière, plus de connexion internet.

Rendez-vous demain pour le premier récit iranien.

12
avr
12
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Publié le 12 avril 2018

Altitude actuelle : 1760 m

C'est bien confortablement installé à Van (enfin), que je vais vous conter cette journée d'hier et d'aujourd'hui, et surtout clore le récit turc. Même si je n'ai pas encore le recul nécessaire, un premier bilan à chaud reste intéressant.

Hier matin, l'objectif était clair. Il fallait arriver à Van dans la journée même si il y a 130 km à parcourir à travers les montagnes. Je ne devais pas prendre le risque de dormir à mi-chemin dans des montagnes infestées de loups. Il fallait donc faire de l'auto stop, unique solution.

J'ai pris le thé avec ce brave homme de 96 ans pour le petit déjeuner.  

Après un petit déjeuner bien copieux pour affronter la journée qui s'annonçait difficile, je commence ma tentative d'auto-stop directement à la station. Après 1h30 de tentatives infructueuses, il était temps de prendre une décision. Soit je continuais dans l'espoir de trouver un véhicule, mais sans savoir quand ou si j'en trouverai un, ou bien j'avance et on verra bien sur la route. La première solution est la plus usante psychologiquement car on est dans l'attente, le fait d'être dans l'action rend la chose plus facile à accepter, on avance, on ne perd pas de temps et on maîtrise son destin. J'ai donc décidé d'avancer.

Seule photo de la route aujourd'hui 

J'ai avancé mais il m'est vite apparu clairement que mes jambes n'étaient pas d'accord avec cette décision. Elles avaient tellement donné la veille que ce jour était le jour de trop. Rien dans les jambes alors que j'avais l'organisme bourré de sucres lents et rapides. Chaque coup de pédale était un effort considérable. C'était comme si mes mollets me disaient : "écoute mon ami, depuis le début de ton aventure on s'est renforcés, on a gagné considérablement en puissance et en endurance, mais hier tu nous en a beaucoup demandé. Tout ce qu'on demande c'est un peu de repos aujourd'hui pour récupérer. On ne va pas y arriver, on fait grève". Après négociation avec mes jambes CGTistes, j'ai donc commencé à espérer trouver le véhicule qui me sortira de cette impasse. Mes yeux étaient rivés sur le rétro-viseur. J'ai même prié. La réponse divine est arrivé quelques minutes plus tard, ce fut une camionnette occupée par deux sympathique jeunes. Coup de chance ils allaient jusqu'à une ville située à 35 km de Van.

Mes envoyés de dieu 

Après qu'ils m'ont déposé à leur destination j'ai rassemblé toutes les forces que je pouvais et suis reparti sur la route. J'ai profité de ce que le chemin longe le lac Van pour pique-niquer sur une plage déserte. Ce lac est à peu près grand comme le Luxembourg et est perché à 1700 m du niveau de la mer, ça donne un spectacle intéressant.

Le lac Van et moi 

J'ai retrouvé mes hôtes quelques temps plus tard, qui partageaient un appartement à 15 km de Van. La fin de la journée était faite de calme, repos et confort. Ça fait du bien parfois.

Le diner 

Leur niveau d'anglais étant assez faible, les conversations n'étaient pas de haute volée mais on se servait généreusement de Google translate, ça passait.

La journée d'aujourd'hui était d'un rare ennui... Au moins je me suis reposé la tête et les jambes. Pour faire simple mon hôte devait partir dans la matinée et revenir vers 15h pour m'emmener en voiture à Van, l'occasion pour moi de visiter un peu la ville et surtout vérifier les bus ou trains pour Tabriz et vérifier les horaires, acheter les billets... Au lieu de cela je l'ai attendu toute la journée et il est arrivé vers 21h. On s'était juste mal compris, et j'étais bloqué dans l'appartement à l'attendre désespérément. J'ai rarement trouvé le temps aussi long.

Le but de ma journée de demain sera donc d'acheter les billets qu'il faut, passer la frontière sans encombres et arriver à Tabriz. L'avantage d'arriver directement dans cette ville est que ça me permettra de réparer mon vélo, de m'acheter une carte Sim iranienne et entrer en douceur dans ce nouveau pays. Encore faut il y arriver.

Une petite précision avant de clore cet article. J'ai écrit ce matin un article de haute volée pendant 2h (j'avais le temps), en particulier sur mon sentiment sur la Turquie, mais rien ne s'est enregistré, j'ai tout perdu. Je me suis dont contenté, blasé, de réécrire factuellement, sans supplément d'âme, le récit de mes deux dernières journées.

Mon bilan à chaud sur la Turquie se fera donc demain.

10
avr
10
avr
Publié le 10 avril 2018

Nombre de km : 90

Altitude actuelle : 1755 m

J'ai quitté Mus la larmes à l'œil après un excellent petit déjeuner organisé par mes amis de Mus. Ce genre d'adieux quotidiens, je l'ai accepté. Mais chaque journée est un tel enchaînement de rencontres et de surprises que je paye volontiers le prix de ce sacrifice. Même si je ressens à chaque adieu comme une partie de moi qui disparaît avec ces au revoir. Je dois faire ce deuil tous les jours. Il faut faire avec.

Le petit déjeuner d'adieu 

L'objectif de ma journée était de me rapprocher le plus possible de Mus, et de pédaler le plus vite possible le matin pour éviter le vent contraire qui, selon la météo, risquait de me rendre fou.

J'ai donc tenu une moyenne très solide et j'ai fait ma première pause vers 11h, après avoir avalé 45 km. C'est un brave homme qui s'ennuyait seul à sa station service qui a forcé ma pause, il m'a offert deux thés, on a apprécié le moment et je suis reparti sur ma route.

Image assez commune dans la région  

Et j'ai bien fait de tout donner au début de la matinée car vers 11h la pluie a commencé à tomber, le vent s'est mis à me souffler ses pires insultes au visage, je les lui ai rendues au centuple, et pour couronner le tout, la route a décidé de ne plus s'arrêter de monter ! Et pas un seul restaurant à l'horizon, juste le ciel qui grisoie, le vent qui siffloie, et les montagnes qui blanchoient. J'ai donc continué à rouler dans ces conditions difficiles mais pas encore insupportable pendant 2h. Ces 2h étaient tout de même ponctuées de quelques mirages, des commerces qui de loin avaient la forme d'un restaurant, de véritables oasis d'un bonheur avorté au moment où mes yeux voyaient la vérité en face. A ce moment là, les jambes s'étaient déjà préparées à s'arrêter, les glandes salivaires commençaient à se mettre en action et l'estomac se creusait un peu plus. Mais il faut repartir, expliquer aux cuisses qu'on est désolé, qu'il va falloir repartir à plein régime et que pour les consoler on va leur offrir quelques gorgées d'eau et 2 abricots secs. Ça fait tenir une demi-heure de plus, mais la supercherie ne peut pas marcher éternellement. Il faut une pause ! Et pas question de s'arrêter pour manger sous la pluie devant un troupeau de montons et un brave berger qui fait des bruits bizarres que seul ses bêtes comprennent.

Ça se verdie, la région est beaucoup plus fraîche et humide  

J'ai finalement pu trouver un lieu ou déjeuner et me reposer après 76 km. J'ai bien puisé dans les réserves sur ce coup là.

Je suis ensuite reparti pour Tatvan, où je suis tombé sur un barrage de la route par les militaires, je leur ai demandé le passage, il me l'ont accordé. J'étais donc pendant 10 minutes absolument seul sur l'autoroute, sensation amusante.

Le lac Van 

Il y a vraiment beaucoup de ces barrages militaires dans la région, ça donne la terrible impression d'être dans un pays en guerre ouverte. Ça qui est un peu le cas.

Et pour finir, je suis arrivé dans une station service où j'ai été extrêmement bien accueilli, presque comme un invité de marque. Les employés étaient tous des Kurdes qui habitaient les villages du coin. L'un d'eux est même parti chez lui et est revenu avec un plat spécialement pour moi. Pour faire simple je n'avais qu'à m'asseoir sur le canapé des employés et attendre que l'on me donne à manger, qu'on me serve du thé etc.

Les copains de la station 

Après avoir profité jusqu'à la déraison de leur généreux accueil, j'ai passé quelques heures avec eux. On a eu des discussions intéressantes sur la religion et d'autres sujets variés, chacun son tour me posait des questions sur Google translate, parfois en même temps, j'étais donc obligé de répondre à 2 ou 3 questions en même temps sur des thèmes complètement différents.

Juste derrière la station service. Les employés connaissaient apparemment le berger. Tout le monde se connaît en fait.  

Et après ces enrichissants échanges culturels je suis couché dans la pièce qu'ils m'ont invité à occuper pour la nuit : la salle de prière. Ils m'ont dit qu'il y a un risque que des gens viennent pour la prière de 5h du matin, ça ne m'a pas forcément mis à l'aise mais on verra ! Ils ont bien précisé "belki" (peut être, en turc).

Sur ce, bonne nuit !

9
avr
9
avr
Publié le 9 avril 2018

Nombre de km : 109

Altitude actuelle : 1350 m

Première partie de journée très compliquée ! Ma manette de dérailleur était endommagée donc impossible de passer les petites vitesses pour les côtes, de très gros cols à franchir pendant 50 km, le vent était encore largement défavorable, mes jambes avaient du mal à répondre. Bref, j'ai entamé la journée avec l'espoir assumé de pouvoir trouver un semi-remorque qui m'aidera à franchir ces cols. Toutes les conditions étant loin d'être optimales.

Difficile de se frayer un chemin entre les vaches et les moutons.  
Ce brave homme m'a fait gagner 10 km 

Un homme m'avance de 10 km c'est toujours ça, mais la suite fut douloureuse, pas une voiture à l'horizon. Il fallait tout de même que j'arrive à destination, je ne pouvais pas que compter sur les autres. Il fallait faire un choix, j'ai donc décidé d'avancer tant bien que mal, mais avec le vent de face qui me ralentissait considérablement, mes vitesses cassées et les montées, je dépassais difficilement les 6 ou 7 km/h. Autant marcher ! J'avance tout de même et finis péniblement par trouver un véhicule qui s'arrête avec un chauffeur assez singulier... Voir photo :

Tout est possible dans ce pays  

Et oui, cet homme était en train d'apprendre à son jeune fils à conduire un semi-remorque sur l'autoroute Turque, la voiture était en warnings à 30 km/h. Très gentils ils m'ont avancé de 15 nouveaux km et surtout m'ont arrêté chez un garagiste qui m'a temporairement réparé mon dérailleurs... En attendant de le faire vraiment par des mains experts car il n'est pas encore à 100%. Ça m'a tout de même permis de repartir et de crever la roue arrière en pleine ville. J'avais 4 enfants autour de moi pendant que je remplaçais ma chambre à air. J'ai remarqué que dans ce pays, les gens aiment bien me regarder faire mes trucs (ranger mes affaires, plier ma tente, manger, réparer mon vélo...). Une fois réparé et après avoir pesté jusqu'à épuisement de mon stock d'injures et de gros mots (pourtant la langue française en est particulièrement riche), je suis reparti sur la route, et j'ai fini par trouver un pick-up pour me délivrer des derniers 200 m à escalader. Il m'a emmené jusqu'à Mus et voulais même m'emmener à Van, qui est la suite de ma route, mais j'ai refusé la solution de facilité. Je m'arrête ici, un hôte m'attend.

Arrivée à Mus  

Il faut savoir que Mus est considérée dans les classements nationaux comme la pire ville de Turquie. C'est vrai que c'est plus pauvre que ce que j'ai ou voir mais je les trouve un peu durs !

Autre détails, je suis entré depuis un moment en terre à majorité Kurde. Par exemple mon hôte et ses amis sont kurdes. Pas exactement de la même ethnies, ils ne parlent pas le même dialecte mais se sentent liés par ce lien culturel, historique et malgré tout linguistique. On a eu des discussions assez intéressantes sur les origines du peuple kurde, leur culture etc. Par ailleurs, on sent que le pays est en état d'urgence. Les routes sont envahies de ces barrages militaires avec contrôles. Les bases de gendarmes ressemblent plus à des fortifications en temps de guerre, et les véhicules blindés sont légions sur les routes. Au début ça fait bizarre mais on s'y habitue vite.

Le dîner avec mes hôtes  
La vue depuis ma chambre 
Nous avons visité un pont historique du 12e siècle  

Soirée très agréable durant laquelle nous avons bu du vin en vivant la situation telle un moment extrêmement transgressif ! Plus on va à l'est plus l'alcool est rare et mal vu.

Je tombe de sommeil... Bonne nuit.

8
avr
8
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Publié le 8 avril 2018

Nombre de km : 72

Altitude actuelle : 1113 m

J'ai entamé la journée avec un excellent petit déjeuner partagé avec mes amis de la station service, avant de faire des adieux déchirants mais qui font désormais partie de mon quotidien. C'est le jeu.

C'est ce qu'on appelle un petit déjeuner complet 
Adieu les amis  

Après ce petit déjeuner bien copieux, j'étais prêt à affronter les difficultés de la journées, à savoir des montagnes à escalader et un vent défavorable. Rien de bien réjouissant, mais ça ne peut pas être tous les jours la fête. Et ces moments désagréables nous font prendre plus de recul et apprécier d'autant plus les instants de repos et de tranquillité. On s'habitue à tout. Il faut parfois de bonnes piqûres de rappel pour savoir se délecter des bons moments.

La route, les montagnes, les côtes, les moutons...  

La région devient de plus en plus pauvre. Ici on croise très régulièrement des troupeaux, des vaches qui broutent sur le bord de la route, des bergers qui vous hurlent des amabilités que vous ne comprenez pas, des enfants qui jouent à chat avec des vaches dans leur jardin (je n'invente rien), des chiens morts sur le bord de la route, des fourmis tellement grosses qu'on peut voir leurs yeux... Ce pays devient de plus en plus amical et de plus en plus hostile à la fois.

Un exemple concret. Tandis que je grimpais les côtes tant redoutées, l'idée de me faire aider par un de ces engins à moteur commençait à me traverser l'esprit. Au bout de 20 minutes je vois passer à côté une voiture avec une remorque. Je tente le coup de pouce au dernier moment. Ça marche, la voiture s'arrête. Je suis aux anges. Une fois dans la voiture, je me suis retrouvé avec une famille qui semblait assez pauvre, le papa, la maman, et les 3 petits garçons derrière qui avaient entre 4 et 8 ans. On échange quelques informations superficielles à l'aide de Google translate, je parle du voyage etc. Au bout d'un moment, la traduction de la phrase de la maman était incompréhensible mais il y avait le mot argent dedans. Ça commençais à sentir mauvais. Quand ils prononcent le mot "para" (argent), il y a des chances que leurs intentions ne soient pas qu'altruistes et désintéressées. Un peu mal à l'aise et ne sachant rien quoi répondre, je concentre mon regard sur les enfants et remarque avec effroi qu'ils avaient tous les trois un couteau à la main et ils le manipulaient comme un jouet. (et je ne parle pas d'un couteau de table, c'étaient des vrais couteaux bien tranchants). Je ne me désarme pas et garde mon sourire qui devait commencer à sonner faux. C'est alors que la femme me demande de lui donner de la crème solaire car elle avait vu que j'en avait déposé sur mon visage. Je lui en donne dans la main et elle me réclame la bouteille entière. Je ne pense pas avoir été égoïste en refusant, je suis toute la journée au soleil, si je n'en mets pas je brûle purement et simplement ! La voiture me dépose 10 km plus loin, et au moment de se dire au revoir l'homme me fait comprendre qu'il veut de l'argent pour la course. Moi très étonné et déçu je fouille dans mon portefeuille et lui donne avec un regard glacial 7 livres turques. Il fait sa fine bouche et commence à négocier "c'est pas assez, je t'ai fait monter la côte...", je bluffe, lui dis que je n'ai pas plus, lui tend son argent, il les refuse froidement remonte dans sa voiture et démarre. J'ai eu à ce moment là un cas de conscience. Comment aurais-je du agir ? Manifestement ils étaient assez pauvre, mais cette manière de faire m'a déçu, et je n'avais que cet argent ou un gros billet de 50 livres turques. Je ne pouvais tout de même pas lui donner tant pour m'avoir avancé de 10 km. En tenant compte du standard de vie ici c'est comme si je lui donnais 30 ou 40 euros. En somme je ne crois pas avoir mal agi, même si c'est vrai que cet argent est beaucoup pour eux alors que pour moi c'est relativement peu. Je ne suis pas encore sorti de ce cas de conscience.

Ma vue pendant mon déjeuner  

Je me suis trouvé pour la nuit une sympathique station service, étant arrivé tôt, j'en ai profité pour réparer les petites choses sur mon vélo que je remettais toujours au lendemain. Dîner dans un restaurant voisin, où je suis tombé sur un serveur qui parlait allemand, il y avait passé 2 ans à Hambourg. Ça m'a facilité la tâche, mon allemand était encore supérieur à mon turc, ça a bien fonctionné. Cet homme est même venu s'asseoir à ma table, la langue allemande avait du lui manquer... Mais il s'est vite rendu compte que mon niveau ne permettait pas des discussions très profondes... Il est resté deux minutes par politesse, puis est reparti, feignant une sollicitation fantôme.

Ma chambre pour ce soir 

Demain soir je vais essayer d'arriver à Mus. Pas certain d'y arriver. À suivre...

7
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7
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Publié le 7 avril 2018

Nombre de km : 78

Altitude actuelle : 1050 m

Bouleversant ! Je n'ai plus les mots devant ces avalanches de grâces que ce voyage est en train de m'apporter chaque jour que Dieu a la bonté de me donner à vivre. Non seulement les gens sont de plus en plus gentils, mais ça s'accumule sans fin. Tous les jours un peu plus. Et je finis par m'apercevoir que ce qui m'arrive n'est pas un coup de chance mais une normalité ici. On accueille l'étranger comme on accueillerait son frère.

Petit déjeuner avec Hasan, avant de repartir sur la route.  
Petite photo d'adieu, merci Hakan !  
La route du matin.  

Je me suis arrêté pour déjeuner dans un restaurant de route dans lequel j'ai été accueilli comme une star de cinéma. Les serveurs, après m'avoir posé des questions sur mon vélo et mon voyage ont ébruité ma présence parmi les clients, les gens se levaient pour voir le héros à sa table, voir ce qu'il mange, si il est bien réel. Le patron et cuisinier est venu même s'asseoir à ma table pour déjeuner en ma présence. C'est amusant, je ne m'en lasse pas, c'est toujours touchant.

La petite famille qui tient le restaurant  
Le moment des adieux 

Sur la route des gens toujours plus que jamais amicaux. Maintenant c'est une personne que je croise sur deux qui me salue, me dit un mot d'encouragement ou juste un geste de tête accompagné d'un sourire. Aujourd'hui c'était le samedi, il y avait des enfants partout dans les villages, ils cherchaient tous à entrer en communication avec moi, mais moi je ne peux pas perdre ma moyenne... Je continuait donc ma route en leur accordant un salut de la main, ça leur suffisait.

Les paysages reverdissent 

Après 78 km dévorés sans grande difficulté, excepté certaines côtes, je tombe sur une station service plutôt bien placée. Je tente le coup. Au début le fils du patron de la station me propose de dormir dans la salle de prière en me confirmant que personne ne vient jamais prier. Ce ne me mettait pas vraiment à l'aise mais j'ai accepté. On m'a déplacé plus tard dans leur salle de pause, avec un vrai lit, je ne me suis pas fait prier.

La vue depuis ma chambre  
Ils m'ont offert un délicieux dîner que nous avons partagé à trois. Préparé pas la grand mère.  

Soirée très agréable avec ces gens, on a eu de longues discussions sur la religion, l'islam, le catholicisme.

Je disais au début de cet article que j'étais bouleversé. C'est le mot. Je commence à reprendre foi en l'homme, je vois de mes propres yeux que des millions d'hommes ne sont pas encore trop pervertis par la société de consommation et l'individualisme moderne. Ils ont des valeurs supérieures à leurs yeux aux valeurs de l'argent : l'humain, l'amour du prochain, Dieu, le respect, le partage, la solidarité, la sincérité, le don de soi... De belles personnes, au regard honnête, transparent et au sourire bienveillant.

Chaque jour ici est plus beau et rend mon âme plus belle, pourvu que ça dure.

6
avr
6
avr
Publié le 6 avril 2018

Nombre de km : 100

Altitude actuelle : 1127 m

Aujourd'hui ce sera un article pour hier et aujourd'hui car après la journée que je me suis infligé hier, j'étais bien trop fatigué pour écrire quoi que ce soit.

Mais commençons par le commencement. Hier matin je ne savais pas encore comment allait se dérouler ma journée, encore moins où j'allais dormir. J'avais dans l'idée de faire Malatya Elazig en 2 jours et trouver un endroit agréable pour poser ma tente entre les deux villes.

J'ai donc quitté Malatya après un petit déjeuner de prince offert par l'hôtel. Je me suis mis en route en pensant vraiment faire une journée tranquille, seulement voilà... (j'aime bien cette expression de journaliste d'investigation à la télévision), tout ne s'est pas déroulé comme prévu, vous allez comprendre pourquoi. (là on a accroché le téléspectateur, on peut faire partir 7 minutes de pub !)

On trouve sur la route énormément de fausses voitures de police pour effrayer les chauffard. Des épouvantails d'autoroute.  

Mon idée étais de me poser sans un petit restaurant à mi-chemin, déjeuner là bas et voir si on peut y poser sa tente pour la nuit. J'y arrive à 12h20. Je déjeune, profite d'une superbe vue et tâte le terrain auprès des serveurs. Je peux poser ma tente mais sur un morceau d'herbe devant la route, en plein sur le passage des passants qui viennent admirer le panorama. J'ai réfléchis, puis j'ai dis merci... mais non merci.

Vue paradisiaque pour le déjeuner, poisson excellent. Le prix, eau et thé compris : 4 €.  Ahh je ne m'en lasserai pas !  

Voilà, après cet excellent déjeuner je finis par décider de reprendre la route et de tout faire jusqu'au bout. Seul hic, il va falloir avoir les jambes solides car ça va grimper... Et ça a grimpé ! Encore plus que je n'avais imaginé. Mais c'était intéressant de faire ce premier très gros test du voyage, à savoir 100 km montagnes comprises, car c'est une performance qui peut maintenant me servir de référentiel. Je sais que je peux le faire, et ce n'était même pas si infaisable. Mes genoux ont tenu bon, mes jambes et ma tête aussi. Je sens que je commence à avoir un rythme solide, mes jambes supportent bien plus qu'au début du voyage.

La côte que je baptiserai "côte qui fait transpirer, mais alors vraiment beaucoup transpirer"  
Cette sensation magique quand on arrive au bout de 2h de côtes non stop !  

Je fais le malin mais les 15 derniers kilomètres étaient vraiment douloureux et pénibles, je n'avais plus de jus, malgré les nombreux abricots secs que j'ai avalé pour retrouver la forme. C'est bon mais pas miraculeux.

Je suis donc arrivé non sans mal à Elazig mais fier de ce que j'ai accompli. Je pouvais dormir avec la satisfaction du travail bien fait. J'ai eu la joie d'être accueilli par Hakan, qui vit en colocation avec 5 autres hommes. 4 étudiants et un policier. Venons en donc directement à la journée d'aujourd'hui qui fut pour moi une journée de repos à Elazig.

Délicieux petit déjeuner dont ne profitera pas mon ami le chat qu'ils ont subtilement baptisé "little shit". 

Excellente journée dans cette ville d'Elazig qui est comme une petite Malatya. Ils se sont occupé de moi toute la journée, je n'avais qu'à les suivre, mettre mes pieds sous la table et rester moi-même... C'est à dire être drôle, d'agréable compagnie, supérieurement intelligent, mais toujours humble, c'est important. Je crois avoir bien rempli ma mission.

Un très gentil marchand d'épices, ami d'Hakan 
Elazig  

Ils m'ont fait le plaisir de m'emmener sur les hauteurs de la ville pour visiter de vieilles ruines, châteaux, hammams et mosquées Ottomanes.

Sur les hauteurs de la ville 

Et une excellente soirée et un bon diner ont su clôturer en beauté mes derniers moments à Elazig. Encore une fois c'est un déchirement de devoir partir demain, mais je n'ai pas le choix.

Merci les copains !  
4
avr
4
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Publié le 4 avril 2018

Nombre de km : 90

Altitude actuelle : 1006 m

Le café restaurant de route qui m'a accueilli pour la nuit à Balaban  

Pour commencer, il était difficile de quitter ce village où les gens m'ont accueilli le cœur grand ouvert. Comme souvent je serais volontiers resté plusieurs jours, mais mon voyage n'est pas sensé durer 5 ans. Il est tout de même agréable d'avoir cette sensation et cette certitude que si j'ai envie de changer radicalement de vie, je peux m'installer dans ce petit village au beau milieu de la montagne, tout le monde ici en sera réjouis et honoré de m'accueillir parmi les leurs. Les liens entre les gens sont ici si forts que j'ai la garantie que ces gens si sensibles, généreux et solidaires se mettront en quatre pour me trouver une maison et un travail. Je dois vous avouer que j'ai échangé quelques messages avec certains sur les réseaux sociaux depuis mon départ, leurs messages étaient : "ne nous oublie pas", "reviens vite nous voir", "tu es une bonne personne", "as-tu besoin d'aide ? "... Que de messages touchants !

Un début de route beau mais hostile.  

En partant ce matin j'avais dans l'idée d'affronter les 90 km, et surtout un redoutable mur de montagnes sans précédent dans mon voyage. Le but étant, si je croise dans les côtes un tracteur ou un camion avec une remorque, de tenter de les arrêter pour m'aider à monter. Même 2 km de côtes seraient d'une aide précieuse. Le bilan, j'ai commencé à escalader très généreusement une côte sans fin, sur une route vide. Donc pas d'espoir d'aide à l'horizon, que de simples voitures. C'est alors qu'à environ 1700 m déjà, je vois apparaître au loin un messie ayant pris l'apparence d'un camion à remorque d'un blanc immaculé. Je le vois approcher lentement, à pas de loup... Mais un gentil loup... Je m'arrête, commence à fixer le chauffeur dans les yeux et je donne tout ! C'est maintenant ou jamais ! Pouce en l'air, grand sourire innocent et des yeux insistants, légèrement tristes pour faire pitié mais pas trop, une transpiration abondante sur mon front (pas trop non plus, il ne faut pas le dégoûter), et la touche finale : un petit geste de la main montrant la courbure de la côte. Touché ! Il ralentit et s'arrête. Je mets mon vélo sur sa remorque et monte à côté de lui. Nouveau coup de chance, il passe par Malatya, ma destination. Je me dis que je me prive du plaisir de la descente mais au moins j'arriverai tôt pour profiter de la ville.

Il m'a même offert le déjeuner au passage. Je n'ai rien pu faire.  
Je passe à côté d'une magnifique descente avec un potentiel nouveau record de vitesse à la clé. Tant pis.  

Malatya est une ville très agréable. Agréable est le mot. Elle n'est pas magnifique mais il y règne une ambiance de bien-être, c'est vivant, dense, coloré, boisé. Pas si simple d'accès mais c'est une ville qui vaut le coup d'œil. Quelques photos:

Malatya, une belle surprise, dans mon top 4 des villes Turques  

Pour en venir à l'hébergement, j'ai aussi énormément de chance. J'ai fait une demande à Genç sur le site Warmshowers et sa réponse était positive, seulement il ne pouvait pas m'accueillir chez lui mais il travaille dans un bel hôtel au centre ville. Vous avez déjà deviné la suite... Il m'a réservé une chambre gratuite avec dîner et petit déjeuner offerts. Voilà comment ça se passe dans ce pays. Et ce n'est pas un fait isolé. Tous les jours de mon périple dans ce pays sont le théâtre de ce genre de générosités.

Ma chambre 

Une dernière chose et je vous libère. Il vient d'être publié un nouvel article sur moi sur un site internet autrichien de Vienne. Ça datait de ma visite là-bas, pour ceux qui parlent l'allemand profitez-en, je suis assez content de ce que j'ai répondu à l'interview. Leur choix de photo est aussi assez bon.

Le lien ci-dessous :

3
avr
3
avr
Publié le 4 avril 2018

Nombre de km : 80

Altitude actuelle : 1172 m

Autant le dire tout de suite, j'ai beaucoup de belle choses à raconter mais je suis actuellement dans un village, entouré d'une vingtaine de turcs âgés de 17 à 30 ans qui m'offrent tout avant même que j'aie à le demander et me posent chacun leur tour des milliers de questions. C'est donc assez difficile de me concentrer dans ces conditions mais je vais faire de mon mieux. Je reviendrai plus tard sur cet épisode.

Ce matin, le réveil a été compliqué car il a fallu sortir d'un sac de couchage bien chaud pour affronter un froid de montagne. Ensuite j'ai du réparer ma roue crevée, et j'ai pu attaquer la route dans de bonnes conditions... Pas le choix car une très grosse côte m'attendais dès le début, pas le temps de s'échauffer, et un col de 1850 m à escalader à 8h30 du matin, ça pique.

En haut de la côte, on peut commencer à s'amuser ! 

En revanche la suite a été beaucoup plus amusante, pendant à peu près 45 minutes, je n'ai cessé de descendre à des vitesses parfois vertigineuses, j'étais à plusieurs reprises proche de battre mon record d'hier (73km/h). J'ai regretté d'avoir laissé mes gants au fond de mon sac, mais pas question de s'arrêter pour y remédier. Tant pis, mes mains vont ressembler à des mains de berger afghan, brûlées par le vent et le soleil. Elles en prennent déjà le chemin en fait.

Avant la descente 

Après une pause déjeuner bien méritée... Ah pardon, on vient de me demander ce que je pense de Erdogan... Apparemment la réponse a plu, on m'a même serré la main chaleureusement...je suis à nouveau à vous. Après cette pause déjeuner bien méritée, disais-je, j'ai pu voir sur la carte des reliefs une nouvelle embûche de taille. J'étais descendu à moins de 1100 m mais il va falloir remonter à nouveau à près de 1500 m en pleine digestion. Soit. Je l'attaque plein de bonne volonté, mais m'arrête au début pour mettre de la musique rythmée dans mes oreilles pour m'aider dans la côte. Une technique qui a fait ses preuves. A ce moment là j'entends approcher un tracteur avec une remorque... Mmmh... La tentation est grande, je laisse mon pouce se tendre en l'air vers la route, puisqu'il en mourait d'envie. Mon visage se pare de son plus gentil sourire pour rassurer le brave paysan. Il s'arrête. Je n'y croyais même pas ! Je monte dans la remorque avec mon vélo et j'apprécie le paysage. Le plus incroyable c'est que la destination de ce monsieur était absolument au sommet de ce col de l'enfer ! Ensuite il n'y a plus qu'à se laisser descendre.

L'envoyé de mon ange gardien  

La descente a été un spectacle de toute beauté. J'ai encore atteint de telles vitesses que j'ai été obligé de doubler un camion par la file de gauche. Dangereux mais très amusant ! A un moment précis, alors que ma vitesse atteignait des sommets, la vue s'est complètement dégagée devant moi, me donnant véritablement l'impression de voler !

Les zones pas trop raides de la descente.  

Pour la suite, je vais passer directement à l'essentiel, ma recherche d'un endroit pour dormir. Ce sera long, la suite de la journée à été une succession de surprises. J'avance donc et découvre sur la route une belle station service, plutôt bien située avec un restaurant et une vue imprenable sur les montagnes. Mon intuition me dit fonce ! J'y vais, et pendant que je regarde la carte sur mon téléphone, l'un des employés de la station me propose spontanément de m'installer à l'intérieur avec lui et les autres pour prendre un thé. Évidemment j'accepte, le contexte est parfait pour leur annoncer mon plan pour ce soir. Je leur demande donc si il y a de la place pour poser ma tente et la réponse est négative. Après bien des difficultés de traductions j'ai fini par comprendre qu'il n'a pas trop le droit et que si il est contrôlé par les gendarmes il risque des problèmes, mais il me suggère de frapper à la porte d'un camp militaire à 10 minutes en vélo. Un peu déçu, mais finalement de plus en plus emballé par l'idée, je fonce chez les militaires. Ils me voient arriver de très loin, s'interrogent sur ma venue, demandent mon passeport, vérifient le contenu de mes sacs. (petite précision, ils sont en guerre ouverte en Syrie en ce moment alors c'est l'état d'urgence partout). Ils sont finalement bien sympathiques, m'offrent une cigarette que je fume par politesse (ici c'est comme ça), parlent au supérieur, puis au supérieur du supérieur, finalement ils me refusent l'entrée mais ont appelé pour moi un ancien militaire qui maintenant tient un petit café au bord de la route dans le village du coin, il y a de l'herbe, l'endroit est bon pour planter ma tente. On y va ensemble, lui en voiture, moi à vélo. Je découvre alors mon lieu de camp. Un bout d'herbe en face du trottoir et de la route, à peine une clôture. Mais ici c'est comme ça, tout le monde fait confiance en tout le monde, les vols n'existent apparemment pas.

C'est alors que je commence à sympathiser avec les adolescents qui travaillent au café pour ce monsieur. Un peu timides au début, ils prennent vite leurs aises et l'un d'eux me propose de prendre ma douche chez sa maman. Je dis non, il insiste, j'accepte. On traverse tout les 4 le village, en passant par des coins qui semblent très pauvre mais les gens ont l'air pourtant tellement heureux ! On arrive chez sa maman, un vielle maison traditionnelle où l'on s'assied par terre pour boire le thé.

En haut à droite c'est la vue depuis leur fenêtre, normal.  
La maman et la maison. C'est beau.  

Je ne peux pas entrer dans les détails mais ces gens m'ont donné tellement de choses, et toujours spontanément, c'est gênant parfois, on n'a rien à leur donner en guise de remerciement, juste de l'argent, mais ils sont bien trop fiers pour accepter le moindre centime.

Après ce moment inattendu, on retourne ensemble au café, où j'y avais laissé mon vélo et toutes mes affaires sans la moindre surveillance, aux vues de tous. Rien n'a bougé, je ne devrais plus en être étonné. On se pose à l'intérieur et petit à petit de plus en plus d'hommes entrent dans la pièce, certains viennent 5 minutes et repartent, tout le monde me salue. C'est comme si tout le monde était au courant de ma venue et voulait voir l'attraction. A certains moments on était 15 ou 20 hommes, pas une femme. Ca rigole, chacun me pose des questions, veut rire avec moi, évidement il n'y en a pas un qui parle anglais. Pendant ce temps on me sert sans me demander, de quoi manger, de quoi boire, puis du thé et des gâteaux. J'ai appris plus tard au moment où tout le monde payait en partant que tout était gratuit pour moi. J'en ai tellement pris l'habitude que c'est devenu normal maintenant. Ça va me faire bizarre en rentrant à Paris quand le serveur me demandera de payer l'addition, et même pas avec le sourire.

Mais retournons un peu en arrière dans la salle remplie d'hommes. A un moment donné, un homme entre dans la pièce, en voyant tout le monde se lever pour le saluer, le comprends que ce n'est pas n'importe qui. Je pense à un notable du coin, le maire... Non, on est dans un village au milieu de la Turquie, c'est un religieux. Les autres lui explique que je suis français et en voyage à vélo, l'homme me salue, la main sur le cœur avec la même bienveillance que le ferait un prêtre bien de chez nous. Il me dit des paroles qui semblent se référer à Allah. Après quelques discussions, je me rend vite compte que l'homme n'est pas venu voir le match de ligue des champions. Il ouvre son livre écrit à la main et commence à chanter une prière en arabe. Alors à ce moment là, je vois la moitié des regards se poser sur moi, tous les petits curieux qui veulent voir comment je réagis, si j'ai l'air de trouver ça bizarre ou d'apprécier... Cette pression additionnée au caractère inattendu de la scène m'a donné envie de laisser échapper un fou rire. Dieu soit loué, j'ai réussi à le contenir, sinon je ne serai sans doute plus là pour vous raconter tout ça. Mais j'ai pris définitivement le dessus sur ce besoin nerveux de rire au bout de 20 secondes. Après je suis entré dans un mode de contemplation et d'analyse. C'est passionnant de voir l'imam après avoir prié, parler à ces jeunes de la vie, de la morale, etc. J'aurais pu voir la même situation en France avec un prêtre, et il est fort probable que le fond et même la forme de son discours soient similaires.

Après cette prière collective, une fois que le prêtre... Pardon l'imam est parti, tout le monde s'est relâché et a recommencé à fumer, rire et parler fort. J'étais toujours au centre des attentions. L'un d'eux en apprenant que j'étais graphiste m'a demandé de le dessiner, je l'ai fait. Il était ravi.

Je suis au milieu, je commence à me fondre dans le paysage.  

Une précision intéressante, le garçon qui est à ma gauche sur la photo... Enfin à droite de moi quand on regarde la photo, c'est un vétéran de l'armée qui a du arrêter car il a perdu une jambe en marchant sur une mine. Il faisait la guerre contre les Kurdes du PKK et c'est fait prendre par la mine aux alentours de Bitlis en zone kurde de Turquie (proche de ma route d'ailleurs). Il était sniper et me montrait fièrement ses photos de militaire et m'a même montré une vidéo (âmes sensibles s'abstenir) sur laquelle on le voit exécuter sommairement deux femmes combattantes du PKK. Il était fier de me montrer cette vidéo. Il est considéré comme un héros national car il a été gravement blessé au combat et avait longtemps combattu pour son pays. Il y a sur la photo 3 anciens militaires. Il ne faut pas oublier que la Turquie a une vraie culture de la guerre et les turcs partagent une grande fierté pour leur armée et ses conquêtes passées. Le gouvernement a d'ailleurs tendance, ces temps-ci, à glorifier ce passé conquérant et regarde l'Empire ottoman d'un œil un peu trop nostalgique...

Pour terminer sur une note d'espoir, demain je vise Malatya et j'ai déjà trouvé un endroit où dormir. Les détails demain soir.

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avr
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Publié le 3 avril 2018

Nombre de km : 86

Nouveau record de vitesse : 73 km/h

Altitude actuelle : 1655 m

Pour commencer, une petite précision. Cet article a été rédigé le 2 avril au soir, mais n'ayant pas de réseau à l'endroit où j'ai planté ma tente, j'ai du le publier le lendemain pendant ma pause déjeuner.

Quelle journée ! Quel vent ! Quelles montagnes ! Et quelle solitude ! D'abord je reconnais que je suis parti sur la route ce matin un peu négligemment. Je savais que j'allais devoir affronter de nouveaux records d'altitude, mais j'étais très loin d'imaginer les difficultés que j'allais rencontrer.

Ça grimpe, ça grimpe.  

J'ai eu tout au long de la journée des côtes et des descentes accompagnées en permanence d'un vent latéral extrêmement désagréable, et usant à la longue. Sans exagérer le vent était facilement à 100 km/h et je le soupçonne d'avoir tenté des rafales à 120 km/h en voyant que je garde mon calme. C'est lui qui a gagné.

Seul au monde... Même les maisons sont vides  

Autre difficulté, l'altitude. J'ai été à plusieurs points proche des 2000 m. Le problème a cette altitude, c'est tout d'abord qu'il fait plus froid, l'autre problème bien plus conséquent, c'est qu'on ne croise pas une ville, parfois un village en ruine, aucune station service ni restaurant de route. J'avais pris la fâcheuse habitude de me reposer sur les stations services car c'est une zone sûre, il y a de l'eau et de la nourriture, et des gens à qui parler. Dans les précédentes régions, les stations et restaurants de route pullulaient. J'avais le luxe de pouvoir me dire : "ah non celle là ne me plaît pas, je vais m'arrêter à la prochaine". Aujourd'hui j'étais à mille lieues de pouvoir me poser ce genre de question. Je crois que je n'ai rien croisé en plus de 70 km.

Le ciel menaçant m'a forcé à accélérer le rythme malgré la fatigue  
A l'approche d'altitudes inquiétantes... Où dormir ?  

L'autre problème de taille, c'était l'eau. Au bout de 70 km je me suis retrouvé au milieu des montagnes, sans connexion internet pour vérifier la route, sans savoir qu'elle surprise se cache derrière prochaine côte et le prochain virage, et ma réserve d'eau vide. Bref, beaucoup de doutes et de questions. J'ai hésité à tenter l'auto-stop pour me déposer à la prochaine station mais je voulais éviter cette solution, qui d'ailleurs n'est pas si sûre de marcher et les véhicules étaient rares. Il valait mieux avancer et faire confiance en la providence. Un paramètre à connaître c'est qu'evidemment il était impensable de bivouaquer sans avoir d'eau. Je devais donc soit trouver une station d'essence, soit trouver de l'eau. Je roule. Je regarde le bord de la route comme toujours pour éviter les cailloux et autres pièges, et je vois deux petites bouteilles d'eau pleines. Je m'arrête sans trop y croire, j'ouvre l'une des bouteilles. Elles étaient neuves ! Alors là c'est franchement à se demander si mon ange gardien n'y est pas pour quelque chose... Et ce n'est pas fini ! Je roule encore 5 km et je vois une sorte de fontaine laissant s'écouler un léger filet d'eau. Un poids lourd était garé à côté. Je m'approche de la fontaine mais dans le doute, comme le chauffeur est là je lui demande si l'eau est potable. Il me répond que non. Heureusement qu'il était là car je l'aurais bue et aurais certainement passé une bien mauvaise nuit ! Ensuite en voyant la détresse sur mon visage, il met son doigt en l'air, sort de son camion on grande bouteille d'eau et me l'offre. Magique. J'en profite ensuite pour lui demandé dans combien de km est la prochaine station d'essence. Il me dit 25 km. Ma décision était donc presque prise de m'arrêter ici, mais il me manquait il dernier argument choc : ma roue arrière à crevé. Tous les éléments étaient réunis pour que je plante ma tente ici, je l'ai donc fait. Devant une petite rivière pour la toilette, parfait. En revanche pas assez de bois pour faire un feu, et un froid de canard. J'ai donc passé la soirée dans la tente à attendre impatiemment le lendemain.

Petite anecdote intéressante, j'ai été poursuivi par 5 ou 6 chiens en furie qui m'ont suivi sur au moins 150 m en aboyant hostilement. Je continuais à avancer en essayant de les ignorer, mais ils s'acharnaient à me suivre. J'ai donc tenté une autre technique, celle du male dominant. Ça a marché. J'ai regardé le chien le plus virulent dans les yeux et ai hurlé très fort, et instantanément il a stoppé sa course. Je ne pensais pas que ça serait si radical. Je garde cette technique pour les prochains. Si il y a des intéressés, j'ai filmé la scène en même temps. Demain devrait être une journée plus douce, du moins je l'espère.

1
avr
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avr
Publié le 1er avril 2018

Nombre de km : 72

Altitude actuelle : 1450 m

Ma vue au réveil.  

Ce matin, mon hôte Burak m'a fait l'amitié de m'accompagner à vélo jusqu'à l'autoroute. Il y avait tout de même 15 km de bonnes côtes à traverser, c'était intéressant de le faire avec un compagnon car la différence est saisissante ! Lorsqu'on est tout seul, monter une série de côtes interminables pendant 90 minutes est très rapidement un enfer, une impasse psychologique, nos forces nous abandonnent et chaque col de plus, chaque côte cachée derrière un virage est une véritable souffrance physique et psychologique. Quand on est accompagné, on partage cet effort, ce qui adoucit déjà la difficulté psychologique, mais au delà de ça on a surtout un compagnon à qui parler, ce qui aide considérablement à oublier la montée et surtout ne plus penser à l'effort. Ce n'est que dans la tête. A la fin de la côte on se rend compte qu'on est arrivé, oui on a mal aux jambes, on transpire et on souffle, mais on est arrivé sans même s'en apercevoir. Si je suis tout seul, chaque coup de pédale sera une torture une fois dépassé le seuil de tolérance. Ce seuil de tolérance n'existe presque pas si on est accompagné. Seulement voilà, je voyage seul. Il faut croire que j'aime me faire mal.

C'est les premières photos de moi à vélo alors je me lâche ! Ça aide quand on est deux.  

J'ai remarqué dernièrement que plus je me dirige vers l'est, plus les voitures et camions clacsonnent amicalement. Bien sûr un clacson de poids lourd, ça à beau être amical, c'est extrêmement désagréable et fait même sursauter. Quand on est en équilibre sur une mini bande d'arrêt d'urgence, ça peut devenir dangereux ! Enfin ils font ça gentiment donc ça va...

C'est un peu répétitif mais je ne m'en lasserai jamais.  
Ma vue pour la pause déjeuner.  

Après le déjeuner j'ai eu besoin de remplir mes bidons qui commençaient à se vider dangereusement. Je vois par chance une sorte de fontaine, avec des gens (deux couples) qui pique-niquaient à côté. J'y vais. Je suis à peine descendu de mon vélo que l'un des hommes s'est approché de moi et m'a tendu un quartier de pastèque, j'avais soif, je ne pouvais pas refuser un tel cadeau. Mauvaise surprise, la fontaine ne marchait pas. Qu'à cela ne tienne ! En lisant la déception sur mon visage, ils ont tout de suite compris le problème et m'ont sorti de l'eau de leur coffre pour remplir mes bidons. C'est une petite chose sans importance, rien d'exceptionnel, mais ça témoigne du fait que ces gens ont vraiment ce sens du partage et de la solidarité dans le sang. Je n'ai même pas eu besoin de leur dire ce dont j'avais besoin, ils voulaient m'aider. Ils avaient de la considération pour moi et me montraient que j'existais à leurs yeux. Ça n'est pas grand chose mais ce genre de gestes simples n'est pas si commun par chez nous.

Ces gens m'ont donné un autre morceau de pastèque à mon départ. Je leur rend hommage par cette photo.  
Tradition et modernité  
La neige, c'est mieux quand c'est loin.  

Après environ 70 km je me suis dit qu'il était temps de trouver un endroit où dormir. Autant s'économiser pour demain car la journée s'annonce montagneuse et venteuse. J'ai donc rapidement trouvé, après 2 km, une station d'essence avec un restaurant de route. Je n'ai pas réfléchis bien longtemps, je leur ai demandé si je pouvais poser ma tente derrière la station. Pas de problème pour eux, parfais. Mais après, j'ai plutôt sympathisé avec les gens du restaurant. Ils m'ont offert le thé, j'ai parlé de mon voyage. A un moment j'ai remarqué que le patron du restaurant avait dans ses mains une sorte de chapelet musulman (ici dans cette région plus religieuse, toutes les personnes de plus de 50 ans en ont un dans les mains et jouent avec). En le voyant jouer avec les petites boules de son "chapelet", j'ai pensé à lui montrer celui que les parents de Hasan m'ont offert à Istanbul, puis je n'ai pas pu m'empêcher de lui montrer mon chapelet chrétien. Il l'a regardé sans commenter, en revanche l'un de ses camarades de tablée n'a pas semblé apprécier la" provocation" et à immédiatement fait la moue en chassant le chapelet du regard et en disant une phrase avec "Allah" dedans. Je n'ai pas insisté. En fait ça m'amuse occasionnellement de voir la réaction des gens en voyant le chapelet. Ça peut être du respect profond entre personnes de foi, ça peut être de la curiosité neutre, de l'indifférence... Et parfois (rarement) de l'hostilité. Je ferai le test en Iran, on va voir comment ça se passe.

L'un de mes copains du restaurant, le cuisinier.  

La nuit risque d'être froide. On est à presque 1500 m, et les nuits sont encore très fraîche en cette saison. Si je ne me réveille pas, vous saurez où est ma dépouille. (j'aurais fait la blague au moins une fois !)

31
mars
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