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La Team MyAtlas

Carnet de voyage

Turquie

La partie Turque de mon voyage à vélo entre l'Europe et l'Asie.
Mars 2018
240 jours
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12
mars

Maintenant que je suis à Istanbul depuis 3 jours, je commence à avoir le recul nécessaire pour distinguer ces 40 jours et 40 nuits en Europe et cette arrivée en terre ottomane. Si cette traversée de l'Europe était loin d'être une sine cure, voire même un chemin de croix, ce séjour à Istanbul en est son extrême opposé. Je vis ce moment comme on croquerait dans un gâteau oriental dégoulinant de miel et d'amandes, mon corps plongé dans un bain de lait chaud parsemé de pétales de roses. Tout n'est que sécurité, repos, délectation et abondance. C'est Bybance, ça ne s'invente pas ! Un jardin d'Eden aux mille et un délices dans lequel mon corps et ma tête s'abandonnent en n'oubliant pas qu'il va falloir bientôt repartir... Et du bon pied.

Pèle mêle d'Istanbul, mes amis, mon manger, ma trogne.  

Plus prosaïquement, aujourd'hui j'ai été au consulat d'Iran pour mon visa, ça a été un peu compliqué, tout est assez chaotique dans ce pays mais les règles sont toujours dépassées par l'humain, et les problèmes se règlent toujours. En bref, mon visa ne sera prêt que vendredi après-midi ce qui m'oblige (quelle tristesse alors !) à ne repartir que samedi matin.

Il va donc me falloir visiter encore 4 jours cette ville riche, sucrée, chaotique, généreuse, joyeuse et assourdissante. 4 jours encore pour découvrir des nouvelles richesses insoupçonnées, des nouvelles villes dans la ville, pour marcher au hasard des ruelles et des senteurs épicées en ne sachant même plus si l'on est en Europe ou en Asie. Cette ville a une particularité : plus on la visite plus on comprend qu'on a encore une infinité d'endroits à voir.

J'ai une anecdote culturelle assez intéressante. Il est assez commun de croiser dans la rue deux hommes bras dessus bras dessous. Non, la Turquie n'est pas devenue particulièrement gay-friendly... Si ce geste serait interprété en France sans aucune équivoque possible, ici c'est absolument naturel, c'est simplement un geste d'amitié que l'on réserve aux amis auxquels on tient, aux amis proches. Ni plus ni moins. Et quand on explique aux turcs que ce geste serait vu d'un autre regard en Europe, ça les fait rire aux éclats et leur semble d'une aberration sans nom.

Autre détail intéressant, le vocabulaire de la langue turque est rempli de mots du quotidien issus de la langue française, mais bien souvent aussi des mots oubliés ou désuets qu'ils utilisent toujours. Ces mots sont bien sûr orthographiés à la turque mais la phonétique reste à peu près préservée. Exemples: pardon (tout le monde l'utilise constamment), merci (plus utilisé par les femmes, ça fait plus distingué que de le dire en turc, plus délicat et élégant), chauffeur, ascenseur, coiffure, béret (utilisé dans le sens de chapeau ou bonnet), béton, pardessus, réclame (mot un peu désuet pour désigner la publicité), passage,... Je ne vais pas tous les faire, il y en a vraiment énormément, et c'est toujours amusant de découvrir au milieu d'une discussion ces mots que l'on a en commun, ça rapproche.

Un dernier petit détail qui n'est pas grand chose mais que j'ai découvert une magnifique invention (qui n'est certainement pas récente). Dans toutes les toilettes turques il y a un petit robinet qui projette un mini jet d'eau très stratégiquement orienté, qui habilement permet non seulement de n'utiliser que très peu de papier toilette, mais surtout de traiter avec plus d'hygiène et de douceur cette zone sensible de notre anatomie. Je tenais à changer cette image spartiate que les toilettes à la turque véhiculent depuis des décennies !

17
mars
17
mars
Istanbul

Istanbul 3

La vue depuis mon appartement  

Aujourd'hui, mon article sera assez différent des autres et sans doute plus long car ne n'ai pas écrit depuis un moment. Je parlerai de faits culturels intéressants pour nous français que j'ai pu remarquer dans ce pays. Car je dois dire qu'au bout d'une semaine en immersion profonde dans cette ville m'a déjà fait comprendre énormément de choses. Voyager avec les populations locales sans lien avec l'argent, un lien purement affectif et désintéressé est la meilleure manière possible de voyager. Vivre leur quotidien, ressentir leurs affects, leurs émotions, ça n'a pas de prix et ça ne s'achete pas. C'est facile de passer une semaine dans un hôtel dans un pays exotique, oublier ses soucis, bronzer et payer une fortune en repartant, mais la question est la suivante: est ce qu'on se sent être une meilleure personne en repartant ? Qu'en a t-on appris ? A-t-on vraiment échangé avec les populations locales ? Des qu'il y a de l'argent en jeu, le jeu est faussé. L'argent achète le confort mais pas l'amitié, le respect des gens, la véritable expérience, pas les échanges entre les peuples ni cette impression si unique de se sentir faire partie de cette communauté, d'avoir déjà une nouvelle famille en Turquie malgré ces différences. Ces différences ne sont pas des barrières, elles sont des richesses infinies.

Entre amis devant le match PSG - Angers 

Pour commencer, il est toujours intéressant de voir l'image de la France à l'étranger. En Turquie et comme partout, tout ce qui est français respire l'élégance, le bon goût, la culture, l'art, la littérature, le bien vivre. Plus en détails les turcs n'ont pas oublié l'alliance entre François 1er et Soliman le Magnifique (chef d'un empire Ottoman qui à cette époque englobait près de la moitié de la population mondiale). En revanche le fait que nous ayons pris le parti de l'Arménie leur reste au travers de la gorge.

La langue française est pour eux fascinante et inaccessible. Ils la trouvent magnifique mais la considèrent comme extrêmement difficile à apprendre et à prononcer. Juste mon prénom est déjà un enfer pour eux, et pourtant je l'ai réduit à Charles pour leur faciliter la tache. Mais ce "r" de gorge léger et caressant est quasiment impossible pour eux. Alors ils m'appellent "Charles" à l'anglaise ou "Bro" (diminutif de brother dans la culture hip-hop US).

Cité française 

Le quartier, les voisins: ici dans ce quartier d'Istanbul les gens vivent en "cité". Sorte de blocs d'immeubles sécurisés avec gardien et barbelés. Ici vivent à peu près 1000 personnes mais tout le monde se connaît. Au bout de 2 jours tout le monde savait déjà qui j'étais et on me parlait depuis les fenêtres. Le plus beau est que les familles restent très proches, il est courant de se promener en bas des immeubles et de croiser un oncle, un cousin, un grand-parent. Le problème est que quand on commence à savoir qui vous êtes, beaucoup de personnes veulent vous inviter à prendre le thé ou à manger chez eux. Ce qui fait que vous n'avez jamais le temps d'avoir faim ! L'hospitalité en Turquie est l'un des piliers de leur culture. Chez eux les amis du voisinage sont des frères pour la vie. Si l'un d'entre eux a des problèmes, ils sont prêts à tout pour l'aider. Si un étranger insulte la mère d'un ami, les autres seraient prêts à tuer pour venger son honneur. Ici il est assez commun de se battre pour un oui ou pour un non, un regard de travers peut être une bonne raison. Si un étranger au quartier vous regarde mal et ne baisse pas les yeux c'est considéré comme une attaque, il faut donc laver l'affront, en général un bon crocher du droit suffit. Si ce grossier personnage ose se défendre, les amis viennent prêter main forte au copain et renvoyer le malpoli dans son quartier ou accélérer son ultime rencontre avec Allah. On se bat et on aime bien ça, on se sent vivant, on se sent appartenir à un groupe soudé, fidèle, invincible, on se sent être un homme. C'est grisant.

Ici les Uber ressemblent à des limousines de rappeurs américains 

Oui, les turcs sont un peuple passionné, ils vivent la vie généreusement, ils sont dans l'instant présent, ne ressassent pas le passé, ne pensent pas trop au futur. La vie est maintenant. Anecdote intéressante hier soir j'ai été avec 3 amis dans un restaurant d'un quartier local assez prisé par les jeunes d'Istanbul. Nous mangions, buvions du Raka, soudain une jolie turque de la table d'à côté semblait avoir posé son dévolu sur moi. Elle ne parlait pas un mot d'anglais mais avais une envie irrépressible de me prendre dans ses bras devant tout le monde. Elle s'est ensuite mise à me chanter une chanson traditionnelle turque (avec une très belle voix je dois reconnaître), en me regardant fixement dans les yeux du début à la fin de cette chanson. La salle entière à applaudi à la fin, et moi j'étais touché, confus, déséquilibré par toutes ces étoiles qui me restaient dans les yeux. C'était gratuit, juste un élan d'amour exprimé sans inhibitions, juste un cadeau désintéressé, un moment de magie offert pour la vie. Ceci pour illustrer le fait que les turques vivent pleinement l'instant. Leur vie est peut être moins cadrée, moins codée, plus chaotique que la nôtre, mais ils ne rejettent pas leurs passions, leurs émotions. Leur vie est moins confortable, moins sûre que la nôtre mais ils la vivent vraiment. Ils sont heureux et ça se voit.

Sans transition, les chiens. Les rues sont pleines de chiens errants, mais contrairement à d'autres pays, ici ils sont acceptés, nourris, respectés, traités parfois tels des vaches sacrées en Inde. Ils dorment par terre au milieu du trottoir mais personne ne les importune. Si on les réveille c'est pour les caresser ou leur donner un peu à manger. Et ça se sent au comportement des chiens. Ils sont sereins, apaisés, pas agressifs. Les chiens en Serbie ou en Bulgarie étaient beaucoup plus craintifs, sur la défensive, recroquevillés sur eux même pendant leur sommeil.

Les chiens errants dorment paisiblement au Starbucks. Pas certain que la maison mère apprécie. 

L'islam ici est évidemment très important, même si peu de gens que j'ai pu rencontrer pratiquent scrupuleusement leur religion, ils ont un vrai respect pour ses préceptes, comme le fait d'accueillir le voyageur, l'étranger, donner la charité aux pauvres quotidiennement... Assez drôle, les parents d'Hasan m'ont fait répéter des phrases en arabe, je me suis exécuté naïvement et j'ai appris ensuite que je venais de me convertir à L'islam. Il s'agissait des phrases à prononcer pendant la cérémonie de conversion. C'est si simple ! Bien sûr ils plaisantaient avec cela, mais officiellement ça suffisait pour faire de moi un nouveau musulman. Je leur ai expliqué que j'allais y réfléchir et en parler à mes parents avant de prendre ma décision. On a ri.

Franchement je retrouve énormément de points communs entre L'islam et le catholicisme. Ils ont un infini respect pour Jésus et Marie. Jésus est pour eux plus qu'un simple prophète, c'est surtout le Messie. Quand il reviendra sur terre une deuxième fois ce sera la fin du monde et le jugement dernier. Ils croient également en la virginité de Marie. (ce qui n'est pas le cas chez les protestants !). Ils voient un peu L'islam comme une version améliorée du christianisme. Nous ne somment pas des infidèles, ils ont infiniment plus de respect pour des catholiques pratiquants que pour des athées convaincus.

Haya Sofia et la mosquée bleue 

Les turcs sont adeptes d'une autre religion, celle du football. Des quartiers entiers ont été en flamme à cause d'une défaite mal encaissée. L'instinct guerrier de ce peuple à fait un transfert sur le football. Les stades sont brûlants de tension et d'ambiance. Ici on ne peut pas marcher dans le quartier de Fenerbahce avec le maillot de Galatasaray, c'est l'hôpital assuré. Ce soir je vais expérimenter un événement rare et très important. Le match entre ces deux équipes à Istanbul. Elles sont très proches au niveau des points au classement du championnat et la tension va vraiment être à son comble. Si jamais Galatasaray gagne je pense que j'aurai de belles photos bien violentes à vous montrer ! Ça va être la guerre.

Demain va être le grand départ sur la route, à demain soir.

19
mars

Nombre de km : 30

Commençons par une petite description de ma dernière soirée à Istanbul. Le match très attendu s'est finalement soldé d'un morne 0 à 0. Ce ne fut donc ni la guerre, ni la fête. Juste des gens rentrant chez eux la tête basse et le regard vide. Voici tout de même quelques photos de l'avant match dans les rues du quartier de Fenerbahce.

On dirait qu'ils vont tout casser mais en fait ils sont heureux, c'est la fête là.   

Hier matin le départ a été triste et je suis déjà nostalgique d'Istanbul. C'était touchant, j'avais l'impression de quitter une famille et on sentait que eux aussi avaient le sentiment de voir partir un membre de leur famille.

Dernière soirée avec mes amis après le match 

Mon ami Hasan m'a accompagné au ferry pour Bursa, ce qui fait que la route a été assez rapide hier, pas plus de 30 km entre la côte et le centre ville de Bursa. Ma première journée de route en Turquie était intéressante. Que personne ne s'offusque mais j'ai pris l'autoroute à vélo. Et oui, ici ça n'est pas interdit aux vélos et c'est même recommandé car il y a toujours une voie d'arrêt d'urgence, donc une bonne zone de sécurité qui me sépare des véhicules. Première grosse côte passée sans encombres à part le genou gauche qui commence déjà à faire mal. Il a fait très chaud sur la route, et je commence à comprendre que si en Europe le principal problème était le froid et la faim, ici ça va être la soif ! Il va me falloir des réserves d'eau !

Sur le ferry entre Istanbul et Bursa  
L'autoroute à vélo: nouveau continent, nouvelles règles 

Pour la nuit j'ai été accueilli par Burak qui habite un joli quartier de la vieille ville. Mais il ne pouvais pas me recevoir avant 20h, il m'a donc mis en relation avec deux de ses amies qui devaient aussi passer la nuit chez lui. J'ai donc passé la fin de l'après midi avec Dilara et Sezen qui m'ont montré de jolis coins de Bursa. C'est une surprise pour moi mais cette ville est beaucoup plus grande que je ne m'y attendais, la 4e de Turquie en fait, avec beaucoup de jolies ruelles, des vieux monuments et mosquées, vestiges de l'empire Ottoman.

Bursa

La suite a été une grande surprise pour moi et vous allez comprendre pourquoi je n'ai pas publié hier soir. En arrivant tous chez Burak, j'apprends qu'il avait prévu de nous emmener pour la soirée et la nuit dans sa maison de campagne sur les hauteurs de la ville, pour faire ensuite une balade en forêt le lendemain (aujourd'hui). Je décide donc de profiter de cette offre et de prendre une journée de plus à Bursa. Sa maison s'est avérée être un véritable petit coin de paradis dans la montagne avec une vue sur la ville. Une petite maison traditionnelle pleine de charme.

Apéritif aux chandelles avec vue sur Bursa  
La maison  
Petit déjeuner puis balade en forêt  
La balade en forêt avec Burak, Dilara et Sezen 
Certains quartiers pauvres de Bursa ressemblent de loin à des favelas brésiliennes 

Ce soir je passe la soirée avec Burak et un de ses amis, et demain matin départ sur la route d'Ankara pour de nouvelles aventures un peu plus loin des villes.

20
mars

Nombre de km : 80

Nouveau record de vitesse : 62 km/h

Aujourd'hui est un grand jour. Pour la première fois depuis mon départ, mon camarade de route Jean-Guy à soufflé du bon côté ! Pour ceux qui n'ont pas suivi, Jean-Guy c'est le nom que j'ai donné à ce qu'on appelle plus communément "le vent". Je savais que ce vieux compagnon serait un jour plus clément, qui se laisserait de mes plaintes et de mes pleurnicheries. Mieux vaut tard que jamais !

La route à la sortie de Bursa est entourée de superbes sommets enneigés 

Quel bonheur d'être porté par Eole ! Parfois je n'avais même pas besoin de pédaler, il me poussait tout seul. La température était d'environ 18°, un peu de soleil parfois, des passants qui vous saluent amicalement, toutes les conditions étaient réunies pour que la journée se passe bien.

 Un bien beau pays que cette Turquie 

Tout c'est bien passé excepté un détail, beaucoup de côtes et de montagnes à franchir. Mais heureusement j'avais Jean-Guy qui me poussait. J'ai donc décidé de profiter de sa gentillesse qui ne sera sans doute que passagère pour avancer les plus possible. J'ai donc décidé de me poser pour bivouaquer en forêt dans la montagne, il ne me restera que 70 km demain et surtout une magnifique descente en guise de récompense. Au moment où j'écris ces lignes je suis dans ma tente, mon feu de camp perd peu à peu de sa superbe et la nuit est tombée.

Avant de m'arrêter en forêt, une dernière pause  

Avant de vous montrer les photos de mon petit campement de fortune je dois vous annoncer 2 grandes première dans ce voyage (excepté la clémence du vent). Pour commencer, j'ai croisé pour les premiers autres cycle touristes depuis que j'ai quitté Paris ! Ils étaient à deux de l'autre côté de l'autoroute dans le sens de la descente. On a quand même eu le temps de se saluer de loin. Un chauffeur de poids lourd m'a rendu le salut en pensant qu'il lui était destiné, j'ai ri tout seul sur mon vélo.

L'autre grande première est que je me suis fait agresser par une meute d'une dizaine de chiens qui se sont tous précipités vers moi en aboyant dans tous les sens. J'en avais devant moi, derrière, à gauche et à droite, un vrai guet-apens ! L'adrénaline est bien montée mais j'ai tenté la méthode douce, ne pas s'énerver, ne pas paniquer, leur parler calmement et continuer à rouler. Ça a fonctionné, ils m'ont laissé au bout d'une trentaine de mètres ! Il y en aura d'autres, j'espère qu'ils seront aussi peu coriaces !

Et finalement c'est aussi une grande première. Le premier bivouac du voyage, j'ai trouvé un coin proche de la route et de la source dans laquelle j'ai peut être pris le bain le plus froid de mon existence ! Les photos (du bivouac, pas du bain) :

Mon petit chez moi 
21
mars

Nombre de km : 67

Altitude actuelle : 841 m

Ma première nuit en bivouac s'est assez bien passée exception faite du froid et des hurlements de loups toute la nuit durant. (pas de panique, la partie sur les loups est une blague... Pas drôle du tout d'ailleurs mais je la garde quand même)

Les paysages évoluent peu à peu  
Ça monte, ça descend, et puis ça monte, ça descend...  Et finalement ça monte et ça descend.  

Je pensais que la route serait plus tranquille aujourd'hui... Grossière erreur ! Je n'ai pas compté les côtes, mais je crois en avoir eu pendant tout la journée, et cette fois le vent ne m'a pas fait l'amitié de me pousser. Il m'a même pas mal empêché d'avancer au début de la journée et à fini par être un fort vent latéral qui me chassait vers la route, donc vers des poids lourds roulant à pleine vitesse. Dans ces conditions il faut être très concentré sur le vent, la route, sa trajectoire, le sol (éviter les cailloux ou autres gros morceaux de verre) et le rétro viseur. Ça fait beaucoup en même temps et c'est vite épuisant. Heureusement je me suis offert une très belle pause picnic au soleil avec un superbe panorama (j'aime les panoramas) et une petite sieste bien méritée de 20 minutes à la clé.

Voilà, ça commence à ressembler à la Turquie  
 Coût du déjeuner : 0€, vue comprise

Pendant ma pause déjeuner, qui était à côté de la route, une voiture de police s'est arrêtée à mon niveau sur la voie d'arrêt d'urgence. Ce n'était pas un policier qui a eu la malheureuse idée de se soulager la vessie devant mon déjeuner. C'était effectivement un policier, mais tout à fait aimable et sympathique qui m'a demandé si j'avais un problème avec mon vélo et qui m'à posé des questions sur mon voyage, plus pour faire la conversation qu'autre chose. Ce n'était pas ma première intéraction avec un policier turc, mais ils semblent vraiment gentils et serviables.

Un détail que j' ai remarqué sur le bord des routes en Turquie. Au delà du fait que c'est une déchetterie à ciel ouvert, il y a des ordures qui ont particulièrement retenu mon attention. J'ai naïvement pensé au début qu'il s'agissait d'huile d'olive artisanale mise en bouteille d'eau et jetée négligemment sur le bord de la route, mais quand j'ai fini par compter à peu près 100 de ces bouteilles sur plusieurs kilomètres, j'ai compris mon erreur de jugement. J'ai donc choisi de ne pas emmener dans mon sac de nourriture une de ces bouteilles remplie d'un liquide jaunâtre que je baptiserai de ce nom digne d'une sculpture d'art contemporain "urine en bouteille de routier paresseux". Paresseux étant un euphémisme dont je me serai bien passé, mais je ne veux pas choquer mon jeune public.

Je suis arrivé dans l'après-midi à Eskisehir qui est une ville de presque 1 million d'habitants en grande partie des étudiants donc ville très jeune, très vivante et animée. Il paraît que selon un classement des villes les plus sûres, elle est à la 4e place mondiale. Donc je crois que je n'aurai pas besoin d'antivol pour mon vélo cette nuit !

Ce soir je suis hébergé chez Abdel qui est marocain (je n'avais pas parlé en français physiquement à quelqu'un depuis plusieurs semaines ça fait du bien !). Il travaille en tant que professeur d'anglais dans une école de la ville. Nous avons passé la soirée dans un bar avec des amis à lui dont certains apprenaient le français, ils avaient l'air ravis de pouvoir pratiquer avec un maître en la matière, moi.

Mon ami Abdel est à ma droite sur la photo 

Je vais rester une nuit de plus à Eskisehir pour reposer mes genoux et découvrir un peu plus cette ville qui semble avoir beaucoup plus à offrir que je ne l'imaginais avant d'arriver. Bilan au prochain article.

22
mars

Comme je l'expliquais hier, je suis resté une nuit de plus à Eskisehir pour me reposer un peu et explorer cette ville qui semble avoir beaucoup à offrir.

Je le confirme. Elle est entourée de superbes parcs, les gens sont détendus et agréables et la vieille ville vaut vraiment le détour. Elle a énormément de charme. Les preuves en image :

C'est la première fois que je voyais un cygne noir  
La vieille ville, ses petites places, ses ruelles, ses marchés...  

J'ai eu le flair de m'arrêter déjeuner dans une charmante ruelle dans un restaurant tellement typique que la patronne ne parlait pas un mot d'anglais et me montrait directement en cuisine ce qu'elle avait de disponible à manger, et en plus c'était bon ! Une soupe, un plat, une bouteille d'eau, un thé et une sorte de dessert offert, le tout pour 15 livres (3€). C'est loin d'être un attrape touriste !

Mon déjeuner  

J'ai ensuite visité d'autres quartiers moins historiques mais intéressants toutefois avec des tentatives architecturales intéressantes.

Ici les immeubles sont assortis aux ponts 

Ça ne se sent pas mais je suis assez tendu ce soir car la journée de demain est le flou total pour moi. Je ne sais pas du tout où je vais dormir, combien de km je vais faire, si la route sera clémente. Je sais juste par Google earth que ça commence à ressembler à des zones assez sèches et une route toute droite qui croise très peu de maisons. J'espère ne pas avoir de problèmes d'eau, c'est le plus important. Mais j'ai appris que quand il y a une mosquée il y a de la vie, on est toujours assuré de trouver de l'eau potable à la mosquée, et il y a même parfois la possibilité de s'y doucher. Je n'ai pas encore essayé.

Verdict demain soir.

23
mars

Nombre de km (à vélo) : 70

Altitude actuelle : 970 m

Ce matin en sortant dehors, je remarque une brume assez dense et un vent violent. Je me dis "qu'à cela ne tienne !", je commence ma route. Je découvre en avançant qu'en réalité ce n'est pas un gentil brouillard de pays civilisé... Je comprends assez vite que ce vent violent du sud soulève avec acharnement le sable et la poussière qui abonde dans cette région semi-aride. Et ça donne une faible visibilité et on respire de la poussière à la limite du supportable.

Après la neige, la poussière  

Si ce nuage de poussière s'est peu à peu calmé, le vent en revanche n'a pas donné son dernier mot. Il soufflait de plus en plus fort à la fois face à moi et sur le côté, ce qui me faisait perdre assez régulièrement l'équilibre que j'avais intérêt à vite retrouver si je ne voulais pas me retrouver sous les roues d'un poids lourd, et "éparpillé façon puzzle", ça ferait désordre. Enfin j'ai continué à pédaler et à lutter tant bien que mal jusqu'à ce que je tombe sur le grall : une station service avec restaurant pour routier. Il était midi. Je m'arrête, claque fortement les portières de mon vélo pour signaler virilement mon arrivée comme il est d'usage dans ce pays, j'ouvre d'un coup de pieds sec et assuré la porte à battant... 3 routiers m'observent en sirotant leur thé. La peur pouvait se lire sur leur visage. Je m'approche du patron et lui dit : "do you speak english ?" tout en sachant pertinemment que la réponse serait négative. Alors je me suis trouvé un nouveau copain, il s'appelle Google translate, et il m'a bien aidé. Après avoir commandé mon déjeuner je lui ai expliqué que le vent était trop fort, les conditions dangereuses pour moi, et je lui demande si parmi ses clients il connaîtrait une bonne âme pour nous rapprocher un peu d'Ankara (moi et mon vélo). Il fait le tour, les réponses sont vagues ou négatives, et puis rien. Il rentre bredouille et je sens que je vais devoir soit faire de l'auto-stop avec le pouce comme tout le monde (mais avec le vélo, pas si simple) , soit continuer ma route sous des rafales de vent violent, la pluie et la poussière, sans savoir non plus où je vais dormir ce soir. Le temps passe, je réfléchis, à ce moment là le patron reviens vers moi et m'annonce qu'une camion va à Ankara et accepte de m'emmener. La joie monte mais je veux m'assurer d'avoir bien compris, c'était en Turc. Je rencontre le chauffeur, ça a l'air de coller. Le soulagement était immense. Non seulement je règle le problème des conditions apocalyptiques mais en plus je gagne 2 ou 3 jours sur mon retard ! Et je passe une zone qui ressemble à un no man's land, pas âme qui vive, même pas d'arbres, juste de la poussière et des champs. Je ne rate rien.

Mon sauveur du jour, Dogan

Le chauffeur était un très sympathique fan de Galatasaray, il a partagé avec moi un café et des sucreries puis il m'a laissé à 25 km du centre ville.

Les turcs nous ont emprunté beaucoup de mots de vocabulaire, mais il y en a un qu'ils n'ont pas pensé à nous prendre (certainement un oubli), c'est le mot "discipline"!! Quel chaos ! J'ai roulé sur leur autoroute qui entrait dans Ankara, il n'y avait que des embouteillages, des minibus que me font des queues de poisson, des klaxons de poids lourds dans les oreilles à vous faire sursauter et perdre l'équilibre, des clignotants qui semblent ne jamais marcher dans ce pays... Je suis heureux d'avoir suivi une formation intensive de 15 ans de vélo à Paris, ça m'a beaucoup aidé aujourd'hui.

L'entrée vers Ankara 

Arrivé plus tôt que prévu à Ankara, je n'avais pas encore de point de chute en arrivant. J'ai attendu presque 3 heures avant de finalement trouver un hôte. Un soulagement !

Je vais rester ici deux ou 3 nuits. Je déciderai de cela demain. Ce qui signifie peut être pas d'article demain.

25
mars
25
mars
Ankara

Ankara

Ce week-end à Ankara a pour but principal le repos. Ça à beau être la capitale de ce fascinant pays, c'est loin d'en être la plus belle ville.

Elle est intéressante sous certains aspects, mais se contente de remplir son rôle de capitale, avec des bâtiments officiels, des ministères gigantesques, des policiers et des soldats en abondance.

Ils ont les mêmes pigeons boiteux qu'à Paris, mais les gens qui les nourrissent le font avec plus de distinction.  

Ce qui a su retenir mon attention dans cette grande ville de plus de 5 millions d'habitants c'est son centre historique, pôle d'attraction des touristes arabes à en voir la proportion très largement majoritaire de femmes voilées ou plus.

La vieille ville est soit trop rénovée, soit pas assez, pas toujours facile de trouver le juste milieu.  

Autre aspect intéressant de la ville, les marchés. Zones très denses, très vivantes, qui dégagent une énergie contagieuse, et que j'ai eu la bonne inspiration de traverser quand mes batteries étaient à plat.

Sympathique cohue  
C'est pas esthétique, pas régulier, peu harmonieux, chaotique, mais c'est beau... Enfin moi je trouve ça beau.   
On dirait que les minarets vont crever les nuages et faire tomber la foudre. (sans mauvaise métaphore religieuse) 
Mon hôte à Ankara, Onur.   

Demain matin, c'est le départ direction le sud est pour se rapprocher de Aksaray, prochaine ville étape de ma route vers l'Iran. Les prochains jours risquent d'être compliqués car je vais traverser des zones peu habitées et selon la météo le vent sera à nouveau contre moi pendant les 3 ou 4 prochains jours. J'ai fini par me faire une raison. Si le vent est vraiment impossible il n'est pas exclu que je tente un peu d'auto stop pour me faire gagner quelques kilomètres et m'économiser un peu. A suivre...

26
mars

Nombre de km : 88

Altitude actuelle : 1010 m

Comme prévu, le vent a été contre moi toute la journée. Mais le plus intéressant c'est que cette situation il y a un mois m'aurait rendu fou, tandis qu'aujourd'hui le moral était là, les jambes répondaient, j'admirais le gigantisme des paysages (ça apprend l'humilité), je comptais le nombre de douilles et de balles perdues sur le bord de la route (ça, ça apprend à profiter de l'instant présent), bref tout allait bien malgré les conditions très défavorables. Ne plus se lamenter sur son sort, ne plus se plaindre, apprécier les belles choses... car il y a toujours de belles choses à apprécier quand nos yeux sont ouverts. Peut être faut-il juste apprendre à ouvrir les yeux. Aujourd'hui mes yeux étaient ouverts au positif et à la surprise. Et quand on est dans cet état d'esprit, quand on prend la route avec confiance, optimisme et amour, quand la peur n'est plus un frein à la rencontre et aux bienfaits que la vie peut nous apporter, il ne nous arrive que des belles choses.

Le début de la route était tout de même une mise en bouche assez violente, avec à peu près 45 min de côte pour sortir de l'agglomération d'Ankara. C'est pendant la descente que je me suis rendu compte qu'en fait il faisait froid ! 8° sur mon compteur. Je mets mes gants et je reprends la route bien décidé à lui faire un sort !

Je n'aurais pas dit mieux 
La région est de plus en plus perdue  
Même le chien se demande ce qu'il fait là  
En voyant ça je me demande comment je vais pouvoir bivouaquer discrètement !  

Pour illustrer ce que j'expliquais à propos des yeux ouverts aux belles choses, je me suis arrêté assez tard dans une station service Shell en expliquant au personnel que je voyage à vélo et je souhaiterais poser ma tente derrière leur station. Ils m'ont accueilli encore mieux que je ne l'aurais imaginé dans mes rêves. Ils sont 3 employés à travailler 24h d'affilée aujourd'hui. Ils seront donc la toute la nuit et pourront être là pour surveiller mes arrières.

Il y a une bonne herbe bien grasse derrière la station service, parfait pour moi, je vais bien dormir !  

Ils ont été très accueillants avec moi, me réservant la meilleure chaise dans leur local, m'offrant tout de suite du thé et des gâteaux, ils ont même été me chercher un kebap dans le restaurant d'à côté, cadeau ! Le plus âgé, Hasan, parle l'allemand, et l'un des jeunes, Ahmed, parle un peu l'anglais, donc il y avait des possibilités de communiquer.

Mes amis de chez Shell, ça méritait bien une petit pub.  

Demain, le même vent en deux fois plus fort est prévu par la météo. J'ai beau avoir appris à sourire dans la difficulté je ne suis pas masochiste. J'ai expliqué mon problème à mes amis de chez Shell, qui vont relayer l'information à leurs remplaçants demain matin. Ils devraient m'aider à trouver un camion pour me rapprocher d'Aksaray. Avec un peu de chance j'y serai demain soir pour mon anniversaire !

28
mars

Altitude actuelle : 1021 m

Petite introduction d'abord. Comme je l'avais évoqué précédemment, la route d'Ankara à Kulu a été plus froide que prévu, et n'étant pas assez couvert j'ai attrapé un petit rhume, je suis un peu malade depuis hier. J'ai donc décidé de ne pas prendre la route aujourd'hui pour reprendre des forces. Ce sera donc le récit de ma journée d'hier et mes impressions sur Aksaray.

La journée d'hier a commencé assez tôt car j'avais rendez-vous à 7h pour petit déjeuner avec mes copains de la station Shell. Après cela, pendant que je remballais ma tente, ils sont tous les 3 venus me voir pour me dire adieu et m'offrir au passage un sac rempli de bonnes choses. Ça m'a touché, la journée commençait bien.

Cadeaux d'adieu de mes amis de la station service  

Cette journée aura été une aventure humaine à défaut d'être une aventure sportive. Déjà je n'avais pas encore fini de ranger mes affaires, mes amis de la station service m'avaient déjà trouvé un camion remorque qui allait à Aksaray et acceptait de m'emmener. Mon camarade de route ne parlait évidemment pas un mot d'anglais.

Le vélo a tenu. Un miracle.  
Rien de méchant, juste un chauffeur routier qui s'est endormi. Il faut juste ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment.  
La seule région plate de Turquie, et je la traverse en voiture ! J'ai du oublier mon cerveau à Ankara.  

C'est intéressant de voir que certaines personnes, qui savent pourtant que je ne comprends pas le turc, s'obstinent à me répéter inlassablement la même phrase dans leur langue en voyant que je ne comprends pas ce qu'ils me disent. Comme si dans leur tête, si ils disent ces mots en les répétant plus forts, ils vont commencer à prendre du sens par magie ! C'est amusant de voir la réaction de certaines personnes qui se sentent impuissantes à communiquer (ils n'en ont absolument pas l'habitude) et surtout de voir leur réaction. C'est à ce moment là que l'on peut distinguer les gens plus malins et les autres. Les plus intelligents oublient leur langue maternelle, et ne parlent plus qu'avec des gestes, voire ne parlent plus du tout. Ils se contentent d'apprécier ma présence bienveillante. Ils acceptent ce silence. Les autres n'arrivent pas à imprimer dans leur tête que les mots qui sortent de leur bouche ne sont pour moi que des sons, des grognements d'animaux impossibles à interpréter. Leur cerveau est trop étroit pour accepter cet état de fait et s'adapter. Ils continuent à me parler et on sent que leur frustration grandit. On a presque l'impression qu'ils se disent "mais ils est vraiment débile ce type, j'ai beau répéter 10 fois ma phrase il ne comprend rien !"

Bref, ce sympathique conducteur me dépose à Aksaray et m'évite ainsi 2 jours de forts vents défavorables et surtout de passer mon anniversaire seul dans ma tente.

Aksaray  

Aksaray n'est pas une très jolie ville mais elle est très intéressante car pour là première fois de mon périple j'ai vraiment l'impression d'être en Asie. La ville est beaucoup plus religieuse, beaucoup plus traditionnelle. L'influence européenne en Turquie s'arrête ici. Je suis vraiment entré en orient. La majorité des femmes sont voilées, il y a plus de pauvreté, beaucoup d'enfants m'ont harcelé pour de l'argent ou pour laver mes chaussures (vexant), les gens sont beaucoup plus mates de peau, on commence à voir les premières personnes avec les yeux un peu bridés (sans doute des minorités turkmènes ou Kazakhs).

J'avais quelques heures à tuer, je me suis donc posé dans un parc au centre ville et ne suis pas resté seul très longtemps... Un vieux monsieur est d'abord venu m'offrir un thé et me parler de mon vélo, puis un jeune est venu se joindre à nous, sans doute attiré par la mélodieuse musique traditionnelle que crachait tout en saturations la mini radio de mon premier visiteur, et enfin un 3e larron est venu s'asseoir à côté de nous un peu plus tard, un afghan qui avait l'air plus intelligent que les autres car il avait la finesse de ne pas parler. Les deux autres s'égosillaient en turc, l'afghan ne disait rien mais on échangeait parfois quelques regards complices et ses yeux bienveillants me disaient : "j'ai bien compris que tu ne comprends pas ce que disent ces deux abrutis, ne fais pas attention ils ne sont pas méchants. J'apprécie ta présence, que dieu bénisse ta famille". Ceci pour illustrer ma réflexion sur la réaction des gens face aux problèmes de langues.

Mes "copains" du parc 

J'ai fini par quitter le parc quand le jeune a commencé à vouloir voir de plus près le contenu de mon portefeuille et m'a demandé de lui donner de l'argent pour s'acheter des cigarettes. J'ai refusé fermement, il n'a pas insisté et je suis parti retrouver mon hôte de l'autre côté de la ville.

Il s'appelle Halishan et est maître d'école au jardin d'enfants. Il m'a invité dans un excellent restaurant traditionnel puis nous avons retrouvé ses amis dans un café à la mode du coin pour boire un thé. Ici pas d'alcool au menu, j'ai l'impression d'être arrivé dans un autre pays après Ankara, la différence est vraiment frappante.

Une des nombreuses spécialités gastronomiques turques  
Les amis de Halishan 

Demain j'aurai repris mes forces, je m'attends à une route difficile assez vallonnée pour la Cappadoce. Attendez vous à voir de belles photos !

29
mars

Nombre de km : 96

Nouveau record de vitesse : 63,5 km/h

Altitude actuelle : 1100 m

Un départ sous la pluie ce matin. Je savais que la journée allait être rude et longue mais je connaissais aussi un paramètre capital : le vent allait me pousser. Dans ces conditions, la route est une délectation de chaque instant.

La sortie de Aksaray, rude.  

"chaque instant "... Je vais tout de même relativiser car le vent n'est pas le seul paramètre à prendre en compte. La route aujourd'hui a été ponctuée de nombreuses côtes et la qualité de la route ne fait qu'empirer. Quant à la bande d'arrêt d'urgence, plus on s'aventure vers l'est et plus elle a tendance à se réduire comme peau de chagrin. Mais ça reste encore raisonnable. Et j'ai tout de même continuellement les yeux bloqués sur le rétro-viseur, les chauffeurs routiers ont visiblement une fâcheuse à s'endormir au volant ici. Exemple, ce matin la route était bloquée par un camion renversé, le 2e que je croise en 2 jours. Les voitures étaient bloquées derrière, il y avait un attroupement constitué de conducteurs, de routiers et de gendarmes. Je dépasse toutes les voitures et tente timidement de dépasser également le camion renversé. C'était sans compter sur la vigilance d'un gendarme plus zélé que les autres... Ou juste qui s'ennuyait... Bref, il m'a stoppé, demandé en turc et avec des gestes ce que je fais là tout seul au milieu de nulle part sur mon vélo, il m'a demandé mon passeport et je me suis exécuté. La scène qui suivit était assez caucasse, le gendarme feuilletait mon passeport, regardait les nombreux visas qui le constituaient, et a semblé faire la moue en découvrant le tampon arménien. Mais il n'était pas le seul à admirer mon tableau de chasse, quelques 5 ou 6 hommes l'entouraient, tous passionnés par ce passeport si prestigieux de la République française.

Après avoir nourrit sa curiosité en prenant un air professionnel, il m'a demandé de circuler. Je pouvais à nouveau reprendre la route et apprécier à nouveau ce délicieux vent de dos. Jean-Guy est un vrai copain maintenant.

Le gendarme zélé c'est le monsieur à gauche 
Au cœur de ce gigantisme, poussé par le vent, le sentiment de liberté est sans égal  
La pause déjeuner  

Je suis arrivé à Ürgüp en Cappadoce chez mon ami Gokay, dont la famille gère un superbe hôtel au cœur de la ville. Il n'avait plus de place chez lui car il avait déjà des amis à la maison. Qu'à cela ne tienne, il m'a offert une incroyable chambre de l'hôtel creusée directement dans la roche, aussi appelée troglodyte.


  Arrivée en Cappadoce et retrouvailles émues avec la region


Ürgüp  
Ma suite troglodyte  

J'ai eu droit à un dîner au restaurant de son hôtel avec la meilleure place et une vue magnifique sur la ville et sur un orage à l'horizon. Le restaurant était envahi par un groupe de touristes chinois. Ces derniers m'ont offert un spectacle amusant et triste à la fois. Une fois à table, ils parlaient peu, ils avaient presque tous la tête penchée sur leur smartphone à faire défiler leurs photos du jour ou à ecrire des messages. Ils avaient 10m à faire pour se retrouver sur la terrasse et admirer la vue, la puissance de l'orage lointain, les montagnes, le ciel d'un gris apocalyptique. Non, ils préféraient ne pas expérimenter le monde qui les entoure, plutôt que de vivre le moment présent ils revoyaient leurs photos. Je me demande si ils gardent vraiment des souvenirs de ces vacances, à part ces instants sauvegardés froidement sur carte SD, ces cartes postales narcissiques. Le véritable souvenir est dans le ressenti, pas dans l'image.

La vue depuis le restaurant  

Comme on n'est pas à une contradiction près, je vais prendre tout plein de jolies photos demain parce que c'est tout de même la Cappadoce et que ce serait dommage de passer à côté de ces bijoux que la nature nous offre.

Pas de vélo demain.

30
mars

Quelle joie de retrouver cette magnifique région après 3 ans !

J'ai commencé la journée en me promenant dans la ville de Ürgüp, qui a pour décor des superbes grottes troglodyte en plein centre ville. Voici les photos, ça parle plus que des descriptions pompeuses :

Les maisons troglodyte de Ürgüp 

Après un bon déjeuner... Disons plutôt... après un déjeuner dans un petit restaurant pour locaux de la ville, je me suis précipité dans le premier minibus pour un quelconque endroit joli de Cappadoce, pas trop difficile à trouver. J'ai choisi la "Red valley".

La Red valley 

Sur quasiment tout mon parcours j'étais absolument seul au monde dans un décor à couper le souffle jusqu'à ce que j'entende des jappements de chien. Un chien semblait bloqué dans l'une de ces innombrables et impraticables grottes et il gémissait en continu d'une manière presque effrayante. En tant qu'ami des animaux mon sang n'a fait qu'un tour, et je me suis rapproché des bruits en pensant aider un chien en détresse. Les jappements se faisaient plus clairs et macabres. J'avance dans une sorte de grotte ou souterrain, et je tombe nez à nez avec un chien bloqué à 1 m du niveau du sol mais n'ayant pas besoin de moi pour retourner sur la terre ferme. Le plus effrayant dans cette rencontre du 3e type est que ce chien, tout en continuant à japper, remuait étrangement ses pattes arrière et surtout montrait continuellement les crocs comme un chien très malade, voire enragé. J'ai choisi de ne pas faire mon bon samaritain, malgré ce jour de vendredi saint ! Je me suis éloigné de lui doucement sans tourner le dos et une fois que je n'étais plus à portée de vue j'ai décalé comme un lapin ! J'ai beau avoir fait mon vaccin contre la rage, je n'ai pas envie de jouer avec le feu !

Je suis arrivé dans une sorte de café pour faire une pause bien méritée quand une escouade de gendarmes a débarqué à l'improviste pour contrôler tout le monde. Je donne docilement mon passeport, tout est en règle. Mais au moment où les gendarmes allaient quitter les lieux la vision inquiétante de ce chien m'est revenue à l'esprit. Je me suis levé et ai expliqué au plus gradé, ou plutôt au plus âgé, ce que j'ai vu et le danger potentiel que ce chien pouvait représenter pour les autres potentiels marcheurs. Mais il ne parlait pas un mot d'anglais, il a donc fallu puiser dans mes talents de bruiteur et de mime pour lui faire comprendre la situation. Maintenant nous allons prendre un peu de recul et admirer cette scène hors contexte, je crois que ça vaut son pesant d'or. Voici la scène : je suis debout, nez à nez avec un gendarme turc en train de lui faire des grognements de chien méchant tout en montrant les crocs de la manière la plus agressive possible, tentant en même temps de baver pour qu'il comprenne bien qu'il s'agit d'un chien enragé. Il a réussi à garder son flegme en me disant que tout va bien, les autres spectateurs de la scène, à savoir les clients du café, avaient du mal à cacher leurs fous rires. Ce n'est qu'au moment où je suis retourné à ma place que j'ai réalisé à quel point la scène devait être comique vue de l'extérieur.

Toujours la Cappadoce, vue d'en haut  

Après ces pérégrinations, j'ai profité d'un excellent dîner toujours à l'hôtel de mon ami Gokay qui m'a reçu véritablement comme un prince. Son hôtel est le Temenni Evi à Ürgüp, ça vaut le détour ! Il m'a emmené ensuite passer la soirée dans un bar très sympathique de la ville où ils ont chanté, joué au piano en buvant du vin rouge. Magnifique ambiance, inattendue.

Le bistro de ce soir 

Demain je reprends la route direction Kayseri, pas une ville très intéressante mais pas mal de montagnes en perspective, surtout après. Le principal c'est d'y être préparé psychologiquement.

31
mars

Nombre de km : 80

Altitude actuelle : 1176 m

Avant de partir sur la route, j'ai pris le petit déjeuner à l'hôtel avec mon ami Gokay, et il m'a surtout fait l'honneur de me montrer les galeries secrètes creusées sous sous son hôtel directement dans la montagne. Ces dernières auraient été creusées par les premiers chrétiens il y a bien longtemps. Ils vivaient dans ces galeries, protégés de toute agression extérieure.

L'hôtel dans lequel j'ai été généreusement invité, et grassement traité. Un petit coin de paradis.  
Le petit dejeuner 

Je pars donc sous un soleil radieux direction Kayseri. Je dois avouer avec un peu de honte que tout s'est très bien passé aujourd'hui, rien de spécial à déplorer à part des côtes assez redoutables et une arrivée sur Kayseri que n'en finissait plus. C'est intéressant de voir que quand tout se passe bien, c'est finalement moins amusant à raconter et peu inspirant. On a en général plus d'énergie pour exprimer et partager une douleur ou une aventure de coiffante que pour décrire une route calme et sans embûches. Mais la réalité est ainsi et je n'ai pas encore passé le cap d'inventer des histoires pour rendre mon récit plus palpitant, je m'en tiendrai à la vérité, même si elle sera parfois sans aucun intérêt.

La route aujourd'hui  

J'ai trouvé jusqu'à présent mon meilleur endroit pour la pause déjeuner, avec vue sur la montagne Erciyes Dagi , qui culmine à 3800 m. Mais pas certain que ça se distingue sur les photos, il va falloir me faire confiance.

Oui on ne voit pas trop la montagne, elle est cachée sous les nuages au loin.  

Arrivé à Kayseri chez mon hôte, Burak, qui vit au 13e étage d'un haut immeuble. Le résultat, c'est une superbe vue sur cette fameuse montagne, mais qui va très prochainement être effacée par un immeuble en construction pile dans l'axe. Pas de bol.

La future-ex vue sur les 3800 m de cette montagne dont j'ai oublié le nom.  
Mon copain Burak et moi. Désolé c'est pas très beau à voir, j'ai un peu brûlé aujourd'hui. 

Demain je ne sais pas encore où je vais dormir mais ce sera très probablement sous la tente. Je vais tenter près d'une station service en espérant être aussi bien accueilli que lors de la précédente, surprise !

1
avr

Nombre de km : 72

Altitude actuelle : 1450 m

Ma vue au réveil.  

Ce matin, mon hôte Burak m'a fait l'amitié de m'accompagner à vélo jusqu'à l'autoroute. Il y avait tout de même 15 km de bonnes côtes à traverser, c'était intéressant de le faire avec un compagnon car la différence est saisissante ! Lorsqu'on est tout seul, monter une série de côtes interminables pendant 90 minutes est très rapidement un enfer, une impasse psychologique, nos forces nous abandonnent et chaque col de plus, chaque côte cachée derrière un virage est une véritable souffrance physique et psychologique. Quand on est accompagné, on partage cet effort, ce qui adoucit déjà la difficulté psychologique, mais au delà de ça on a surtout un compagnon à qui parler, ce qui aide considérablement à oublier la montée et surtout ne plus penser à l'effort. Ce n'est que dans la tête. A la fin de la côte on se rend compte qu'on est arrivé, oui on a mal aux jambes, on transpire et on souffle, mais on est arrivé sans même s'en apercevoir. Si je suis tout seul, chaque coup de pédale sera une torture une fois dépassé le seuil de tolérance. Ce seuil de tolérance n'existe presque pas si on est accompagné. Seulement voilà, je voyage seul. Il faut croire que j'aime me faire mal.

C'est les premières photos de moi à vélo alors je me lâche ! Ça aide quand on est deux.  

J'ai remarqué dernièrement que plus je me dirige vers l'est, plus les voitures et camions clacsonnent amicalement. Bien sûr un clacson de poids lourd, ça à beau être amical, c'est extrêmement désagréable et fait même sursauter. Quand on est en équilibre sur une mini bande d'arrêt d'urgence, ça peut devenir dangereux ! Enfin ils font ça gentiment donc ça va...

C'est un peu répétitif mais je ne m'en lasserai jamais.  
Ma vue pour la pause déjeuner.  

Après le déjeuner j'ai eu besoin de remplir mes bidons qui commençaient à se vider dangereusement. Je vois par chance une sorte de fontaine, avec des gens (deux couples) qui pique-niquaient à côté. J'y vais. Je suis à peine descendu de mon vélo que l'un des hommes s'est approché de moi et m'a tendu un quartier de pastèque, j'avais soif, je ne pouvais pas refuser un tel cadeau. Mauvaise surprise, la fontaine ne marchait pas. Qu'à cela ne tienne ! En lisant la déception sur mon visage, ils ont tout de suite compris le problème et m'ont sorti de l'eau de leur coffre pour remplir mes bidons. C'est une petite chose sans importance, rien d'exceptionnel, mais ça témoigne du fait que ces gens ont vraiment ce sens du partage et de la solidarité dans le sang. Je n'ai même pas eu besoin de leur dire ce dont j'avais besoin, ils voulaient m'aider. Ils avaient de la considération pour moi et me montraient que j'existais à leurs yeux. Ça n'est pas grand chose mais ce genre de gestes simples n'est pas si commun par chez nous.

Ces gens m'ont donné un autre morceau de pastèque à mon départ. Je leur rend hommage par cette photo.  
Tradition et modernité  
La neige, c'est mieux quand c'est loin.  

Après environ 70 km je me suis dit qu'il était temps de trouver un endroit où dormir. Autant s'économiser pour demain car la journée s'annonce montagneuse et venteuse. J'ai donc rapidement trouvé, après 2 km, une station d'essence avec un restaurant de route. Je n'ai pas réfléchis bien longtemps, je leur ai demandé si je pouvais poser ma tente derrière la station. Pas de problème pour eux, parfais. Mais après, j'ai plutôt sympathisé avec les gens du restaurant. Ils m'ont offert le thé, j'ai parlé de mon voyage. A un moment j'ai remarqué que le patron du restaurant avait dans ses mains une sorte de chapelet musulman (ici dans cette région plus religieuse, toutes les personnes de plus de 50 ans en ont un dans les mains et jouent avec). En le voyant jouer avec les petites boules de son "chapelet", j'ai pensé à lui montrer celui que les parents de Hasan m'ont offert à Istanbul, puis je n'ai pas pu m'empêcher de lui montrer mon chapelet chrétien. Il l'a regardé sans commenter, en revanche l'un de ses camarades de tablée n'a pas semblé apprécier la" provocation" et à immédiatement fait la moue en chassant le chapelet du regard et en disant une phrase avec "Allah" dedans. Je n'ai pas insisté. En fait ça m'amuse occasionnellement de voir la réaction des gens en voyant le chapelet. Ça peut être du respect profond entre personnes de foi, ça peut être de la curiosité neutre, de l'indifférence... Et parfois (rarement) de l'hostilité. Je ferai le test en Iran, on va voir comment ça se passe.

L'un de mes copains du restaurant, le cuisinier.  

La nuit risque d'être froide. On est à presque 1500 m, et les nuits sont encore très fraîche en cette saison. Si je ne me réveille pas, vous saurez où est ma dépouille. (j'aurais fait la blague au moins une fois !)

2
avr

Nombre de km : 86

Nouveau record de vitesse : 73 km/h

Altitude actuelle : 1655 m

Pour commencer, une petite précision. Cet article a été rédigé le 2 avril au soir, mais n'ayant pas de réseau à l'endroit où j'ai planté ma tente, j'ai du le publier le lendemain pendant ma pause déjeuner.

Quelle journée ! Quel vent ! Quelles montagnes ! Et quelle solitude ! D'abord je reconnais que je suis parti sur la route ce matin un peu négligemment. Je savais que j'allais devoir affronter de nouveaux records d'altitude, mais j'étais très loin d'imaginer les difficultés que j'allais rencontrer.

Ça grimpe, ça grimpe.  

J'ai eu tout au long de la journée des côtes et des descentes accompagnées en permanence d'un vent latéral extrêmement désagréable, et usant à la longue. Sans exagérer le vent était facilement à 100 km/h et je le soupçonne d'avoir tenté des rafales à 120 km/h en voyant que je garde mon calme. C'est lui qui a gagné.

Seul au monde... Même les maisons sont vides  

Autre difficulté, l'altitude. J'ai été à plusieurs points proche des 2000 m. Le problème a cette altitude, c'est tout d'abord qu'il fait plus froid, l'autre problème bien plus conséquent, c'est qu'on ne croise pas une ville, parfois un village en ruine, aucune station service ni restaurant de route. J'avais pris la fâcheuse habitude de me reposer sur les stations services car c'est une zone sûre, il y a de l'eau et de la nourriture, et des gens à qui parler. Dans les précédentes régions, les stations et restaurants de route pullulaient. J'avais le luxe de pouvoir me dire : "ah non celle là ne me plaît pas, je vais m'arrêter à la prochaine". Aujourd'hui j'étais à mille lieues de pouvoir me poser ce genre de question. Je crois que je n'ai rien croisé en plus de 70 km.

Le ciel menaçant m'a forcé à accélérer le rythme malgré la fatigue  
A l'approche d'altitudes inquiétantes... Où dormir ?  

L'autre problème de taille, c'était l'eau. Au bout de 70 km je me suis retrouvé au milieu des montagnes, sans connexion internet pour vérifier la route, sans savoir qu'elle surprise se cache derrière prochaine côte et le prochain virage, et ma réserve d'eau vide. Bref, beaucoup de doutes et de questions. J'ai hésité à tenter l'auto-stop pour me déposer à la prochaine station mais je voulais éviter cette solution, qui d'ailleurs n'est pas si sûre de marcher et les véhicules étaient rares. Il valait mieux avancer et faire confiance en la providence. Un paramètre à connaître c'est qu'evidemment il était impensable de bivouaquer sans avoir d'eau. Je devais donc soit trouver une station d'essence, soit trouver de l'eau. Je roule. Je regarde le bord de la route comme toujours pour éviter les cailloux et autres pièges, et je vois deux petites bouteilles d'eau pleines. Je m'arrête sans trop y croire, j'ouvre l'une des bouteilles. Elles étaient neuves ! Alors là c'est franchement à se demander si mon ange gardien n'y est pas pour quelque chose... Et ce n'est pas fini ! Je roule encore 5 km et je vois une sorte de fontaine laissant s'écouler un léger filet d'eau. Un poids lourd était garé à côté. Je m'approche de la fontaine mais dans le doute, comme le chauffeur est là je lui demande si l'eau est potable. Il me répond que non. Heureusement qu'il était là car je l'aurais bue et aurais certainement passé une bien mauvaise nuit ! Ensuite en voyant la détresse sur mon visage, il met son doigt en l'air, sort de son camion on grande bouteille d'eau et me l'offre. Magique. J'en profite ensuite pour lui demandé dans combien de km est la prochaine station d'essence. Il me dit 25 km. Ma décision était donc presque prise de m'arrêter ici, mais il me manquait il dernier argument choc : ma roue arrière à crevé. Tous les éléments étaient réunis pour que je plante ma tente ici, je l'ai donc fait. Devant une petite rivière pour la toilette, parfait. En revanche pas assez de bois pour faire un feu, et un froid de canard. J'ai donc passé la soirée dans la tente à attendre impatiemment le lendemain.

Petite anecdote intéressante, j'ai été poursuivi par 5 ou 6 chiens en furie qui m'ont suivi sur au moins 150 m en aboyant hostilement. Je continuais à avancer en essayant de les ignorer, mais ils s'acharnaient à me suivre. J'ai donc tenté une autre technique, celle du male dominant. Ça a marché. J'ai regardé le chien le plus virulent dans les yeux et ai hurlé très fort, et instantanément il a stoppé sa course. Je ne pensais pas que ça serait si radical. Je garde cette technique pour les prochains. Si il y a des intéressés, j'ai filmé la scène en même temps. Demain devrait être une journée plus douce, du moins je l'espère.

3
avr

Nombre de km : 80

Altitude actuelle : 1172 m

Autant le dire tout de suite, j'ai beaucoup de belle choses à raconter mais je suis actuellement dans un village, entouré d'une vingtaine de turcs âgés de 17 à 30 ans qui m'offrent tout avant même que j'aie à le demander et me posent chacun leur tour des milliers de questions. C'est donc assez difficile de me concentrer dans ces conditions mais je vais faire de mon mieux. Je reviendrai plus tard sur cet épisode.

Ce matin, le réveil a été compliqué car il a fallu sortir d'un sac de couchage bien chaud pour affronter un froid de montagne. Ensuite j'ai du réparer ma roue crevée, et j'ai pu attaquer la route dans de bonnes conditions... Pas le choix car une très grosse côte m'attendais dès le début, pas le temps de s'échauffer, et un col de 1850 m à escalader à 8h30 du matin, ça pique.

En haut de la côte, on peut commencer à s'amuser ! 

En revanche la suite a été beaucoup plus amusante, pendant à peu près 45 minutes, je n'ai cessé de descendre à des vitesses parfois vertigineuses, j'étais à plusieurs reprises proche de battre mon record d'hier (73km/h). J'ai regretté d'avoir laissé mes gants au fond de mon sac, mais pas question de s'arrêter pour y remédier. Tant pis, mes mains vont ressembler à des mains de berger afghan, brûlées par le vent et le soleil. Elles en prennent déjà le chemin en fait.

Avant la descente 

Après une pause déjeuner bien méritée... Ah pardon, on vient de me demander ce que je pense de Erdogan... Apparemment la réponse a plu, on m'a même serré la main chaleureusement...je suis à nouveau à vous. Après cette pause déjeuner bien méritée, disais-je, j'ai pu voir sur la carte des reliefs une nouvelle embûche de taille. J'étais descendu à moins de 1100 m mais il va falloir remonter à nouveau à près de 1500 m en pleine digestion. Soit. Je l'attaque plein de bonne volonté, mais m'arrête au début pour mettre de la musique rythmée dans mes oreilles pour m'aider dans la côte. Une technique qui a fait ses preuves. A ce moment là j'entends approcher un tracteur avec une remorque... Mmmh... La tentation est grande, je laisse mon pouce se tendre en l'air vers la route, puisqu'il en mourait d'envie. Mon visage se pare de son plus gentil sourire pour rassurer le brave paysan. Il s'arrête. Je n'y croyais même pas ! Je monte dans la remorque avec mon vélo et j'apprécie le paysage. Le plus incroyable c'est que la destination de ce monsieur était absolument au sommet de ce col de l'enfer ! Ensuite il n'y a plus qu'à se laisser descendre.

L'envoyé de mon ange gardien  

La descente a été un spectacle de toute beauté. J'ai encore atteint de telles vitesses que j'ai été obligé de doubler un camion par la file de gauche. Dangereux mais très amusant ! A un moment précis, alors que ma vitesse atteignait des sommets, la vue s'est complètement dégagée devant moi, me donnant véritablement l'impression de voler !

Les zones pas trop raides de la descente.  

Pour la suite, je vais passer directement à l'essentiel, ma recherche d'un endroit pour dormir. Ce sera long, la suite de la journée à été une succession de surprises. J'avance donc et découvre sur la route une belle station service, plutôt bien située avec un restaurant et une vue imprenable sur les montagnes. Mon intuition me dit fonce ! J'y vais, et pendant que je regarde la carte sur mon téléphone, l'un des employés de la station me propose spontanément de m'installer à l'intérieur avec lui et les autres pour prendre un thé. Évidemment j'accepte, le contexte est parfait pour leur annoncer mon plan pour ce soir. Je leur demande donc si il y a de la place pour poser ma tente et la réponse est négative. Après bien des difficultés de traductions j'ai fini par comprendre qu'il n'a pas trop le droit et que si il est contrôlé par les gendarmes il risque des problèmes, mais il me suggère de frapper à la porte d'un camp militaire à 10 minutes en vélo. Un peu déçu, mais finalement de plus en plus emballé par l'idée, je fonce chez les militaires. Ils me voient arriver de très loin, s'interrogent sur ma venue, demandent mon passeport, vérifient le contenu de mes sacs. (petite précision, ils sont en guerre ouverte en Syrie en ce moment alors c'est l'état d'urgence partout). Ils sont finalement bien sympathiques, m'offrent une cigarette que je fume par politesse (ici c'est comme ça), parlent au supérieur, puis au supérieur du supérieur, finalement ils me refusent l'entrée mais ont appelé pour moi un ancien militaire qui maintenant tient un petit café au bord de la route dans le village du coin, il y a de l'herbe, l'endroit est bon pour planter ma tente. On y va ensemble, lui en voiture, moi à vélo. Je découvre alors mon lieu de camp. Un bout d'herbe en face du trottoir et de la route, à peine une clôture. Mais ici c'est comme ça, tout le monde fait confiance en tout le monde, les vols n'existent apparemment pas.

C'est alors que je commence à sympathiser avec les adolescents qui travaillent au café pour ce monsieur. Un peu timides au début, ils prennent vite leurs aises et l'un d'eux me propose de prendre ma douche chez sa maman. Je dis non, il insiste, j'accepte. On traverse tout les 4 le village, en passant par des coins qui semblent très pauvre mais les gens ont l'air pourtant tellement heureux ! On arrive chez sa maman, un vielle maison traditionnelle où l'on s'assied par terre pour boire le thé.

En haut à droite c'est la vue depuis leur fenêtre, normal.  
La maman et la maison. C'est beau.  

Je ne peux pas entrer dans les détails mais ces gens m'ont donné tellement de choses, et toujours spontanément, c'est gênant parfois, on n'a rien à leur donner en guise de remerciement, juste de l'argent, mais ils sont bien trop fiers pour accepter le moindre centime.

Après ce moment inattendu, on retourne ensemble au café, où j'y avais laissé mon vélo et toutes mes affaires sans la moindre surveillance, aux vues de tous. Rien n'a bougé, je ne devrais plus en être étonné. On se pose à l'intérieur et petit à petit de plus en plus d'hommes entrent dans la pièce, certains viennent 5 minutes et repartent, tout le monde me salue. C'est comme si tout le monde était au courant de ma venue et voulait voir l'attraction. A certains moments on était 15 ou 20 hommes, pas une femme. Ca rigole, chacun me pose des questions, veut rire avec moi, évidement il n'y en a pas un qui parle anglais. Pendant ce temps on me sert sans me demander, de quoi manger, de quoi boire, puis du thé et des gâteaux. J'ai appris plus tard au moment où tout le monde payait en partant que tout était gratuit pour moi. J'en ai tellement pris l'habitude que c'est devenu normal maintenant. Ça va me faire bizarre en rentrant à Paris quand le serveur me demandera de payer l'addition, et même pas avec le sourire.

Mais retournons un peu en arrière dans la salle remplie d'hommes. A un moment donné, un homme entre dans la pièce, en voyant tout le monde se lever pour le saluer, le comprends que ce n'est pas n'importe qui. Je pense à un notable du coin, le maire... Non, on est dans un village au milieu de la Turquie, c'est un religieux. Les autres lui explique que je suis français et en voyage à vélo, l'homme me salue, la main sur le cœur avec la même bienveillance que le ferait un prêtre bien de chez nous. Il me dit des paroles qui semblent se référer à Allah. Après quelques discussions, je me rend vite compte que l'homme n'est pas venu voir le match de ligue des champions. Il ouvre son livre écrit à la main et commence à chanter une prière en arabe. Alors à ce moment là, je vois la moitié des regards se poser sur moi, tous les petits curieux qui veulent voir comment je réagis, si j'ai l'air de trouver ça bizarre ou d'apprécier... Cette pression additionnée au caractère inattendu de la scène m'a donné envie de laisser échapper un fou rire. Dieu soit loué, j'ai réussi à le contenir, sinon je ne serai sans doute plus là pour vous raconter tout ça. Mais j'ai pris définitivement le dessus sur ce besoin nerveux de rire au bout de 20 secondes. Après je suis entré dans un mode de contemplation et d'analyse. C'est passionnant de voir l'imam après avoir prié, parler à ces jeunes de la vie, de la morale, etc. J'aurais pu voir la même situation en France avec un prêtre, et il est fort probable que le fond et même la forme de son discours soient similaires.

Après cette prière collective, une fois que le prêtre... Pardon l'imam est parti, tout le monde s'est relâché et a recommencé à fumer, rire et parler fort. J'étais toujours au centre des attentions. L'un d'eux en apprenant que j'étais graphiste m'a demandé de le dessiner, je l'ai fait. Il était ravi.

Je suis au milieu, je commence à me fondre dans le paysage.  

Une précision intéressante, le garçon qui est à ma gauche sur la photo... Enfin à droite de moi quand on regarde la photo, c'est un vétéran de l'armée qui a du arrêter car il a perdu une jambe en marchant sur une mine. Il faisait la guerre contre les Kurdes du PKK et c'est fait prendre par la mine aux alentours de Bitlis en zone kurde de Turquie (proche de ma route d'ailleurs). Il était sniper et me montrait fièrement ses photos de militaire et m'a même montré une vidéo (âmes sensibles s'abstenir) sur laquelle on le voit exécuter sommairement deux femmes combattantes du PKK. Il était fier de me montrer cette vidéo. Il est considéré comme un héros national car il a été gravement blessé au combat et avait longtemps combattu pour son pays. Il y a sur la photo 3 anciens militaires. Il ne faut pas oublier que la Turquie a une vraie culture de la guerre et les turcs partagent une grande fierté pour leur armée et ses conquêtes passées. Le gouvernement a d'ailleurs tendance, ces temps-ci, à glorifier ce passé conquérant et regarde l'Empire ottoman d'un œil un peu trop nostalgique...

Pour terminer sur une note d'espoir, demain je vise Malatya et j'ai déjà trouvé un endroit où dormir. Les détails demain soir.

4
avr

Nombre de km : 90

Altitude actuelle : 1006 m

Le café restaurant de route qui m'a accueilli pour la nuit à Balaban  

Pour commencer, il était difficile de quitter ce village où les gens m'ont accueilli le cœur grand ouvert. Comme souvent je serais volontiers resté plusieurs jours, mais mon voyage n'est pas sensé durer 5 ans. Il est tout de même agréable d'avoir cette sensation et cette certitude que si j'ai envie de changer radicalement de vie, je peux m'installer dans ce petit village au beau milieu de la montagne, tout le monde ici en sera réjouis et honoré de m'accueillir parmi les leurs. Les liens entre les gens sont ici si forts que j'ai la garantie que ces gens si sensibles, généreux et solidaires se mettront en quatre pour me trouver une maison et un travail. Je dois vous avouer que j'ai échangé quelques messages avec certains sur les réseaux sociaux depuis mon départ, leurs messages étaient : "ne nous oublie pas", "reviens vite nous voir", "tu es une bonne personne", "as-tu besoin d'aide ? "... Que de messages touchants !

Un début de route beau mais hostile.  

En partant ce matin j'avais dans l'idée d'affronter les 90 km, et surtout un redoutable mur de montagnes sans précédent dans mon voyage. Le but étant, si je croise dans les côtes un tracteur ou un camion avec une remorque, de tenter de les arrêter pour m'aider à monter. Même 2 km de côtes seraient d'une aide précieuse. Le bilan, j'ai commencé à escalader très généreusement une côte sans fin, sur une route vide. Donc pas d'espoir d'aide à l'horizon, que de simples voitures. C'est alors qu'à environ 1700 m déjà, je vois apparaître au loin un messie ayant pris l'apparence d'un camion à remorque d'un blanc immaculé. Je le vois approcher lentement, à pas de loup... Mais un gentil loup... Je m'arrête, commence à fixer le chauffeur dans les yeux et je donne tout ! C'est maintenant ou jamais ! Pouce en l'air, grand sourire innocent et des yeux insistants, légèrement tristes pour faire pitié mais pas trop, une transpiration abondante sur mon front (pas trop non plus, il ne faut pas le dégoûter), et la touche finale : un petit geste de la main montrant la courbure de la côte. Touché ! Il ralentit et s'arrête. Je mets mon vélo sur sa remorque et monte à côté de lui. Nouveau coup de chance, il passe par Malatya, ma destination. Je me dis que je me prive du plaisir de la descente mais au moins j'arriverai tôt pour profiter de la ville.

Il m'a même offert le déjeuner au passage. Je n'ai rien pu faire.  
Je passe à côté d'une magnifique descente avec un potentiel nouveau record de vitesse à la clé. Tant pis.  

Malatya est une ville très agréable. Agréable est le mot. Elle n'est pas magnifique mais il y règne une ambiance de bien-être, c'est vivant, dense, coloré, boisé. Pas si simple d'accès mais c'est une ville qui vaut le coup d'œil. Quelques photos:

Malatya, une belle surprise, dans mon top 4 des villes Turques  

Pour en venir à l'hébergement, j'ai aussi énormément de chance. J'ai fait une demande à Genç sur le site Warmshowers et sa réponse était positive, seulement il ne pouvait pas m'accueillir chez lui mais il travaille dans un bel hôtel au centre ville. Vous avez déjà deviné la suite... Il m'a réservé une chambre gratuite avec dîner et petit déjeuner offerts. Voilà comment ça se passe dans ce pays. Et ce n'est pas un fait isolé. Tous les jours de mon périple dans ce pays sont le théâtre de ce genre de générosités.

Ma chambre 

Une dernière chose et je vous libère. Il vient d'être publié un nouvel article sur moi sur un site internet autrichien de Vienne. Ça datait de ma visite là-bas, pour ceux qui parlent l'allemand profitez-en, je suis assez content de ce que j'ai répondu à l'interview. Leur choix de photo est aussi assez bon.

Le lien ci-dessous :

6
avr

Nombre de km : 100

Altitude actuelle : 1127 m

Aujourd'hui ce sera un article pour hier et aujourd'hui car après la journée que je me suis infligé hier, j'étais bien trop fatigué pour écrire quoi que ce soit.

Mais commençons par le commencement. Hier matin je ne savais pas encore comment allait se dérouler ma journée, encore moins où j'allais dormir. J'avais dans l'idée de faire Malatya Elazig en 2 jours et trouver un endroit agréable pour poser ma tente entre les deux villes.

J'ai donc quitté Malatya après un petit déjeuner de prince offert par l'hôtel. Je me suis mis en route en pensant vraiment faire une journée tranquille, seulement voilà... (j'aime bien cette expression de journaliste d'investigation à la télévision), tout ne s'est pas déroulé comme prévu, vous allez comprendre pourquoi. (là on a accroché le téléspectateur, on peut faire partir 7 minutes de pub !)

On trouve sur la route énormément de fausses voitures de police pour effrayer les chauffard. Des épouvantails d'autoroute.  

Mon idée étais de me poser sans un petit restaurant à mi-chemin, déjeuner là bas et voir si on peut y poser sa tente pour la nuit. J'y arrive à 12h20. Je déjeune, profite d'une superbe vue et tâte le terrain auprès des serveurs. Je peux poser ma tente mais sur un morceau d'herbe devant la route, en plein sur le passage des passants qui viennent admirer le panorama. J'ai réfléchis, puis j'ai dis merci... mais non merci.

Vue paradisiaque pour le déjeuner, poisson excellent. Le prix, eau et thé compris : 4 €.  Ahh je ne m'en lasserai pas !  

Voilà, après cet excellent déjeuner je finis par décider de reprendre la route et de tout faire jusqu'au bout. Seul hic, il va falloir avoir les jambes solides car ça va grimper... Et ça a grimpé ! Encore plus que je n'avais imaginé. Mais c'était intéressant de faire ce premier très gros test du voyage, à savoir 100 km montagnes comprises, car c'est une performance qui peut maintenant me servir de référentiel. Je sais que je peux le faire, et ce n'était même pas si infaisable. Mes genoux ont tenu bon, mes jambes et ma tête aussi. Je sens que je commence à avoir un rythme solide, mes jambes supportent bien plus qu'au début du voyage.

La côte que je baptiserai "côte qui fait transpirer, mais alors vraiment beaucoup transpirer"  
Cette sensation magique quand on arrive au bout de 2h de côtes non stop !  

Je fais le malin mais les 15 derniers kilomètres étaient vraiment douloureux et pénibles, je n'avais plus de jus, malgré les nombreux abricots secs que j'ai avalé pour retrouver la forme. C'est bon mais pas miraculeux.

Je suis donc arrivé non sans mal à Elazig mais fier de ce que j'ai accompli. Je pouvais dormir avec la satisfaction du travail bien fait. J'ai eu la joie d'être accueilli par Hakan, qui vit en colocation avec 5 autres hommes. 4 étudiants et un policier. Venons en donc directement à la journée d'aujourd'hui qui fut pour moi une journée de repos à Elazig.

Délicieux petit déjeuner dont ne profitera pas mon ami le chat qu'ils ont subtilement baptisé "little shit". 

Excellente journée dans cette ville d'Elazig qui est comme une petite Malatya. Ils se sont occupé de moi toute la journée, je n'avais qu'à les suivre, mettre mes pieds sous la table et rester moi-même... C'est à dire être drôle, d'agréable compagnie, supérieurement intelligent, mais toujours humble, c'est important. Je crois avoir bien rempli ma mission.

Un très gentil marchand d'épices, ami d'Hakan 
Elazig  

Ils m'ont fait le plaisir de m'emmener sur les hauteurs de la ville pour visiter de vieilles ruines, châteaux, hammams et mosquées Ottomanes.

Sur les hauteurs de la ville 

Et une excellente soirée et un bon diner ont su clôturer en beauté mes derniers moments à Elazig. Encore une fois c'est un déchirement de devoir partir demain, mais je n'ai pas le choix.

Merci les copains !  
7
avr

Nombre de km : 78

Altitude actuelle : 1050 m

Bouleversant ! Je n'ai plus les mots devant ces avalanches de grâces que ce voyage est en train de m'apporter chaque jour que Dieu a la bonté de me donner à vivre. Non seulement les gens sont de plus en plus gentils, mais ça s'accumule sans fin. Tous les jours un peu plus. Et je finis par m'apercevoir que ce qui m'arrive n'est pas un coup de chance mais une normalité ici. On accueille l'étranger comme on accueillerait son frère.

Petit déjeuner avec Hasan, avant de repartir sur la route.  
Petite photo d'adieu, merci Hakan !  
La route du matin.  

Je me suis arrêté pour déjeuner dans un restaurant de route dans lequel j'ai été accueilli comme une star de cinéma. Les serveurs, après m'avoir posé des questions sur mon vélo et mon voyage ont ébruité ma présence parmi les clients, les gens se levaient pour voir le héros à sa table, voir ce qu'il mange, si il est bien réel. Le patron et cuisinier est venu même s'asseoir à ma table pour déjeuner en ma présence. C'est amusant, je ne m'en lasse pas, c'est toujours touchant.

La petite famille qui tient le restaurant  
Le moment des adieux 

Sur la route des gens toujours plus que jamais amicaux. Maintenant c'est une personne que je croise sur deux qui me salue, me dit un mot d'encouragement ou juste un geste de tête accompagné d'un sourire. Aujourd'hui c'était le samedi, il y avait des enfants partout dans les villages, ils cherchaient tous à entrer en communication avec moi, mais moi je ne peux pas perdre ma moyenne... Je continuait donc ma route en leur accordant un salut de la main, ça leur suffisait.

Les paysages reverdissent 

Après 78 km dévorés sans grande difficulté, excepté certaines côtes, je tombe sur une station service plutôt bien placée. Je tente le coup. Au début le fils du patron de la station me propose de dormir dans la salle de prière en me confirmant que personne ne vient jamais prier. Ce ne me mettait pas vraiment à l'aise mais j'ai accepté. On m'a déplacé plus tard dans leur salle de pause, avec un vrai lit, je ne me suis pas fait prier.

La vue depuis ma chambre  
Ils m'ont offert un délicieux dîner que nous avons partagé à trois. Préparé pas la grand mère.  

Soirée très agréable avec ces gens, on a eu de longues discussions sur la religion, l'islam, le catholicisme.

Je disais au début de cet article que j'étais bouleversé. C'est le mot. Je commence à reprendre foi en l'homme, je vois de mes propres yeux que des millions d'hommes ne sont pas encore trop pervertis par la société de consommation et l'individualisme moderne. Ils ont des valeurs supérieures à leurs yeux aux valeurs de l'argent : l'humain, l'amour du prochain, Dieu, le respect, le partage, la solidarité, la sincérité, le don de soi... De belles personnes, au regard honnête, transparent et au sourire bienveillant.

Chaque jour ici est plus beau et rend mon âme plus belle, pourvu que ça dure.

8
avr

Nombre de km : 72

Altitude actuelle : 1113 m

J'ai entamé la journée avec un excellent petit déjeuner partagé avec mes amis de la station service, avant de faire des adieux déchirants mais qui font désormais partie de mon quotidien. C'est le jeu.

C'est ce qu'on appelle un petit déjeuner complet 
Adieu les amis  

Après ce petit déjeuner bien copieux, j'étais prêt à affronter les difficultés de la journées, à savoir des montagnes à escalader et un vent défavorable. Rien de bien réjouissant, mais ça ne peut pas être tous les jours la fête. Et ces moments désagréables nous font prendre plus de recul et apprécier d'autant plus les instants de repos et de tranquillité. On s'habitue à tout. Il faut parfois de bonnes piqûres de rappel pour savoir se délecter des bons moments.

La route, les montagnes, les côtes, les moutons...  

La région devient de plus en plus pauvre. Ici on croise très régulièrement des troupeaux, des vaches qui broutent sur le bord de la route, des bergers qui vous hurlent des amabilités que vous ne comprenez pas, des enfants qui jouent à chat avec des vaches dans leur jardin (je n'invente rien), des chiens morts sur le bord de la route, des fourmis tellement grosses qu'on peut voir leurs yeux... Ce pays devient de plus en plus amical et de plus en plus hostile à la fois.

Un exemple concret. Tandis que je grimpais les côtes tant redoutées, l'idée de me faire aider par un de ces engins à moteur commençait à me traverser l'esprit. Au bout de 20 minutes je vois passer à côté une voiture avec une remorque. Je tente le coup de pouce au dernier moment. Ça marche, la voiture s'arrête. Je suis aux anges. Une fois dans la voiture, je me suis retrouvé avec une famille qui semblait assez pauvre, le papa, la maman, et les 3 petits garçons derrière qui avaient entre 4 et 8 ans. On échange quelques informations superficielles à l'aide de Google translate, je parle du voyage etc. Au bout d'un moment, la traduction de la phrase de la maman était incompréhensible mais il y avait le mot argent dedans. Ça commençais à sentir mauvais. Quand ils prononcent le mot "para" (argent), il y a des chances que leurs intentions ne soient pas qu'altruistes et désintéressées. Un peu mal à l'aise et ne sachant rien quoi répondre, je concentre mon regard sur les enfants et remarque avec effroi qu'ils avaient tous les trois un couteau à la main et ils le manipulaient comme un jouet. (et je ne parle pas d'un couteau de table, c'étaient des vrais couteaux bien tranchants). Je ne me désarme pas et garde mon sourire qui devait commencer à sonner faux. C'est alors que la femme me demande de lui donner de la crème solaire car elle avait vu que j'en avait déposé sur mon visage. Je lui en donne dans la main et elle me réclame la bouteille entière. Je ne pense pas avoir été égoïste en refusant, je suis toute la journée au soleil, si je n'en mets pas je brûle purement et simplement ! La voiture me dépose 10 km plus loin, et au moment de se dire au revoir l'homme me fait comprendre qu'il veut de l'argent pour la course. Moi très étonné et déçu je fouille dans mon portefeuille et lui donne avec un regard glacial 7 livres turques. Il fait sa fine bouche et commence à négocier "c'est pas assez, je t'ai fait monter la côte...", je bluffe, lui dis que je n'ai pas plus, lui tend son argent, il les refuse froidement remonte dans sa voiture et démarre. J'ai eu à ce moment là un cas de conscience. Comment aurais-je du agir ? Manifestement ils étaient assez pauvre, mais cette manière de faire m'a déçu, et je n'avais que cet argent ou un gros billet de 50 livres turques. Je ne pouvais tout de même pas lui donner tant pour m'avoir avancé de 10 km. En tenant compte du standard de vie ici c'est comme si je lui donnais 30 ou 40 euros. En somme je ne crois pas avoir mal agi, même si c'est vrai que cet argent est beaucoup pour eux alors que pour moi c'est relativement peu. Je ne suis pas encore sorti de ce cas de conscience.

Ma vue pendant mon déjeuner  

Je me suis trouvé pour la nuit une sympathique station service, étant arrivé tôt, j'en ai profité pour réparer les petites choses sur mon vélo que je remettais toujours au lendemain. Dîner dans un restaurant voisin, où je suis tombé sur un serveur qui parlait allemand, il y avait passé 2 ans à Hambourg. Ça m'a facilité la tâche, mon allemand était encore supérieur à mon turc, ça a bien fonctionné. Cet homme est même venu s'asseoir à ma table, la langue allemande avait du lui manquer... Mais il s'est vite rendu compte que mon niveau ne permettait pas des discussions très profondes... Il est resté deux minutes par politesse, puis est reparti, feignant une sollicitation fantôme.

Ma chambre pour ce soir 

Demain soir je vais essayer d'arriver à Mus. Pas certain d'y arriver. À suivre...

9
avr

Nombre de km : 109

Altitude actuelle : 1350 m

Première partie de journée très compliquée ! Ma manette de dérailleur était endommagée donc impossible de passer les petites vitesses pour les côtes, de très gros cols à franchir pendant 50 km, le vent était encore largement défavorable, mes jambes avaient du mal à répondre. Bref, j'ai entamé la journée avec l'espoir assumé de pouvoir trouver un semi-remorque qui m'aidera à franchir ces cols. Toutes les conditions étant loin d'être optimales.

Difficile de se frayer un chemin entre les vaches et les moutons.  
Ce brave homme m'a fait gagner 10 km 

Un homme m'avance de 10 km c'est toujours ça, mais la suite fut douloureuse, pas une voiture à l'horizon. Il fallait tout de même que j'arrive à destination, je ne pouvais pas que compter sur les autres. Il fallait faire un choix, j'ai donc décidé d'avancer tant bien que mal, mais avec le vent de face qui me ralentissait considérablement, mes vitesses cassées et les montées, je dépassais difficilement les 6 ou 7 km/h. Autant marcher ! J'avance tout de même et finis péniblement par trouver un véhicule qui s'arrête avec un chauffeur assez singulier... Voir photo :

Tout est possible dans ce pays  

Et oui, cet homme était en train d'apprendre à son jeune fils à conduire un semi-remorque sur l'autoroute Turque, la voiture était en warnings à 30 km/h. Très gentils ils m'ont avancé de 15 nouveaux km et surtout m'ont arrêté chez un garagiste qui m'a temporairement réparé mon dérailleurs... En attendant de le faire vraiment par des mains experts car il n'est pas encore à 100%. Ça m'a tout de même permis de repartir et de crever la roue arrière en pleine ville. J'avais 4 enfants autour de moi pendant que je remplaçais ma chambre à air. J'ai remarqué que dans ce pays, les gens aiment bien me regarder faire mes trucs (ranger mes affaires, plier ma tente, manger, réparer mon vélo...). Une fois réparé et après avoir pesté jusqu'à épuisement de mon stock d'injures et de gros mots (pourtant la langue française en est particulièrement riche), je suis reparti sur la route, et j'ai fini par trouver un pick-up pour me délivrer des derniers 200 m à escalader. Il m'a emmené jusqu'à Mus et voulais même m'emmener à Van, qui est la suite de ma route, mais j'ai refusé la solution de facilité. Je m'arrête ici, un hôte m'attend.

Arrivée à Mus  

Il faut savoir que Mus est considérée dans les classements nationaux comme la pire ville de Turquie. C'est vrai que c'est plus pauvre que ce que j'ai ou voir mais je les trouve un peu durs !

Autre détails, je suis entré depuis un moment en terre à majorité Kurde. Par exemple mon hôte et ses amis sont kurdes. Pas exactement de la même ethnies, ils ne parlent pas le même dialecte mais se sentent liés par ce lien culturel, historique et malgré tout linguistique. On a eu des discussions assez intéressantes sur les origines du peuple kurde, leur culture etc. Par ailleurs, on sent que le pays est en état d'urgence. Les routes sont envahies de ces barrages militaires avec contrôles. Les bases de gendarmes ressemblent plus à des fortifications en temps de guerre, et les véhicules blindés sont légions sur les routes. Au début ça fait bizarre mais on s'y habitue vite.

Le dîner avec mes hôtes  
La vue depuis ma chambre 
Nous avons visité un pont historique du 12e siècle  

Soirée très agréable durant laquelle nous avons bu du vin en vivant la situation telle un moment extrêmement transgressif ! Plus on va à l'est plus l'alcool est rare et mal vu.

Je tombe de sommeil... Bonne nuit.

10
avr

Nombre de km : 90

Altitude actuelle : 1755 m

J'ai quitté Mus la larmes à l'œil après un excellent petit déjeuner organisé par mes amis de Mus. Ce genre d'adieux quotidiens, je l'ai accepté. Mais chaque journée est un tel enchaînement de rencontres et de surprises que je paye volontiers le prix de ce sacrifice. Même si je ressens à chaque adieu comme une partie de moi qui disparaît avec ces au revoir. Je dois faire ce deuil tous les jours. Il faut faire avec.

Le petit déjeuner d'adieu 

L'objectif de ma journée était de me rapprocher le plus possible de Mus, et de pédaler le plus vite possible le matin pour éviter le vent contraire qui, selon la météo, risquait de me rendre fou.

J'ai donc tenu une moyenne très solide et j'ai fait ma première pause vers 11h, après avoir avalé 45 km. C'est un brave homme qui s'ennuyait seul à sa station service qui a forcé ma pause, il m'a offert deux thés, on a apprécié le moment et je suis reparti sur ma route.

Image assez commune dans la région  

Et j'ai bien fait de tout donner au début de la matinée car vers 11h la pluie a commencé à tomber, le vent s'est mis à me souffler ses pires insultes au visage, je les lui ai rendues au centuple, et pour couronner le tout, la route a décidé de ne plus s'arrêter de monter ! Et pas un seul restaurant à l'horizon, juste le ciel qui grisoie, le vent qui siffloie, et les montagnes qui blanchoient. J'ai donc continué à rouler dans ces conditions difficiles mais pas encore insupportable pendant 2h. Ces 2h étaient tout de même ponctuées de quelques mirages, des commerces qui de loin avaient la forme d'un restaurant, de véritables oasis d'un bonheur avorté au moment où mes yeux voyaient la vérité en face. A ce moment là, les jambes s'étaient déjà préparées à s'arrêter, les glandes salivaires commençaient à se mettre en action et l'estomac se creusait un peu plus. Mais il faut repartir, expliquer aux cuisses qu'on est désolé, qu'il va falloir repartir à plein régime et que pour les consoler on va leur offrir quelques gorgées d'eau et 2 abricots secs. Ça fait tenir une demi-heure de plus, mais la supercherie ne peut pas marcher éternellement. Il faut une pause ! Et pas question de s'arrêter pour manger sous la pluie devant un troupeau de montons et un brave berger qui fait des bruits bizarres que seul ses bêtes comprennent.

Ça se verdie, la région est beaucoup plus fraîche et humide  

J'ai finalement pu trouver un lieu ou déjeuner et me reposer après 76 km. J'ai bien puisé dans les réserves sur ce coup là.

Je suis ensuite reparti pour Tatvan, où je suis tombé sur un barrage de la route par les militaires, je leur ai demandé le passage, il me l'ont accordé. J'étais donc pendant 10 minutes absolument seul sur l'autoroute, sensation amusante.

Le lac Van 

Il y a vraiment beaucoup de ces barrages militaires dans la région, ça donne la terrible impression d'être dans un pays en guerre ouverte. Ça qui est un peu le cas.

Et pour finir, je suis arrivé dans une station service où j'ai été extrêmement bien accueilli, presque comme un invité de marque. Les employés étaient tous des Kurdes qui habitaient les villages du coin. L'un d'eux est même parti chez lui et est revenu avec un plat spécialement pour moi. Pour faire simple je n'avais qu'à m'asseoir sur le canapé des employés et attendre que l'on me donne à manger, qu'on me serve du thé etc.

Les copains de la station 

Après avoir profité jusqu'à la déraison de leur généreux accueil, j'ai passé quelques heures avec eux. On a eu des discussions intéressantes sur la religion et d'autres sujets variés, chacun son tour me posait des questions sur Google translate, parfois en même temps, j'étais donc obligé de répondre à 2 ou 3 questions en même temps sur des thèmes complètement différents.

Juste derrière la station service. Les employés connaissaient apparemment le berger. Tout le monde se connaît en fait.  

Et après ces enrichissants échanges culturels je suis couché dans la pièce qu'ils m'ont invité à occuper pour la nuit : la salle de prière. Ils m'ont dit qu'il y a un risque que des gens viennent pour la prière de 5h du matin, ça ne m'a pas forcément mis à l'aise mais on verra ! Ils ont bien précisé "belki" (peut être, en turc).

Sur ce, bonne nuit !

12
avr

Altitude actuelle : 1760 m

C'est bien confortablement installé à Van (enfin), que je vais vous conter cette journée d'hier et d'aujourd'hui, et surtout clore le récit turc. Même si je n'ai pas encore le recul nécessaire, un premier bilan à chaud reste intéressant.

Hier matin, l'objectif était clair. Il fallait arriver à Van dans la journée même si il y a 130 km à parcourir à travers les montagnes. Je ne devais pas prendre le risque de dormir à mi-chemin dans des montagnes infestées de loups. Il fallait donc faire de l'auto stop, unique solution.

J'ai pris le thé avec ce brave homme de 96 ans pour le petit déjeuner.  

Après un petit déjeuner bien copieux pour affronter la journée qui s'annonçait difficile, je commence ma tentative d'auto-stop directement à la station. Après 1h30 de tentatives infructueuses, il était temps de prendre une décision. Soit je continuais dans l'espoir de trouver un véhicule, mais sans savoir quand ou si j'en trouverai un, ou bien j'avance et on verra bien sur la route. La première solution est la plus usante psychologiquement car on est dans l'attente, le fait d'être dans l'action rend la chose plus facile à accepter, on avance, on ne perd pas de temps et on maîtrise son destin. J'ai donc décidé d'avancer.

Seule photo de la route aujourd'hui 

J'ai avancé mais il m'est vite apparu clairement que mes jambes n'étaient pas d'accord avec cette décision. Elles avaient tellement donné la veille que ce jour était le jour de trop. Rien dans les jambes alors que j'avais l'organisme bourré de sucres lents et rapides. Chaque coup de pédale était un effort considérable. C'était comme si mes mollets me disaient : "écoute mon ami, depuis le début de ton aventure on s'est renforcés, on a gagné considérablement en puissance et en endurance, mais hier tu nous en a beaucoup demandé. Tout ce qu'on demande c'est un peu de repos aujourd'hui pour récupérer. On ne va pas y arriver, on fait grève". Après négociation avec mes jambes CGTistes, j'ai donc commencé à espérer trouver le véhicule qui me sortira de cette impasse. Mes yeux étaient rivés sur le rétro-viseur. J'ai même prié. La réponse divine est arrivé quelques minutes plus tard, ce fut une camionnette occupée par deux sympathique jeunes. Coup de chance ils allaient jusqu'à une ville située à 35 km de Van.

Mes envoyés de dieu 

Après qu'ils m'ont déposé à leur destination j'ai rassemblé toutes les forces que je pouvais et suis reparti sur la route. J'ai profité de ce que le chemin longe le lac Van pour pique-niquer sur une plage déserte. Ce lac est à peu près grand comme le Luxembourg et est perché à 1700 m du niveau de la mer, ça donne un spectacle intéressant.

Le lac Van et moi 

J'ai retrouvé mes hôtes quelques temps plus tard, qui partageaient un appartement à 15 km de Van. La fin de la journée était faite de calme, repos et confort. Ça fait du bien parfois.

Le diner 

Leur niveau d'anglais étant assez faible, les conversations n'étaient pas de haute volée mais on se servait généreusement de Google translate, ça passait.

La journée d'aujourd'hui était d'un rare ennui... Au moins je me suis reposé la tête et les jambes. Pour faire simple mon hôte devait partir dans la matinée et revenir vers 15h pour m'emmener en voiture à Van, l'occasion pour moi de visiter un peu la ville et surtout vérifier les bus ou trains pour Tabriz et vérifier les horaires, acheter les billets... Au lieu de cela je l'ai attendu toute la journée et il est arrivé vers 21h. On s'était juste mal compris, et j'étais bloqué dans l'appartement à l'attendre désespérément. J'ai rarement trouvé le temps aussi long.

Le but de ma journée de demain sera donc d'acheter les billets qu'il faut, passer la frontière sans encombres et arriver à Tabriz. L'avantage d'arriver directement dans cette ville est que ça me permettra de réparer mon vélo, de m'acheter une carte Sim iranienne et entrer en douceur dans ce nouveau pays. Encore faut il y arriver.

Une petite précision avant de clore cet article. J'ai écrit ce matin un article de haute volée pendant 2h (j'avais le temps), en particulier sur mon sentiment sur la Turquie, mais rien ne s'est enregistré, j'ai tout perdu. Je me suis dont contenté, blasé, de réécrire factuellement, sans supplément d'âme, le récit de mes deux dernières journées.

Mon bilan à chaud sur la Turquie se fera donc demain.

13
avr

Et me voilà dans le minibus qui va m'emmener à Tabriz. Je devrais quitter la Turquie dans les prochaines heures, c'est le moment de prendre un peu de recul sur ce mois passé ici et sur ce pays. Ça fait bizarre maintenant de quitter ce territoire, j'y ai accumulé tellement de souvenir, rencontré tellement de personnes, vu tellement de villes, de paysages. C'est comme si je quittais ce pays après des années d'immersion. Et je suis triste. Je suis à la fois nostalgique, mais en même temps heureux de tout ce que j'ai fait. La Turquie est une grande dame, et elle gardera toujours une place particulière dans mon cœur. Mais qui sont ces gens qui l'habitent ? Et qui est elle ?

A écouter pendant la lecture.  

Je suis turc. Je suis ouvert, généreux à l'extrême, sensible, transparent avec mes proches, je ne cache rien, tout ce qui est à moi est à toi et tout ce qui est à toi est à moi. Avec mes amis, je forme un tout, un ensemble, je ne suis pas moi, je suis nous. Si jamais l'un de mes proches a besoin de moi, je traversera tout le pays a pied s'il le faut et je pourrai tuer pour lui, sans aucune hésitation. Son honneur est le mien. Si tu es étranger, je t'accueillerai comme un prince, et si jamais la beauté de ton cœur a touché le mien, je t'accueillerai comme mon frère, et tu le restera pour toujours. Ma valeur n'est pas l'argent, ma valeur c'est toi. Ma valeur c'est l'humain, l'autre. Je ne suis jamais seul, c'est impossible. Il y a toujours mes amis, mes frères à mes côtés. Parfois, j'aimerais avoir un peu de temps pour moi, mais il y a toujours un des miens qui s'invite chez moi, juste pour passer le temps ensemble, sans véritable raison, parce qu'on est simplement bien quand on est ensemble, on n'a pas besoin de parler et les longs silences, si effrayants pour vous les occidentaux, ne nous perturbent pas, bien au contraire. Heureux ceux qui s'aiment assez pour savoir se taire ensemble.

Mais je suis très sensible, et parfois un peu trop. Il m'arrive d'oublier ma raison et de prendre du plaisir dans la violence. Je suis issu d'un peuple de guerriers et j'en suis fier, et figure toi que ce n'est peut être pas fini. Si je dois hôter la vie d'un innocent pour la grandeur de mon pays, je pense que le ferai. Si je dois mourir pour défendre mon pays, je le ferai mille fois. Ma mère c'est la Turquie et mon père c'est Mustafa Kemal. Ce grand homme visionnaire a reconstruit mon pays, il lui a permis de se redresser face aux puissances occidentales modernes. Ma mère se tient debout grâce à ce héros et je lui dois tout. Mais que pense maman de tout cela ?

Moi, la Turquie, je n'ai peur de rien ni de personnes. Je suis une nation soudée grâce à Atatürk, j'avance avec confiance vers l'avenir, je suis jeune, je n'ai pas peur de l'avenir comme mes voisins européens. Je n'ai rien à perdre, tout à gagner. Mes enfants sont si généreux, ils meurent pour moi, et pourtant ils viennent de tous les horizons, ils sont turcs, tatares, macédoniens, serbes, albanais, grecs, géorgiens, arméniens, azeris, kurdes... Ils sont de partout. Je suis un carrefour entre l'orient et l'occident, je suis multi-ethnique, et pourtant je suis un peuple et une nation, même si certains de mes enfants ne l'entendent pas de cette oreille. Je n'hésite pas à me battre à mort au sein même de ma maison pour rétablir l'ordre et l'unité.

Je suis si belle ! Ma beauté naturelle est infinie, mais parfois je me maquille un peu trop et me donne au promoteur immobilier le plus offrant. Je me détruis et me souillé pour de mauvaises raisons. Alors que quand je suis naturelle, sans fard, je suis magnifique, d'une immensité vertigineuse. Le temps n'a pas d'effet négatifs sur moi, au contraire, il me rend plus sûre de ma beauté, plus sage, il m'apprend à me respecter moi même. Je suis la Turquie.

C'était la Turquie. Et maintenant la frontière avec l'Iran s'approche dangereusement, je dois donc terminer rapidement ce monologue car je risque de ne plus pouvoir le publier après la frontière, plus de connexion internet.

Rendez-vous demain pour le premier récit iranien.